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Normand Perry
La croisée des chemins

vendredi 24 octobre 2008

Lorsque l’Alliance canadienne et le Parti progressiste conservateur fusionnèrent en 2003 pour fonder le Parti conservateur du Canada, l’objectif premier était de permettre à la droite canadienne de détrôner le Parti libéral du Canada, position occupée pendant 13 années consécutives sous l’ère des Jean Chrétien et des Paul Martin.

En moins de trois ans, Stephen Harper réalise cet objectif en faisant élire au Parlement canadien une minorité de députés conservateurs, profitant d’une déconfiture des libéraux accaparés avec les séquelles du scandale des commandites, entre autres. Revirement de l’histoire, car en 1993 les conservateurs subissaient exactement la même médecine face aux libéraux de Jean Chrétien après deux mandats consécutifs des progressistes conservateurs de Brian Murloney depuis 1984, un règne surtout marqué par des scandales à répétition.

La gauche canadienne semble se trouver aujourd’hui à la croisée des chemins, semblable à celle qu’alliantistes et progressistes conservateurs furent confrontés en 2003. Ils comprirent que la prise du pouvoir par la droite n’était possible qu’au prix de certains sacrifices idéologiques.

En évoquant la « gauche canadienne » il faut comprendre qu’il s’agit de tout l’échiquier de tendance social-démocrate, où trois partis politiques importants se situent à divers niveaux : le Parti libéral du Canada, reconnu pour se situer au centre avec une tendance vers la gauche. Le Nouveau Parti démocratique du Canada, se situant clairement à gauche de cet échiquier, puis le Parti vert du Canada, où l’on retrouve une tendance sociale-démocrate nette, avec comme trame de fond les questions environnementales et de développement durable.

En ce qui concerne le Parti libéral du Canada, le scandale des commandites a marqué au fer rouge l’imaginaire collectif -au Québec surtout-, tant et si bien que l’on peut croire que ce parti politique est carrément « brûlé » dans l’esprit de plusieurs et pour longtemps. L’image de marque de ce parti politique est sérieusement entachée et ce, pour longtemps. Le constat du chef démissionnaire Stéphane Dion quand aux raisons de la déconfiture électorale du 14 octobre 2008 manque de clairvoyance dans son analyse de la défaite : au Québec le Parti libéral du Canada correspond dans l’esprit de plusieurs à tout sauf à de l’intégrité, de la magnanimité et de la sympathie. N’est-ce pas là pourtant des éléments fondamentaux que l’image de marque d’un parti politique devrait véhiculer pour aider « à vendre » ses idées ?

Pour ce qui est des néo-démocrates, ils jouissent dans l’esprit de beaucoup au Québec d’une grande sympathie, mais certains excès dans la manière d’exprimer plusieurs idées font perdre de la crédibilité à la pensée sociale-démocrate exprimée dans ce parti. Certaines promesses électorales, quoique très attrayantes aux yeux de plusieurs, dénotent parfois un certain sens d’irréalisme et font décrocher l’intérêt de gens ayant tendance à se comporter de manière prudente en matière de gestion des finances publiques ; tout comme ils projettent l’image d’un parti ayant une tendance à un centralisme fédératif trop fort.

Enfin pour le Parti Vert, les idées et propositions sont clairement dans « l’air du temps » pour qui est conscient des dangers encourus par le genre humain face à la détérioration de l’environnement et des changements climatiques radicaux que nous subissons depuis quelques années. Vu l’histoire encore très jeune de cette formation, tout est à bâtir au niveau de la notoriété et ce n’est pas demain la veille que les verts prendront le pouvoir à Ottawa.

La démission de Stéphane Dion en tant que chef du Parti libéral du Canada ne devient-elle pas l’occasion pour les libéraux de faire une prise de conscience très vive quand à la viabilité même de cette formation politique au Canada à moyen terme ? Si ce n’est guère le cas en apparence, ce devrait l’être sur le fond pourtant. Et il est difficilement concevable de croire que seul un changement de garde à la tête des libéraux va remédier au problème d’image de marque évoquée dans la présente réflexion. Lorsqu’une image de marque est entachée, il faut plus qu’un simple « époussetage », il faut carrément en repenser le « design et les couleurs » : le Parti libéral du Canada doit non seulement se réinventer, mais doit faire place à quelque chose d’entièrement neuf, purement et simplement. Et n’agit pas de changer la forme, mais de faire émerger une toute nouvelle substance à l’intérieur d’une forme nouvelle.

Les néo-démocrates, même avec la meilleures volonté au monde, ne réussiront probablement jamais à former un gouvernement au Parlement fédéral, les résultats d’élection en élection tout comme la tendance de fond dans les sondages d’une année à l’autre au plan national, indiquent même que le parti de Jack Layton aurait grand peine à former un jour l’opposition officielle.

Parlant de monsieur Layton, ce dernier a lancé un ballon au cours de la campagne électorale, ballon que Stéphane Dion a tôt fait de faire éclater, et c’était l’idée d’une alliance ponctuelle avec les libéraux pour former un gouvernement de coalition. Cette idée est le cœur même de la réflexion présente : libéraux et néo-démocrates doivent songer à fusionner afin de former un parti national de centre gauche, capable de battre les conservateurs au prochain scrutin fédéral, et chasser la montée du néo-conservatisme sur la colline parlementaire à Ottawa. Cette coalition permanente devrait également inclure le Parti Vert du Canada pour solidifier les appuis à cette nouvelle formation politique. De part et d’autres il faudra faire preuve de beaucoup de tact et de sens de l’État, tout comme certains sacrifices idéologiques seront aussi douloureux que nécessaires.

C’est à cette croisée des chemins qu’en est la « gauche canadienne » présentement, et la seule issue possible pavant la voie à l’arrivée d’idées sociales démocrates dans la gestion du pays sera la fusion de ces trois formations politiques, alors que tout le reste du continent américain est passé à gauche de l’échiquier des idées politiques, et même bientôt probablement aux États-Unis d’Amérique où le démocrate Barak Obama semble avoir le vent dans les voiles dans sa campagne présidentielle et dans l’opinion publique.

C’est uniquement dans cette fusion que les idées sociales démocrates et ses porteurs trouveront la voie du pouvoir et des moyens d’agir qu’il confère. Et pourquoi ne pas donner à cette nouvelle formation un nom l’identifiant immédiatement à cette idée de centre gauche comme chez nos voisins du sud : le Parti démocrate du Canada ?


L’auteur fut chroniqueur politique à Webzine et Vigile jusqu’en 2007. Il a été candidat de Québec solidaire aux élections provinciales de 2007 dans Beauharnois. Il œuvre professionnellement dans le secteur des communications et du marketing.






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