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Robert Deragon
L’éphémère asymétrie

jeudi 28 octobre 2004

Il s’est écoulé à peine quarante jours entre la Conférence « historique » des premiers ministres sur la santé, tenue à la mi-septembre, et la Conférence des premiers ministres sur la péréquation, qui vient tout juste de prendre fin. Quarante petits jours et le fédéralisme asymétrique n’est déjà plus qu’un souvenir. C’est que le Canada anglais en général, et le Parti libéral du Canada en particulier, n’ont pas du tout apprécié le climat d’ouverture de Paul Martin à l’endroit du Québec. Beaucoup y ont vu une intolérable violation de l’orthodoxie trudeauiste, la base idéologique du PLC depuis plus d’un quart de siècle. Certains disciples de cette pensée, érigée en véritable dogme, sont même allés jusqu’à annoncer la fin du Canada si le premier ministre Martin poursuivait dans cette voie hérétique. La réaction de ce dernier n’a pas tardé. En bon gardien des « valeurs libérales », il s’est repris, et de belle façon, à la Conférence sur la péréquation. À tel point que le ministre des finances du Québec, le libéral et fédéraliste Yves Séguin, a déclaré qu’Ottawa donne dans le « Québec bashing » et que le gouvernement fédéral « veut notre sang comme Dracula ». M. Séguin nous a même appris que les mandarins fédéraux présents à la Conférence ont déclaré à la Colombie-Britannique, qu’on allait « couper » le Québec. Inutile de dire que les ministres québécois qui siègent à Ottawa étaient plutôt discrets cette semaine. Un contraste frappant par rapport aux déclarations pompeuses des lendemains de la Conférence sur la santé, où ils vantaient la nouvelle approche Martin en ce qui touche les relations avec le Québec. Bien sûr, à l’issue de la rencontre sur la péréquation, M. Charest s’est lui aussi dit très déçu des résultats de l’arrangement imposé par son vis-à-vis fédéral. Mais il avait tout de même « une bonne nouvelle » à annoncer : la mise sur pieds, par le Conseil de la fédération, d’un comité d’étude sur la péréquation..... emballante solution n’est-ce pas ?

À la lumière de ces événements, il est clair que le déséquilibre fiscal est là pour rester et que les surplus fédéraux qu’il engendre grossissent à vue d’œil : plus de 9,1 milliards cette année. Sans débat au Parlement de Sa Majesté, et unilatéralement, Paul Martin affecte ces surplus considérables au remboursement de la dette, alors que les provinces crient famine en raison de l’explosion des coûts en santé et en éducation. On en conviendra, une telle utilisation n’est pas mauvaise en elle-même, mais que la totalité des surplus y soit affecté demeure un choix très discutable. En confiant la moitié de nos impôts à un gouvernement contrôlé par un autre peuple, c’est ce dernier qui fixe les priorités sur ces recettes fiscales. En attendant, il faut encore plier l’échine et espérer que la prochaine fois, les priorités du Canada anglais coïncideront avec les nôtres.






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