Robert Deragon
La véritable clientèle du Parti des commandites
mardi 11 janvier 2005
La récente élection présidentielle américaine nous a une fois de plus présenté le spectacle affligeant d’une république qui n’est plus que la marionnette des intérêts financiers des grandes sociétés multinationales et des groupes de pressions religieux. Même pour un observateur peu perspicace, il est de plus en plus évident que les Etats-Unis sont bien davantage une ploutocratie chrétienne, qu’une véritable république laïque comme l’avait souhaité ses fondateurs.
Au Canada, et au Québec en particulier, il est de bon ton de se moquer de ces Américains aveugles devant la prise de contrôle de leur belle grande fédération par de puissants lobbys financiers. Pourtant, à une échelle plus réduite, le système politique fédérale canadien n’est pas à l’abris d’un tel détournement de démocratie. Quelques chiffres officiels pour l’année 2003, l’année la plus récente publiée par Élections Canada, permet légitimement de se poser la question. Si l’on exclu les sommes recueillies par les associations de circonscription, dont les sources sont difficiles à établir, le Parti libéral du Canada a amassé 17,5 millions de dollars, dont 61,7% provenaient des entreprises. Pour la même période, le Bloc Québécois a obtenu 0,53 million de dollars, dont 12,5% provenaient des entreprises. Avec un tel niveau de financement de la part des entreprises au profit du PLC, il y a lieu de s’interroger sur sa véritable clientèle. S’agit-il vraiment des citoyens canadiens, ou doit-on comprendre que les entreprises constituent sa première base à satisfaire ? Difficile de ne pas faire un lien entre cette incontournable source de financement pour le parti, et un ministre des Finances qui parraine une loi omnibus dont un article permet à certaines entreprises de recourir aux paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt canadien. De plus, on se rappellera que les entreprises qui se sont enrichies grâce au Programme des commandites contribuaient à la caisse électorale du PLC.
Bien sûr, la loi sur les financements des partis politiques fédéraux a été récemment modifiée, pour le mieux, et au grand dam du clan Martin. Mais ce n’est qu’une loi, donc facile à amender par un parti qui gagne une majorité de siège à la Chambre des communes. Si jamais le PLC retrouve sa majorité en chambre, gageons que les pressions seront fortes, à l’intérieur comme à l’extérieur du parti pour que la loi permette des dons plus généreux en provenance des entreprises. Au Québec, le débat est clos depuis la réforme importante réalisée en 1977 par le gouvernement Lévesque. Pourtant, le Canada a mis plus de vingt-sept années supplémentaires pour entreprendre une réforme partielle et encore incomplète comparativement au modèle québécois. Tant que nous ne serons pas indépendants, ce dossier, comme bien d’autres, continuera d’être un combat constant pour éviter les reculs. De plus en plus minoritaires au sein de la fédération, nous avons mieux à faire de nos énergies que de sans cesse tenter de façonner le Canada à notre image.