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Robert Deragon
La défense du Canada

jeudi 7 octobre 2004

S’il est un secteur qui relève exclusivement du gouvernement d’Ottawa, c’est bien celui de la défense. Pour une fois, aucune province, incluant le Québec, ne désire s’impliquer directement dans ce dossier. Au cours de la dernière campagne électorale, et à l’instar de bien d’autres secteurs relevant du gouvernement central, Paul Martin s’est montré plus que discret à ce sujet, préférant agir comme s’il aspirait à diriger une province. En effet, ses principaux engagements touchaient la santé, l’éducation, les municipalités, les garderies, etc. Bref, il avait souvent l’air d’un comédien qui s’était trompé de rôle. Mais voilà que la réalité le rattrape, et qu’il doit maintenant se prononcer sur le projet américain de bouclier antimissile. Cette nouvelle lubie américaine, aussi inutile que coûteuse, devrait forcer le Canada à réfléchir sur sa politique de défense. Malheureusement, ce débat n’aura vraisemblablement pas lieu, le gouvernement Martin ayant déjà fait son lit à ce sujet. Sans beaucoup d’explications, le ministre de la défense, Bill Graham, a déclaré qu’un refus de s’associer à ce projet reviendrait à renoncer à notre souveraineté. Cette déclaration, lourde de sous-entendus, mérite qu’on s’y arrête. Elle signifie en clair que nous nous sommes tellement habitués au fils des ans à voir les Etats-Unis prendre en charge notre défense, qu’aucune autre option ne semble s’offrir au Canada. Par conséquent, refuser de participer à ce projet revient à nous exclure nous-mêmes du commandement conjoint associé à la défense de l’Amérique du Nord, et que désormais, les Américains assumeraient seuls la défense du territoire canadien.

Le problème, à la base, c’est que le Canada refuse d’assumer les coûts de sa défense, et par conséquent, renonce à une partie de sa souveraineté. Cela a des répercussions importantes, notamment en matière de politique étrangère. Peu de pays dans le monde, ayant les ressources du Canada, acceptent une telle vassalisation. À cet égard, le cas de la Suède est un modèle de ce que tout le Canada n’est pas : une nation vraiment indépendante. Pays d’à peine 9 millions d’habitants, son armée a un effectif deux fois plus important que la nôtre. De plus, la Suède possède sa propre industrie militaire, créant ainsi chez elle des emplois à forte valeur ajoutée, que de notre côté, nous préférons donner aux étrangers, ou au mieux, recevoir en sous-traitance. Cela n’empêche pas la Suède de jouir d’un niveau de vie comparable au nôtre, et d’être un état pacifique respectueux de l’environnement. Mais surtout, sa politique de défense lui permet de profiter d’une réelle indépendance diplomatique malgré la proximité du géant russe et des autres puissances moyennes européennes. Bien sûr, la dépendance économique du Canada par rapport aux Etats-Unis pèse lourd dans la décision du gouvernement Martin d’accepter un projet de défense auquel il ne croit pas, mais la peur des représailles semble plus forte que tout. Pourtant, l’exemple irakien nous a montré que Washington peut bien faire les gros yeux, les intérêts économiques des deux pays prennent rapidement le dessus et les représailles tant redoutées ne sont jamais venues. Le pire, c’est qu’en bout de ligne, après les protestations d’usage, les Etats-Unis ne seraient probablement pas mécontents de voir le Canada prendre finalement ses responsabilités en matière de défense.






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