Robert Deragon
Israël ou le syndrome de l’enfant battu
mardi 19 octobre 2004
Au cours des deux derniers millénaires, peu de peuples au monde ont été victimes d’autant de violences à répétition que le peuple juif. S’il existait un livre Guiness à cet égard, les Juifs y tiendraient tristement une place de choix. Pendant tout le Moyen Âge ils furent accusés d’être responsables des malheurs qui frappaient l’Occident chrétien, et à ce titre, brûlés et massacrés sans ménagement. Puis à l’aube d’une époque qu’on qualifie de moderne, l’Europe de l’est pris le relais de sa sœur occidentale avec ses ignobles pogroms. Le point culminant de toute cette violence contre un peuple accusé du péché suprême, soit le meurtre de celui que les chrétiens considèrent être le fils de Dieu, fut bien sûr le troisième Reich et sa politique d’extermination systématique. Cette fois, ils considérèrent que s’en était trop, et que seul un État juif, contrôlé par des Juifs, pourrait dorénavant assurer leur sécurité collective. L’État d’Israël verrait le jour, quoiqu’il en coûte, et ce prix fut effectivement élevé. Des groupes terroristes juifs, en intelligence avec une mouvance sioniste plus modérée dans ses moyens mais tout aussi motivée, s’employèrent à chasser le colonisateur britannique de Palestine. Il faut dire que les Anglais, de moins en moins convaincus de leur mission civilisatrice au Proche-orient, et tiraillés par leur mauvaise conscience, ne s’accrochèrent pas avec beaucoup de conviction à la Terre Sainte. N’avaient-ils pas, à l’instar des autres peuples d’Occident, été complètement sourds aux appels à l’aide des Juifs allemands qui désiraient fuir la folie nazi d’avant-guerre ? C’est dans ce contexte qu’Israël s’imposa par la force, et par l’incroyable détermination des Juifs de se donner un État bien à eux.
Malgré les dérives initiales, dont notamment les injustices évidentes à l’égard des Palestiniens déplacés, Israël se gagna la sympathie de millions de personnes à travers le monde, qui y voyaient la juste conséquence de tant d’années d’infamies antisémites. Mais l’implantation de colonies juives dans les territoires occupés a contribué, peu à peu, à dilapider ce capital de sympathie au point qu’aujourd’hui, Israël est largement perçu comme un État agresseur insensible aux malheurs des générations de réfugiés palestiniens qu’il a contribué à créer. Tout particulièrement, la situation actuelle dans la bande de Gaza est telle, qu’elle rappelle, à certains égards, l’abject Ghetto de Varsovie : confinement extrême, surpopulation, massacre de civils, terrorisme d’état, avenir bloqué, etc... Depuis l’arrivée au pouvoir de l’administration Bush et le déclenchement de la guerre d’Irak, l’État Hébreu s’en donne à cœur joie à Gaza. Quant une armée, Tashal pour ne pas la nommer, est essentiellement utilisée pour combattre des civils désespérés, il y a lieu de s’interroger sur la justesse de sa cause. La victime d’hier est devenue bourreau, et comme ses agresseurs de jadis, elle invoque son droit à l’auto-défense. Mais les attentats palestiniens en Israël, bien réels dans leurs horreurs, sont avant tout la conséquence de la politique d’implantation juive dans les territoires occupés, et non pas une fatalité indépendante des choix du gouvernement de Tel Aviv.
Les spécialistes de l’enfance affirment que les enfants battus, lorsqu’ils se retrouvent plus tard en position d’autorité parentale, font souvent subir aux plus petits le même type d’éducation, faite de coups et de brutalités. Il semble que ce syndrome peut également affecter les peuples, et qu’Israël en présente une désolante manifestation.