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Guay, Serge-André
Connaissez-vous Radio Lucie et Radio Sans Frontière ? C’est « un beau projet » !

samedi 6 octobre 2007

Le 18 septembre dernier, un courriel de Paris entre à la Fondation littéraire Fleur de Lys :

Paris,

A l’attention de Serge-André Guay,

Journaliste de radio (Europe 1) installé à Paris, je collabore à un nouveau programme d’échange, de formation, et de coopération radiophonique qui a pour nom Radio Sans Frontière (voir notre site www.radiosansfrontiere.org). L’objectif est de fournir une aide pédagogique et technologique aux radios communautaires des pays du sud (radios du Bénin, du Sénégal, d’Haïti...) afin qu’elles puissent produire des programmes plus facilement, notamment en étant visibles sur la toile. Au cours de sessions de formation (deux à trois fois par an), nous les initions au montage numérique, à la mise en ligne de programmes... Et nous en profitons pour produire des contenus radiophoniques (émissions, reportages...) mis en ligne sur un fil radio international et francophone : www.radiolucie.org

Du 3 au 9 octobre, nous organisons, à Montréal dans les locaux de la Puce Informatique*, une formation pour des journalistes et bénévoles originaires d’Haïti. Ils viennent pour une semaine, et auront pour tâche de produire 4 émissions d’une heure en direct, les mercredi 3, jeudi 4, vendredi 5 et samedi 6 octobre. Je vous sollicite, car nous allons réaliser plusieurs émissions sur les thèmes : immigration, multiculturalisme, francophonie.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre tribune publiée le 28 juillet 2006 dans Le Devoir ("Montréal pris au piège du multiculturalisme"), et vos arguments apporteraient une riche contribution à nos débats.

Nous serions très heureux et très honorés de vous avoir autour de la table. Nous nous adressons aux auditeurs de dizaines et dizaines de radios communautaires, d’Europe et d’Afrique notamment. Et l’émission sera retransmise en direct sur le fil www.radiolucie.org.

Nous comptons vraiment sur votre présence, le vendredi 5 ou le samedi 6 octobre. Dans les locaux de la Puce informatique, 3920 rue de Rouen, métro Joliette ou Pie IX à Montréal. Mes coordonnées (cellulaire) : XXXXXXXXXXX.

En espérant que vous pourrez nous accorder un peu de temps (car c’est un beau projet), je vous prie de recevoir mes sincères salutations.

Yael Goosz Journaliste Radio Lucie

J’ai accepté l’invitation avec empressement. Le vendredi, 5 Octobre 2007, 15h.30, je ne suis donc retrouvé dans le studio improvisé de Radio Lucie aménagé dans les locaux de La puce informatique. Le journaliste Yael Goosz attend le signe du réalisateur pour lancer l’animation de la troisième des quatre émissions de la série « multiculturalisme - francophonie » produite à partir de Montréal. Le branchement Internet pour la diffusion en direct se fait et le micro de Yael Goosz est ouvert. Il souhaite la bienvenue à ses auditeurs de par le monde et à ses invités : Gérald Paquette, directeur des communications de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Claude Fradette, porte-parole du ministère de l’immigration et des communautés culturelles accompagné d’une collègue de travail, et moi-même, Serge-André Guay, président éditeur de la Fondation littéraire Fleur de Lys (critique sur le multiculturalisme).

L’émission a commencé par un portrait de l’immigration au Québec avec les deux représentants du ministère de l’immigration et des communautés culturelles. Rien de neuf sur le sujet sinon un portrait un peu idyllique de la situation et tout à fait normal de la par de deux fonctionnaires en devoir.

J’ai été plutôt surpris de la déclaration la représentante du ministère à l’effet qu’il n’est pas question de multiculturalisme mais d’interculturalisme à son ministère. Je me suis permis de rappeler à cette dame que le ministère a bel et bien et ouvertement parlé de multiculturalisme au cours des dernières années. Mais j’ai vérifié sur le site Internet du ministère et le mot « multiculturalisme » a disparu ! Pourtant, il y était pas plus tard qu’en 2007. Le moteur de recherche du ministère n’a produit aucun résultat avec les requêtes « multiculturalisme » et « multiculturel ». Il est désormais uniquement question du « Québec interculturel ».

Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles du Québec a changé ce cap voire de politique et il ne nous en a pas informé, pas que la députation de l’Opposition et les médias. L’abandon du multiculturalisme fut sans doute motivé par le débat sur le sujet un peu plus présent depuis les deux dernières années. Le Parti Libéral du Québec aurait-il voulu le tuer dans l’œuf par ce changement « de propos ». Une chose est certaine, le message est passé aux fonctionnaires, comme j’ai pu le constater lors de cette production radiophonique de Radio Sans Frontière à Montréal.

L’allusion au Québec interculturel est cependant toute aussi minée que celle au multiculturalisme car ni l’une ni l’autre ne change en rien la réalité : une majorité d’immigrants ne s’intègre pas à la culture québécoise, d’où le besoin de parler voire de financer les relations « interculturelles » ou, si vous préférez, de prendre pour acquis qu’une part importante des immigrants ne s’intègrent pas et qu’il « nous » faut entretenir des relations avec leurs cultures.

L’animateur a interrogé ensuite monsieur Paquette de l’Office québécois de la langue française au sujet de la situation de la langue française au Québec. Monsieur Paquette a livré un compte rendu réaliste du rôle de l’Office et de la situation du français en faisant preuve d’une diplomatie exemplaire. Seul bémol, le portrait est limité à la situation du français dans les entreprises, à l’usage du français comme langue commune de communication au travail.

Je me suis donc fait un devoir de signaler que la langue française, commue toute autre langue, n’est pas uniquement un outil de communication mais aussi et surtout le fondement premier de toute culture jusqu’à la façon de penser. Par exemple, quand nous disons que nous ne pensons pas comme les Anglais, ce n’est pas uniquement une question de différences d’opinions mais aussi une question relative à la façon de percevoir et de penser le monde et nous-mêmes. Il en va de même des Allemands avec leur langue propre, des Hongrois avec leur propre et ainsi de suite. Dommage que le gouvernement ne cherche pas à valoriser la langue comme fondement de la culture et de notre pensée en se limitant au français comme un simple outil de communication.

Puis ce fut mon tour. L’animateur m’a demandé de me prononcer sur le multiculturalisme et de relater mes expériences personnelles depuis mon déménagement de Lévis à Montréal en avril 2006, notamment, ma balade dans les quartiers de Montréal avec ma « fameuse chemise » au slogan « Être québécois, c’est vivre en français » (À voir en ligne sur ce site Internet : http://espace.canoe.ca/manuscritdepot/photo/view/175331 ?page=1).

Ensuite, un jeune reporter venu spécialement d’Haïti en stage de formation dans le cadre de la production de cette série d’émissions est venu dresser un portrait de Michael Jean, québécoise d’origine haïtienne nommé Gouverneure générale du Canada. Visiblement émue, la jeune reporter a confirmé que madame Jean est l’idole de plusieurs en Haïti alors qu’on laisse souvent croire que « les Haïtiens sont capables de rien ».

Un tour de table des invités me permettra de mettre en contexte la réaction à la nomination de madame Jean en la comparant aux réactions semblables qu’aurait susciter la nomination d’un Québécois d’une autre origine ethnique. Une telle fierté est tout à fait naturelle. J’ai mentionné aussi que la communauté haïtienne de Montréal est le meilleur exemple d’intégration que nous ayons.

Un second stagiaire, français celui-là et vivant à Montréal depuis peu, viendra rendre compte de la semaine interculturelle au collège Ahuntsic de Montréal où se tient, entre autres, des séances de théâtre d’improvisation sur des thèmes multiculturels.

Il me faut souligner le professionnalisme de ces deux stagiaires parfaitement en contrôle de leur sujet respectif. Ils ont livré leur reportage avec un ton posé, tantôt rieur, tantôt un peu plus émotif, reprenant habilement leurs petites erreurs de locution. De vrais pros ! Bravo !!!

« Un beau projet » m’écrivait Yael Goosz dans son invitation et c’est vrai sur toute la ligne. Car en plus du coeur au ventre de ces deux stagiaires, il faut souligner le professionnalisme et la passion peu commune de toute l’équipe de Radio Lucie. Yael Goosz était fort bien documenté et au fait de l’actualité la plus récente. Le réalisateur et metteur en ligne a effectué un travail digne des grandes stations de radio nationale. Les transitions musicales furent faites avec doigté et le choix musical était très approprié. J’ai beaucoup aimé les gens et l’expérience ! Radio Lucie et Radio Sans Frontière peuvent désormais compter sur la Fondation littéraire Fleur de Lys.

Et sincères félicitations à tous bailleurs de fonds de cette initiative : l’Organisation Internationale de la Francophonie, le ministère des affaires étrangère de France, l’Union européenne (Europe LEADER +) et l’administration de la région Pays de la Loire (FR). Voilà un investissement plus que judicieux et qui fait honneur à vos décideurs respectifs. Personnellement, j’aurai aimé qu’il s’agisse d’une initiative québécoise mais notre gouvernement est encore fort loin de la réalité de l’Internet et de ses enjeux.

Mes amis savent que je distribue que très rarement des fleurs ainsi mais dans ce cas un chapeau bien bas s’impose réellement. Bravo à toute l’équipe !

Les intéressés peuvent écouter cette émission il y a eu quelques prises de bec intéressantes) et les trois autres de la série sur le site Internet de Radio Lucie (diffusion en directe et en différée (mise en ligne 24 heures après la diffusion en directe) : http://www.radiolucie.org/

Serge-André Guay, président, Fondation littéraire Fleur de Lys






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