Guay, Serge-André
Les racines de Mario Dumont et l’Internet
mardi 9 octobre 2007
Pour le chef de l’Action démocratique du Québec et Chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec, Mario Dumont, bloguer est « une façon idéale pour quelqu’un d’aller gaspiller beaucoup de son temps ». Monsieur Dumont « croit qu’il est préférable de travailler sur le terrain que dans le cyberespace ».
Le Devoir, 4 octobre 2007
http://www.ledevoir.com/2007/10/04/159301.html
Cette affirmation rejoint bien la classe moyenne, cible par défaut de la formation politique de Monsieur Dumont. « Par défaut » parce que le Chef de l’ADQ, lui-même issu de la classe moyenne, ne peut pas séduire, pour le moment, d’autres personnes que ses pairs. Heureusement pour lui, la classe moyenne québécoise représente une tranche très importante de la population, d’où qu’il puisse encore espérer s’emparer du pouvoir.
Mais sa déclaration au sujet des bloggeurs nous en apprend-t-elle un peu plus sur la classe moyenne ou est-ce que monsieur Dumont vient de réduire inconsciemment sa cible ? Toute la question est de savoir si la classe moyenne blogue ou non. Or, le phénomène des blogues touche toutes les classes de la société, des pauvres aux riches en passant par la classe moyenne. Qui plus est, pour bloguer, il faut en avoir les moyens : disposer d’un ordinateur, d’une connexion à l’Internet,... Force est de conclure que les pauvres bloguent moins, faute de moyens, comparés aux gens de la classe moyenne et les riches. Il est aussi fort probable que les riches bloguent moins que la classe moyenne si l’on tient compte de ses intérêts. Bref, la majorité des blogeurs proviennent de la classe moyenne et de ses enfants (étudiants, jeunes travailleurs,...)
Dans sa sortie contre les blogeurs, c’est Mario Dumont, le père, qui parle, et son propre père à travers lui. On sait que le père de Mario Dumont est un agriculteur qui, comme la plupart de ses pairs, préfère et de loin « travailler sur le terrain » et qui voit souvent d’un mauvais œil leur progéniture se gaver d’Internet en demeurant assise pendant des heures devant un ordinateur.
Mais en s’attaquant aux blogeurs, Mario Dumont s’attaque indirectement à la société du savoir pour qui l’Internet est un outil essentiel d’avancement. Si monsieur Dumont n’a que faire de l’Internet et, en particulier, des blogues et des blogeurs, c’est qu’il ne représente qu’une partie de la classe moyenne et non pas toute la classe moyenne.
Enfin, la majorité des blogeurs considèrent leurs contributions à l’Internet comme étant l’expression d’une nouvelle démocratie essentielle pour combler, ne serait-ce qu’en partie, le déficit démocratique du monde réel.
Les blogeurs ont fait remarqué à monsieur Dumont que le nom de son parti politique comprend le mot « démocratique » et que leur blogue n’est rien d’autres qu’une « action démocratique » parmi d’autres.
Personnellement, si j’étais un élu, je n’inviterais pas les blogeurs à se manifester « sur le terrain » ; je préfèrerais qu’ils demeurent dans le monde virtuel car les internautes sont beaucoup plus nombreux que les membres de tous les partis politiques réunis.