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Guay, Serge-André
Journée mondiale du livre et du droit d’auteur 2008 : lancement du Collectif pour une réflexion sur l’édition au Québec

mardi 22 avril 2008

Il n’y a pas meilleur moment que la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (23 avril 2008) pour vous informer de la création du Collectif pour une réflexion sur l’édition au Québec (CREQ), un regroupement ouvert à toutes les personnes et organisations intéressées à réfléchir sur les pratiques éditoriales au Québec dans les domaines de la littérature et du livre.

Le CREQ milite en faveur de la création d’ordre professionnel des écrivains, la nomination d’un ombudsman des écrivains et d’une commission d’enquête sur les pratiques éditoriales.

Entrevue avec Francine Allard, fondatrice du Collectif pour une réflexion sur l’édition au Québec

Le Collectif pour une réflexion sur l’édition au Québec a été créé par l’écrivaine Francine Allard en 2007 suite à la table de concertation du monde du théâtre. Elle a jugé important que tout l’ensemble du monde littéraire réfléchisse sur la situation de l’édition, de la création jusqu’à la vente du livre en librairies.

Pourquoi Francine Allard trouve-t-elle important de réfléchir sur l’édition au Québec ?

Parce qu’elle s’est vu confier des histoires d’horreur par des collègues écrivains et elle a compris très rapidement que les éditeurs fautifs étaient eux aussi membres de la même association, c’est-à-dire, de l’UNEQ. C’est comme si le syndicat des enseignants accueillait également les directions d’école ou si parmi les membres de la FTQ, il y avait les patrons des usines.

Quels sont les problèmes concernant la PUBLICATION au Québec ?

D’abord, un trop grand nombre d’éditeurs se partagent les mêmes genres, les mêmes auteurs, les mêmes besoins. Les écrivains doivent changer souvent de maison d’édition et attendre des mois avant de recevoir une réponse. Cependant, plusieurs éditeurs embauchent les mêmes réviseurs, les mêmes directeurs littéraires ou encore ont, à leur emploi, un chercheur de têtes qui travaille pour plusieurs éditeurs. Ainsi, les romans finissent par se ressembler ou, inversement, n’ont aucune chance de trouver un endroit où publier si le chercheur de têtes n’apprécie pas une œuvre.

Certains éditeurs font venir de France leur direction littéraire (Stanké, Trois, La courte échelle, pour ne citer que ces exemples). Ces directions littéraires ont une chance de ne pas connaître les enjeux politiques du Québec (ex : la crise d’Oka) non plus que le nom des écrivains expérimentés. En contrepartie, ils n’entretiennent aucun préjugé dont certains nuisent souvent à l’écrivain.

Pourquoi chercher en France quand il y a certainement des universitaires au Québec pour faire ce job ?

Un autre problème : la plupart des directeurs littéraires sont eux-mêmes des écrivains qui publient chez leur employeur. Cette situation ne provoque-t-elle pas un risque de jugement déformé par le copinage et l’inverse ?

Quels sont les problèmes concernant LA PROMOTION des œuvres au Québec ?

Chez nous, on ne fait pas la promotion de l’œuvre, mais de l’auteur. Ce qui me semble bizarre, c’est que plus un auteur est connu, plus la promotion autour de son dernier livre est faste. Ceux qui bénéficieraient d’une telle promotion sont les auteurs moins connus. Quand une vedette écrit un livre, voilà qu’elle est invitée partout, que les salons du livre la reçoivent, que les médias en parlent, que des affiches surgissent partout dans les lieux publics. Pourquoi la promotion d’un livre n’est-elle pas obligatoirement la même pour tous ? Et davantage pour un nouvel auteur que pour une vedette ?

Quels sont les problèmes concernant la RÉVISION au Québec ?

Les réviseurs sont souvent les mêmes pour plusieurs éditeurs. Ils révisent souvent jusqu’à réécrire un bouquin. Ils réécrivent les livres d’un nouvel auteur surtout. De là l’habitude que les éditeurs développent de plus en plus : ils publient davantage de nouveaux auteurs parce que ces derniers acceptent plus aisément de faire tripoter leur écriture trop heureux de pouvoir publier.

Pourquoi ne pas publier que les écrivains qui arrivent à écrire sans nécessiter un réviseur ? Ne devrait-on pas ne publier que les œuvres autonomes ?

Quels sont les problèmes de DISTRIBUTION au Québec ?

Je crois que la distribution se fait très convenablement au Québec. Les livres sont annoncés chez les libraires avant de paraître et une fois parus, ils sont bien distribués. Cependant, il faut se poser une question fondamentale ? Pourquoi les gros titres (plus populaires) se retrouvent-ils à rabais chez Costco, par exemple ? Ou chez Wal-Mart ? Selon moi, cela devrait être encadré parce que cet état de chose nuit aux libraires. Une loi devra être votée pour interdire ce genre de ventes. J’ajoute ici que les éditeurs qui choisissent de publier sur Internet des auteurs chevronnés en plus, devraient être reconnus comme des éditeurs au même titre que les autres. Selon un article méprisant du journaliste Nicolas Tremblay, dans Lettres Québécoises (printemps 2008), il y a trop de ces autobiographies écrites par des mémères qui veulent laisser un héritage à leur progéniture (sic). Mais, il y a aussi un nombre effarant de personnes qui écrivent de très belles œuvres et qui choisissent de publier en ligne.

L’ANEL devrait permettre aux éditeurs en ligne de faire partie, s’ils le désirent, de l’ensemble des éditeurs.

Quels sont les problèmes DE SOUTIEN À L’ÉCRITURE au Québec ?

Je parle ici des bourses à l’écriture du CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec) et du CAC (Conseil des arts du Canada). Pour avoir fait partie de quelques jurys de ce genre, j’ai été renversée par le nombre d’auteurs qui, malgré un excellent projet d’écriture, ont été refusés par manque d’argent.

J’ajoute : manque d’impartialité. Le copinage sévit également, malheureusement. J’y ai entendu des histoires d’horreur : cet auteur ne mérite pas de bourse parce qu’il a déjà écrit un article au sujet de mon père ; ou encore : quand j’étais directeur de telle maison d’édition, cet auteur m’a envoyé des textes médiocres.

Certains livres exigés par le CALQ au demandeur d’une bourse, n’ont même pas été remis aux membres du jury. Manque total de partialité mais surtout, présence entière des pairs qui privilégient leurs copains. What’s new ? dira-t-on dans les estrades.

Il faut repenser l’attribution des bourses visant le soutien à l’écriture et pourquoi pas un programme de soutient social pour l’écrivain, comme en d’autres pays.

Quels sont les problèmes de regroupement des écrivains ?

L’UNEQ, je le répète, admet tous les écrivants parmi lesquels elle pratique une sélection. Il y a les membres écrivains, il y a les auteurs, il y a les poètes, il y a ceux qui publient à compte d’auteur dans une maison d’édition qui leur est propre. Les programmes, cependant, qui visent la promotion des écrivains sont clairement et distribués efficacement. Je conteste cependant une chose : la direction générale de l’UNEQ devrait obligatoirement être remplacée à tous les 8 ans.

L’Union des écrivains devrait être un regroupement d’écrivains uniquement voir un ordre professionnel au même titre que l’UDA. Le CREQ juge nécessaire de reconnaître l’écrivain comme un professionnel au même titre que ceux des autres secteurs. Les éditeurs qui sont écrivains et les écrivains qui sont directeurs littéraires devraient être soumis à un règlement spécifique au sujet des conflits d’intérêt. Ainsi en certaines circonstances, seuls les écrivains auraient droit de vote.

Quels sont les problèmes de la LITTÉRATURE POUR LA JEUNESSE ?

Si l’industrie du livre pour enfants se portent relativement bien au Québec, nous n’avons pas pour autant une tradition littéraire jeunesse. Nous faisons de bons livres pour enfants mais nous n’entretenons pas, comme ailleurs, une véritable LITTÉRATURE pour la jeunesse. Pourtant, plusieurs éditeurs dits généraux, trouvent dans le public jeune, un endroit pour arrondir les fins de mois. Les véritables éditeurs de littérature pour la jeunesse sont très peu nombreux et sont également très peu nombreux les écrivains pour la jeunesse.

Lors d’une rencontre avec l’un des éditeurs jeune public,, la directrice littéraire m’a dit qu’il faut que les auteurs se moulent à la réalité des lecteurs pour que ces derniers s’y reconnaissent. Je crois que c’est faire mauvaise route. Il ne faut pas partir de ce que les jeunes veulent lire, mais les amener à lire de belles œuvres écrites pour eux. Certains de ces éditeurs font de plus en plus de traductions de livres publiés aux États-Unis et en Angleterre.

On propose des collections dans lesquelles les écrivains (auteurs) doivent s’enchâsser. C’est bien dommage. Parce qu’il faut savoir que les romans pour les jeunes qui sont des œuvres littéraires réelles, ne font pas leurs frais au Québec.

Pourquoi le CREQ demande-t-il un ombudsman pour les écrivains ?

Pour la seule et unique raison que la plupart des éditeurs et des directeurs littéraires sont aussi des écrivains, ils sont membres de l’UNEQ. Il y a un malaise lorsqu’un conflit éclate entre un écrivain et son éditeur membres de la même association. L’UNEQ a proposé un contrat-type qu’elle n’est jamais parvenu à imposer aux éditeurs. Ces derniers menacent l’écrivain d’abandonner le projet de publication à l’idée de se faire imposer le contrat type de l’UNEQ. La situation serait différente avec un ombudsman et un ordre professionnel des écrivains, un pas en avant dignes de toute industrie qui respectent.

Pour en savoir :

Document de travail du CREQ

Blogue du CREQ




Réactions

  • > Journée mondiale du livre et du droit d’auteur 2008 : lancement du Collectif pour une réflexion sur l’édition au Québec
    23 avril 2008, par Joseph Martz
    66.131.50..***
    Réglementer la vente des livres en voilà une bonne, n’y a-t-il pas déjà trop de règlements restrictifs dans notre société. Je suis plutôt content de pouvoir me procurer à rabais les ouvrages chez Costco, c’est une excellente façon de démocratiser la culture et ainsi la rendre plus accessible.


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