Eloge du minoritaire.
Sur les épaules du minoritaire, reposent tous les fardeaux des preuves. Cachés par le troupeau majoritaire, les autres en sont dispensés.
Une démonstration générale étant hors de portée d’un seul homme, je vais développer un seul exemple, que je généraliserai. Cet exemple est technique, mais il a l’avantage d’avoir déjà été étudié en détail par d’autres. Je résume depuis le cours de Prévision Technologique du C.N.A.M. (4) (Conservatoire National des Arts et Métiers), l’exposé critique de la méthode prévision normative Delphi, due à la Rand Corporation (5). C’est une méthode de remue-méninges à distance et en temps différé. On envoie un questionnaire à un panel d’experts - dont l’ «
expertise » est volontairement dispersée - leur demandant d’énoncer leurs prévisions chiffrées en réponse à plusieurs questions. Dans un deuxième round, on prie les «
extrémistes », c’est à dire le quartile de ceux qui ont fait une réponse plus pessimiste que la majorité, et le quartile de ceux qui ont fait une réponse plus optimiste que la majorité, de justifier leur réponse. Mais on ne demande aucune justification aux majoritaires ! On leur donne bien l’opportunité de changer d’avis, mais l’expérience montre que presque toujours, ils s’en gardent bien : paresse, et confort d’être bien dans le courant majoritaire ! Au fil de ses rounds, un Delphi aboutit toujours à faire voter les minoritaires dans le sens de la majorité, excepté s’ils ont le caractère fortement trempé.
Généralisons : Seul le minoritaire est soumis à la contrainte de prouver que ce n’est pas lui qui vit dans l’illusion et le délire collectif. Il est donc obligé de surveiller ses preuves et ses raisonnements. Le majoritaire n’a besoin de rien surveiller, ni la qualité de ses informations, ni la qualité de ses raisonnements.
Pierre Cauchon, évêque-comte de Beauvais, et négociateur du traité de Troyes (1420) par lequel Isabeau de Bavière vendit le royaume de France au roi d’Angleterre, n’a jamais eu à prouver son honnêteté, la validité de ses informations, la pureté de ses mœurs ni de ses intentions, la probité de ses raisonnements, ni la qualité irréprochable de ses logiques : il lui suffisait d’avoir les gens d’armes d’église et les prisons d’église avec lui, les gens d’armes anglais et la prison anglaise de Rouen, et la pression militaire et financière des occupants anglais. Et prudemment, l’Eglise n’a ouvert le procès en réhabilitation de Jehanne la Pucelle qu’à la fin 1455, après la mort de Pierre Cauchon (en 1442), quand seuls les témoins les plus jeunes étaient encore survivants.
Sous Brejnev, quand Andreï Sakharov et Elena Bonner ont commencé à prendre le risque d’aller assister à des procès de dissidents, ils ont découvert que la salle était remplie d’agents du KGB, chargés de couvrir la voix du prévenu, de l’écraser sous les rires des «
majoritaires » à chacune de ses réponses.
J’emprunte au même cours du C.N.A.M. la première maxime de la consultante (Florence Vidal), chargée alors des cours de créativité technologique : «
Respectez vos minoritaires ! Vous ne savez jamais d’où viendront les idées qui vont sauver votre entreprise. Cela peut très bien venir de ceux qu’on considère comme pas beaux et pas gentils, pas autorisés à avoir des idées. ».
Il serait confortable pour moi de pouvoir conclure lapidairement, mais la réalité est plus compliquée que ne le sont mes opinions. J’ai vu survivre plusieurs entreprises incapables de respecter leurs minoritaires. Mais ce furent surtout des entreprises payées par l’impôt, dont les clients captifs, et les contribuables captifs, sont dans l’incapacité de voter avec leurs pieds. Notamment, dans l’Education Nationale, j’ai constaté avec beaucoup de tristesse, que du haut clergé au bas clergé, et d’une chapelle à l’autre, des ayatollahs aux individualistes, partout, le débat y est remplacé par l’intimidation, le persiflage, voire l’outrecuidance. Avec les résultats consternants qui en résultent automatiquement.
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Notes :
(4) R. Saint-Paul & P.F. Ténière-Buchot. Innovation et évaluation Technologiques. Sélection des projets, méthodes de prévision. Entreprise Moderne d’Editions; Technique et Documentation. Paris, 1974.
(5) Exposé détaillé dans : Erich Jantsch. Technological Forecasting in Perspective. OCDE, Paris 1967.
Eloge de la critique
Il est remarquable que d'une secte à l'autre, la structure des insultes et des calomnies envers l'incroyant, sont les mêmes : qu'ils soient Témoins de Jéhovah, corrompus par la scientologie, adeptes du créationnisme, féminazies, racistes d'extrême-blanc, ou islamistes, tous délirent exactement de la même façon. La seule différence consiste dans le détail de la mythologie qu'ils empruntent pour tâcher de donner une apparence de cohérence à leur psychose personnelle, tragiquement stérile.
Au contraire de la psychose d'un Salvador Dali, qui s'arrangeait assez bien pour demeurer créatif, et en tirer beaucoup, beaucoup d'argent. Salvador Dali s'est même payé le luxe de mystifier le jeune Jacques Lacan... avant que ce dernier devint à son tour le grand mystificateur, le clown qu'on a connu par la suite.
L'homme est un animal groupal et tribal.
Il en résulte qu'il y a peu de délires individuels, en comparaison des délires groupaux et tribaux, que les individus empruntent sans même s'en apercevoir.
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Il n'y a lieu de reconnaître aucune supériorité de principe aux autothéories de groupe ou de tribu, sur les autothéories individuelles. Galileo disait cela avec un mépris qui peut agacer ou vexer, mais qui reste justifié par la suite des événements en astronomie : "
Mille chevaux de labour ne courent pas plus vite qu'un seul cheval arabe".
Les délires de groupe, de tribu ou de secte ne sont pas moins pathologiques que les délires individuels. En revanche ils peuvent très facilement être beaucoup plus dangereux, plus meurtriers. L'illusion groupale, le
Moi Idéal de groupe ne produisent pas moins de violences et de dénis de la réalité que n'en produisent les narcissismes individuels, les Moi Idéaux individuels.
Les seuls critères valides pour y voir clair, demeurent les épreuves de réalité : faire les vérifications et les expériences.
Les mythomanies de clique ou de secte sont-elles solubles ?
Le militantisme victimaire rend-il davantage fou, qu'il n'attire les déséquilibré(e)s ?
Ceux qui veulent devenir bourreaux ou bourrelles à leur tour ?
Je m'inquiète des antidotes...