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Charron Christian
Félicitations au Journal de Montréal

lundi 19 novembre 2007

Il y a des faits politiques que les médias au Québec devraient dénoncer et qu’ils ne font pas. Il y a des chroniqueurs qui rédigent leurs textes de façon biaisée en omettant des faits importants. Mais il faut remettre à César ce qui appartient à César : le Journal de Montréal fait du sacré bon boulot quand il dénonce certaines situations d’intérêt public.

Il l’a encore fait en fin de semaine quand un de ses journalistes a suivi la limousine de la ministre des Transports Julie Boulet au sortir d’une conférence de presse. Sur le Métropolitain, la voiture de la ministre a roulé à 110 km/h alors que la limite est de 70 km/h. Puis elle a dépassé un camion-remorque par la droite sur la 40, et a roulé jusqu’à 132 km/h sur cette autoroute. Parallèlement à cela, dans son projet de loi déposé mercredi, la ministre Boulet propose des peines plus sévères pour les excès de vitesse, et veut aussi installer des radars photo sur les routes du Québec. C’est donc la règle du « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais » qui prévaut, et ça, c’est inacceptable.

C’est inacceptable, non pas tant parce que la ministre doit montrer l’exemple, que parce qu’elle est censée croire dans les projets qu’elle propose. Or, elle n’y croit pas, puisqu’elle laisse son chauffeur rouler à des vitesses bien au-delà des limites permises. Elle a dit qu’elle dormait dans la voiture et qu’elle n’a rien vu. Mais la question n’est pas là : son chauffeur est censé avoir reçu des directives qui s’appliquent en tout temps. Comment peut-elle gérer un ministère si elle n’est même pas capable de gérer son chauffeur... ?

Cela rejoint ce que j’écrivais dans mon dernier article sur la mort du petit Yannick Charpentier : les leaders et les idoles de notre société doivent montrer l’exemple si on veut changer le comportement des jeunes. Quel message la ministre envoit-elle aux jeunes quand elle-même roule à des vitesses excessives ? Une bonne part de l’irresponsabilité qu’on voit chez les jeunes provient de l’irresponsabilité démontrée de façon générale par notre société et par ses leaders.

J’en reviens aux reportages du Journal de Montréal. Il faut féliciter celui-ci aussi quand il a dénoncé l’écoulement des toilettes de certains hôtels et bâtiments de La Ronde directement dans le fleuve. Et quand il a démontré les trous dans la sécurité de l’aéroport de Dorval. Dans son livre Le Syndrome de Pinocchio, l’éditorialiste actuel du journal La Presse, André Pratte, écrivait qu’il est difficile pour les journalistes de dénoncer les politiciens, car cela exige de leur part et de celle de leurs patrons « un courage peu commun ». M. Pratte écrit : « Car il s’agirait, d’une certaine façon, de mordre la main qui nous nourrit. Et de se priver de cette impression de faire partie du grand monde qui est, sans contredit, un des côtés les plus agréables de ce métier de fou »*. Voilà une raison de plus de féliciter le Journal de Montréal, qui n’a pas peur de « mordre la main qui le nourrit », de même que son journaliste, qui se fout pas mal de « cette impression de faire partie du grand monde ». Bravo.

* Le Syndrome de Pinocchio, essai sur le mensonge en politique, p. 75, Les Éditions du Boréal, 1997






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