Robert Deragon
Gais, Gaies, marions-nous !
vendredi 10 décembre 2004
Dans un jugement unanime et qui a fait consensus très rapidement parmi les magistrats de la Cour suprême du Canada, la plus haute instance judiciaire de la fédération a confirmé les décisions antérieures des tribunaux de six provinces et d’un territoire, et reconnue le caractère discriminatoire de l’ancienne définition du mariage. La voie est donc grande ouverte à la légalisation des mariages civils entre conjoints de même sexe partout au Canada. Pour la Cour suprême c’est une question de droits humains fondamentaux. Elle a parfaitement raison. Mais chez les opposants, la déception était grande même si la décision de la Cour n’est pas une surprise. Sur les ondes de Radio-Canada on a ainsi pu entendre un pasteur protestant agiter les pires épouvantails pour essayer de rallier la population à sa cause. Selon lui, ce jugement ne constitue rien de moins qu’un recul pour l’humanité toute entière, et annonce la fin de la moralité en permettant de légaliser à plus ou moins brève échéance l’inceste, la pédophilie, la polygamie, le mariage d’un groupe de personnes entre eux, et tant qu’à y être, la zoophilie. Bien sûr, si le ridicule tuait, ce brave pasteur aurait depuis longtemps rejoint son Créateur. De telles pratiques sexuelles n’ont, en effet, aucune chance d’être avalisées par les tribunaux et ce, d’autant plus qu’elles ne font l’objet d’aucune revendication en se sens par aucun groupe organisé que ce soit. Enfin, dans un élan démocratique qui ne fait pourtant pas parti des habitudes ecclésiastiques, le bon pasteur propose la tenue d’un référendum pan-canadien à ce sujet. Il n’est pas le premier, puisque la sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette demande depuis longtemps déjà la tenue d’un tel exercice. Or la consultation populaire est le pire outil pour reconnaître des droits aux minorités. Dans ce type de référendum, la « sagesse du peuple » a tôt fait de se transformer en tyrannie de la majorité. Où en seraient les droits des francophones hors-Québec et des autochtones, pour ne nommer que ces deux cas patents, s’ils avaient reposé sur une consultation populaire ? Poser la question c’est y répondre.
La Cour a également reconnu aux religions le droit de refuser de célébrer le mariage entre conjoints de même sexe. Sur ce second point, elle a encore raison. En fait, cela est tellement évident qu’on peut raisonnablement penser que le Gouvernement fédéral a posé la question à la Cour uniquement pour des motifs politiques afin de calmer les opposants à l’union entre personnes de même sexe. Ainsi ils auront l’impression d’avoir gagné sur au moins un point. Mais le plus déplorable dans toute cette affaire c’est le chemin emprunté par le gouvernement libéral qui refuse de prendre position sur toute question le moindrement délicate et de s’en remettre toujours plus aux tribunaux. Pourtant, les candidats libéraux n’ont eu de cesse de crier, lors de la dernière campagne électorale, qu’eux seuls incarnaient le « vrai pouvoir ». Or, de plus en plus, ils incarnent plutôt la République de l’indécision et le Royaume des valses-hésitations, sauf, bien sûr, lorsqu’il s’agit des nominations politiques dont les amis du régime profitent largement.
Le recours aux tribunaux devraient être une mesure exceptionnelle, pas une pratique courante de gouvernance pour régler les enjeux controversés. Le leadership en matière des droits sociaux doit en effet être exercé par les élus dans le cadre d’un débat public, et non par des juges à huis clos.
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> Gais, Gaies, marions-nous !
Ce matin je lisais dans un grand quotidien montréalais que l’Indonésie allait interdire les baisers en public. À un journaliste le questionnant sur la violation des droits et libertés d’une telle loi, un responsable du gouvernement de Jakarta lui répondit que c’était là la volonté d’une majorité de la population et qu’il en était bien ainsi.
On se dirige tout droit vers une société où la moralité populaire mener par une horde de prélats l’emportera sur des droits fondamentaux des minorités inhérents à un État laïc et démocratique. Du même souffle, il est aisé de comprendre pourquoi que la plupart des religions s’entendent comme larrons en foire sur la question du mariage Gai.
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> Gais, Gaies, marions-nous !
Que de mépris vous manifestez pour le « brave pasteur » ! Bien entendu, il a le tort de représenter une position différente de la vôtre. Serais-je traité de la même façon si j’ose répondre à votre article ? Vous supposez que les pratiques sexuelles déviantes que vous énumérez n’ont aucune chance d’être avalisées par les tribunaux. Rien n’est moins sûr. Qui aurait imaginé, il y a vingt ou trente ans, que des homosexuels revendiqueraient le droit au mariage et que des gens éduqués ( des juges de la cour suprême ! ) prendraient au sérieux de telles revendications ? En fait, je me demande si le peu de réaction des citoyens face à ces demandes n’est pas justement parce qu’elles sont inimaginables. Le mariage est tellement ancré dans le fondement de notre civilisation que personne ne s’attendait à ce qu’on songe à en changer la définition. Mais peut-être cette indifférence de la population est-elle davantage un symptôme de l’affaiblissement de nos valeurs, du manque de repères. Je crois que le mariage est une institution fondamentale de notre société. Même si cette institution est plutôt malmenée à notre époque, elle est le fruit de plusieurs siècles d’évolution. Elle représente un effort pour harmoniser, régler et contrôler les relations entre hommes et femmes. Cette définition ne plaît pas à ceux qui veulent la changer mais bon, devrait-on changer le Code de la route pour permettre aux aveugles de conduire ? Les lois du mariage ont été élaborées en fonction du couple homme-femme. Elles ne peuvent donc pas s’appliquer à un couple du même sexe, cela est l’évidence même. Parler de « mariage homosexuel » est une contradiction dans les termes.
Le problème des activistes homosexuels n’est pas tant qu’ils veulent à tout prix profiter des supposés bienfaits du mariage. Personne ne croit sérieusement à cette fable, vous le savez bien. Il s’agit plutôt de faire approuver leur conduite par la société : le droit à l’égalité. C’est ce droit à l’égalité exigé par une minorité qui se dit victime de discrimination qui est le véritable enjeu. Et comme personne ne veut vraiment entrer dans ce débat, on préfère l’éviter en allant jusqu’ à discuter d’absurdités. La tyrannie de la minorité serait-elle préférable à celle de la majorité ?
Philippe Pilette