Guay, Serge-André
Le livre électronique de Sony disponible partout au Canada sauf au Québec
lundi 27 octobre 2008
Le gouvernement du Québec et l’industrie traditionnelle du livre causent un sérieux préjudice à l’émergence du nouveau monde du livre
L’inertie du gouvernement du Québec et de l’industrie traditionnelle du livre est la principale cause de l’absence de distribution du livre électronique de Sony au Québec et disponible partout ailleurs au Canada depuis quelques semaines. Pourquoi le géant mondial investirait-il dans la francisation de son livre électronique pour se conformer aux lois linguistiques du Québec si, à toute fin pratique, il n’y a pas de livres numériques québécois en nombre suffisant pour intéresser le lecteur d’ici ? En effet, notre industrie traditionnelle du livre n’est pas encore passée à l’ère du numérique. Ainsi, les livres d’ici ne sont pas disponibles en version numérique. Et le gouvernement du Québec est loin d’assumer le leadership utile à l’émergence d’un marché du livre numérique en nos frontières.
La Société de développement des entreprises culturelles du gouvernement du Québec (Sodec) se contente de « mener un veille », « d’organiser des réunions internes » et « de consulter » (Rapport annuel 2006-2007, Sodec) au sujet du nouveau monde du livre numérique. Pis encore, la Sodec tires les mauvaises conclusions et encourage le scepticisme. Voici ce qu’on peut lire dans son dernier rapport annuel :
« AXE 5 OUVERTURE À LA MODERNITÉ ARTISTIQUE ET TECHNOLOGIQUE
OBJECTIF 5.1 Considérer, dans les aides à la production et à la diffusion, le recours aux nouvelles technologies et au numérique comme moyen d’expression et de diffusion.
Mener au besoin une réflexion sur les nouveaux usages reliés à la diffusion des oeuvres numérisées.
La connaissance du contexte économique dans lequel baignent les industries culturelles, tout comme l’évolution de leur marché, figure comme une préoccupation constante de la Société. Nous constatons que la numérisation est actuellement au centre des débats qui y ont cours : elle interpelle les acteurs de plusieurs domaines : ceux de la musique, du livre et du cinéma. L’arrivée de nouvelles plateformes de diffusion liées à Internet et aux appareils mobiles entraîne, il est vrai, de nouvelles possibilités mais aussi de nouvelles contraintes pour les entreprises culturelles (format, coût de production, visibilité, rémunération, etc.).
Parmi les principaux constats émanant des réflexions issues de cette veille d’information, nous relevons un problème de financement éprouvé par ces entrepreneurs culturels. En fait, les investissements nécessaires à la mise à niveau des contenus permettant d’accéder aux nouvelles plateformes s’ajoutent aux dépenses courantes de mise en marché. Il faut comprendre que la numérisation des contenus ne générera pas nécessairement des revenus d’exploitation additionnels puisque les modèles d’affaires sont variables ; bien souvent, ce sont plutôt les fournisseurs de services et d’infrastructures et les fabricants de logiciels qui accaparent l’essentiel des revenus supplémentaires produits, qu’ils surviennent sous forme publicitaire ou par un surplus sur les ventes à l’unité. »
Rapport annuel, 2006-2007, Sodec, page 50
Retenons plus particulièrement ce passage : « Il faut comprendre que la numérisation des contenus ne générera pas nécessairement des revenus d’exploitation additionnels puisque les modèles d’affaires sont variables ; bien souvent, ce sont plutôt les fournisseurs de services et d’infrastructures et les fabricants de logiciels qui accaparent l’essentiel des revenus supplémentaires produits, qu’ils surviennent sous forme publicitaire ou par un surplus sur les ventes à l’unité. » Si le marché du livre numérique ne profitait pas aux éditeurs, comme l’affirme la Sodec, croyez-vous que Harper Collins, Random House, Simon & Schuster, Penguin, Hachette,... investiraient dans le domaine ? Voici la liste des éditeurs dont les livres sont disponibles en version numérique dans la boutique en ligne de Sony en date du 15 août 2008 (de nouvelles maisons d’édition s’ajoutent fréquemment) :
American Bible Society
Beacon Press
Cambridge U. Press
Columbia University Press
Crystal Clarity Publishers
Dorling Kindersley Ltd
Double Dragon Publishing
Eagle Publishing (Regnery)
Electronic & Database Publishing, Inc.
Flight Level Publishing, Inc.
eXtasy Books
Golden Publishing Group, Inc
Grove/Atlantic, Inc.
Hachette Book Group USA
Harcourt
Harlequin Enterprises
HarperCollins
Harvard University Press
Hay House
Houghton Mifflin
Hunter Publishing, Inc.
Hyperion
J. Brooks Dann
John Wiley & Sons Inc.
Kensington
Macmillan
McGraw-Hill
Books Midpoint Trade Books
Mushroom Publishing
National Geographic
NOLO
Pearson Education
Penguin Group, Inc.
Perseus Book Group
PublicAffairs
Random House
Digest Association, Inc.
Reader’s Digest Association, Inc.
Reagent Press, LLC
Renaissance
Rodale Press
Rosetta Books
Rough Guides, The
Samhain Publishing, Ltd.
Simon & Schuster
Stonehouse Press
Summersdale
Taylor & Francis
The Caravan Project
The Kent State University Press
The New Press
The Overlook Press
The University of Michigan Press
The University of North Carolina Press
TOKYOPOP
Torquere Press
Twilight Time Books
Tyndale House Publishers
University of California Press
W. W. Norton & Company
Weinstein Books
Wildside Press
Wiley-Blackwell
Press Yale University Press
Zondervan
SOURCE : http://ebookstore.sony.com/
Je vous le demande à nouveau : ces éditeurs sont-ils aussi bêtes que le laisse croire la Sodec ? Croyez-vous que ces éditeurs se font exploiter par des fournisseurs de services et d’infrastructures et fabricants de logiciels et que toute cette opération « ne générera pas nécessairement des revenus d’exploitation additionnels », comme le prétend la Sodec ?
Bien sûr, on entendra assurément le fameux commentaire d’usage en pareille situation de contradiction : « Au Québec, ce n’est pas pareil ». C’est vrai mais c’est généralement la faute même de ceux qui le disent.
Notez que le livre électronique de Sony est disponible en France depuis quelques jours. Mais cela m’implique pas nécessairement que le Québec sera la prochaine étape puisque le problème, c’est le manque de livres québécois sous forme numérique (ex. : PDF,...).
LIENS TEXTE ET PHOTOS
Serge-André Guay, Fondation littéraire Fleur de Lys