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Guay, Serge-André
Les desous du dernier essai de Me Guy Bertrand, « Guide d’accès à l’indépendance, par un collaborateur

mardi 9 octobre 2007

À titre de collaborateur au tout dernier essai de Me Guy Bertrand, « Guide d’accès à l’indépendance », je puis dire que le lancement de l’ouvrage fut un véritable échec compte tenu de l’objectif. « Mon livre se veut un essai rassembleur » a déclaré Me Bertrand aux journalistes présents.

Or, « un seul des 125 députés invités personnellement par l’avocat a osé se pointer le bout du nez » a rapporté la journaliste Mélanie Tremblay. Pourtant, ce n’est la distance qui séparait nos élus de l’évènement puisque ce lancement a eu lien à la bibliothèque de l’Assemblée Nationale du Québec.

Cette absence des élus s’explique plutôt par la couverture de presse ayant précédé le lancement et dont les titres avaient tout pour déplaire à la députation péquiste : « La loi 101 aurait atteint ses limites » (Corus Nouvelles), « Guy Bertrand : la souveraineté est le seul moyen de sauver le français » (La Presse), « « Nous glissons lentement vers l’extinction » du français » (Le Soleil),... C’est bien connu, les députés du PQ n’aime pas donner prise à leurs adversaires et c’est exactement ce que font ces articles. Ils ne se sont donc pas pointés au lancement, question d’isoler une fois de plus Me Bertrand. Il faut mentionner aussi que plusieurs indépendantistes, y compris des députés du PQ, ont eu l’occasion de lire l’essai de Me Bertrand au cours de l’été dernier. C’est donc peut être l’essai lui-même qui a poussé les députés à boycotter son lancement.

Aussi, quand on veut être rassembleur, on s’organise pour que la Presse Canadienne ne puisse pas écrire en gros titre : « Guy Bertrand croit que Pauline Marois ne fera pas la souveraineté du Québec ». L’amorce de cet article se lit comme suit : « L’avocat souverainiste Guy Bertrand ne croit pas que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, fera du Québec un pays, et il dénonce le fait qu’elle envisage reporter à une date indéterminée la tenue d’un référendum sur la souveraineté. » Me Bertrand aurait eu avantage à s’en tenir à une simple critique du report du référendum en tendant la main à madame Marois pour une réflexion sur le sujet. Malheureusement, Me Bertrand semble avoir oublié que la presse québécoise s’attarde généralement davantage au messager qu’à son message.

Le lancement de cet ouvrage devait se se tenir en deux temps, d’abord à Montréal puis à Québec le lendemain. Le lancement montréalais était prévu au siège social de la Société St-Jean Baptiste de Montréal. C’est du moins ce que me confiait Me Bertrand lors de notre dernière conversation téléphonique, après quoi j’ai coupé les ponts. Car Me Bertrand venait aussi de m’annoncer qu’il verserait les redevances de la vente de son essai au Mouvement Montréal Français, ce que je ne comprenais pas puisqu’il avait affiché ouvertement son appui à la Fondation littéraire Fleur de Lys lors de son passage à l’émission « Tout le monde en Parle » du 3 décembre 2006. Les habitués de ce webzine savent que je suis le président fondateur de la Fondation littéraire Fleur de Lys, le pionnier de l’édition en ligne avec impression à la demande au Québec. Comment expliquer aux membres de mon Conseil d’administration que Me Bertrand verserait ses redevances à un autre organisme que le nôtre après son appui public lors de l’émission de télévision la plus écoutée au Québec ?

Je n’avais pas de problème avec le choix de Me Bertrand de faire publier son essai par un éditeur traditionnel. J’ai toujours considérée que l’édition en ligne était une alternative à l’édition traditionnelle, c’est-à-dire un moyen d’être tout de même publié lorsque les éditeurs traditionnels refusent votre œuvre. Me Bertrand ne fait pas partie de ces auteurs qui éprouvent des difficultés à trouver un éditeur traditionnel. Mais la publication de son essai était une belle occasion de joindre l’une et l’autre, l’édition traditionnelle pour la version papier, et l’édition en ligne pour la version numérique. La proposition est tombée dans l’oreille d’un sourd. Qui plus est, en confiant son essai à Quebecor, Me Bertrand a été dans l’obligation de céder ses droits d’auteur, si ce implique que l’éditeur peut décider de ne pas réimprimer son essai s’il juge que la demande est insuffisante. Mais même dans ce cas, Quebecor demeure titulaire des droits d’auteur de l’essai de Me Bertrand sa vie durant et jusqu’à 50 ans après son décès. Par conséquent, Me Bertrand n’a plus le contrôle sur son essai en optant pour l’édition traditionnelle qui oblige la cession des droits d’auteur.

Pourtant, l’occasion était belle de faire preuve de modernisme en publiant son essai en ligne sur Internet et même de l’offrir gratuitement à la population. Cela aurait été un bon coup pour notre fondation en plus d’assurer à cet essai un maximum de lecteurs sur plusieurs mois et années. Mais cela n’est plus une possibilité puisque Me Bertrand n’est plus propriétaire de ses droits d’auteur. Il pourrait toujours les récupérer en prouvant que Quebecor ne répond pas à la demande ou n’a pas l’intention d’en produire un nouveau tirage mais cela ne va pas de soi, même pour un avocat. Quoiqu’il soit, dans trois ou six mois, l’essai de Me Bertrand sera définitivement retiré des tablettes des libraires s’il ne connaît pas le succès attendu, au même titre que les autres qu’il a publiés précédemment... avec des éditeurs traditionnels. Bref, l’édition traditionnelle offre une visibilité momentanée tandis que l’édition en ligne développe et maintient une visibilité durable. Quand on veut s’adresser « à tous les politiciens, les décideurs, les universitaires, la population (...) », on opte pour l’édition en ligne.

La journaliste Daphnée Dion-Viens du quotidien Le Soleil écrivait le 25 septembre dernier : « Il ne s’agit de rien de moins que son « testament » politique. Le flamboyant avocat Guy Bertrand, reconverti aux vertus de la souveraineté, publie un nouveau livre, Guide d’accès à l’indépendance, dans lequel il veut démontrer que la langue française est menacée d’extinction en Amérique du Nord et que le seul moyen de la préserver est de faire du Québec un pays. » Cette question du « testament politique » est de moi. C’est ce que j’ai dit à Me Bertrand lors de notre dernier échange téléphonique : « C’est comme votre testament politique ». Ce à quoi il m’avait répondu : « Ah ! Oui, tu vois cela comme ça ». J’ai alors ajouté : « Votre frère, Rosaire, vient de prendre sa retraite en cédant son comte à Pauline Marois, Vous, vous écrivez un essai dans lequel vous exprimer vos dernières pensées. C’est comme si la famille Bertrand se retirait de la politique. » Je ne suis donc étonné que Me Bertrand présente à la presse son essai comme son « testament » politique.

C’est également moi qui a eu l’idée de faire de cet essai un « guide » puisqu’il s’agit d’une recette pour l’accès à l’indépendance. J’ai aussi insisté auprès de Me Bertrand pour que la protection de la langue française soit désormais la principale motivation pour l’indépendance et c’est moi qui l’a sensibilisé à la situation du français à Montréal. J’entends dans ses répliques les statistiques dont je lui ai fait part.

Si tout collaborateur d’un auteur peut en dire tout autant sur son rôle et son influence sur le fruit de son travail, voici réellement où je veux en venir. J’ai connu Me Guy Bertrand à la suite de la publication de mon essai intitulé « Comment motiver les Québécois à voter pour ou contre l’indépendance du Québec - Analyse et point de vue strictement marketing - Apolitique » au début des années 2000. C’est à la lecture d’un résumé d’une dizaine de pages de cet essai de plus de 450 pages que Me Bertrand m’a contacté pour la première fois.

Dans cet essai, j’analysais la mise en marché du projet du Parti Québécois en comparaison avec la mise en marché du Canada. À l’analyse des quatre « P » du marketing (Product, Place, Price, Promotion), je concluais que le PQ avant commis l’erreur de mettre en marché « l’usine » au lieu du « Produit » ou, si vous préférez, la souveraineté au lieu du projet de pays, ce qui est loin d’être de taille avec la mise en marché de la concurrence axé sur le produit, c’est-à-dire, le Canada, un pays bien réel.

Cette image de la mise en marché de l’usine au lieu du projet de pays a fait rapidement le tour du PQ parce que j’ai diffusé personnellement le résumé de mon essai à toute la députation péquiste et autres indépendantistes connus dès janvier 2001. On ne pouvait en être autrement informé parce que mon essai n’a eu aucun écho dans la presse. Mais son influence s’est rapidement faite sentir parce que les députés du PQ, y compris Bernard Landry rencontré en personne avec Me Bertrand 16 septembre 2003 à Montréal pendant près de quatre heures, y compris également les aspirants à la direction du parti en 2005, se sont mis soudainement à parler du « projet de pays » au lieu de la souveraineté et tout fin observateur de la scène politique sait qu’il en va ainsi depuis. Au Québec, je l’ai observé à maintes reprises au cours de ma carrière en communication et marketing, on s’approprie souvent les idées des uns et des autres sans même en discuter avec la source.

Ne croyez pas que je cherche ici une reconnaissance personnelle de mon influence sur le discours politique indépendantiste. En fait, j’aurai aimé qu’on respecte les tenants et les aboutissants de ce diagnostic du marketing de l’usine au lieu du produit. Ce n’était une simple image pour épater la galerie.

Le diagnostic impliquait que le PQ devait définir son « produit » ou, si vous préférez, son « projet de pays ». En tant que spécialiste en recherche marketing, je soutenais que si le PQ me convoquais pour une étude de marché, il devait me fournir un produit à mettre en marché, un produit aussi bien définit que celui de la concurrence (le Canada). Or, si tout le monde connait le moyen d’accéder à l’indépendance, c’est-à-dire la souveraineté acquise à la suite d’un référendum gagnant, peut de gens connaissent le fameux pays indépendant dont parlent les péquistes depuis plus de 30 ans. Et c’est tout à fait normal puisque sa stratégie a consisté à mettre en marché la souveraineté au lieu de son projet de pays.

Avec cette idée de mettre l’accent sur la souveraineté plutôt que le projet de pays, le PQ voulait probablement éviter de donner prise à la concurrence comme cela a été le cas lors de la campagne du premier référendum. On se souviendra que le PQ avait alors dénoncé la « campagne de peur » du fédéral. Le PQ n’a presque plus parlé de son projet de pays par la suite. Les agences de publicités retenues par le PQ n’ont pas relevé l’erreur c’est-à-dire l’absence du produit.

Depuis quelques années, plusieurs élus du Parti Québécois ne se gênent plus pour parler « du projet de pays ». Comme je le mentionnais, cela coïncide avec la publication de mon essai au sujet de leur marketing. Mais cette nouvelle stratégie semble n’être qu’un simple discours car on se limite à utiliser l’expression « projet de pays » sans jamais mettre en marché le projet lui-même.

Lors de mes premières séances de travail avec Me Guy Bertrand, ce dernier croyait qu’il n’y avait rien de mieux qu’une constitution pour définir le projet de pays. Plus tard, il me réfèrera au programme du Parti Québécois pour trouver une définition élaborée du projet de pays. Le problème, pour le spécialiste en marketing, c’est que la rédaction d’un projet de constitution exige que le PQ prenne des décisions qu’il ne veut pas prendre ; on s’en rend compte à la lecture du programme du parti.

On trouve un exemple de cela dans l’absence, au sein du programme du PQ, de définition du rôle et des pouvoirs des régions dans un éventuel Québec indépendant. Alors qu’il y a visiblement un problème de développement voire de survie des régions du Québec, le projet de pays ne présente aucune solution. Dans l’élaboration d’un programme de mise en marché du projet de pays, il faut que le marketer puisse informer les régions des avantages du nouveau pays en comparaison avec celles du produit concurrent. Mais il semble que le PQ ne veuille pas définir les pouvoirs des régions avant l’indépendance. Il faut que le marketer sache, par exemple, s’il y aura des gouvernements régionaux, une décentralisation des pouvoirs, une limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement central,... En fait, le marketer se pose aujourd’hui les mêmes questions sur le Québec indépendant que la population se pose au sujet du Canada, le produit concurrent.

Autre point important pour le marketer, la cible. En marketing, « tout le monde, c’est personne ». Le marketer doit disposer d’un produit « ciblé », conçu pour une catégorie très précise de citoyens (consommateurs). Une première analyse de l’électorat nous laisse croire que cette cible est essentiellement composée de fédéralistes. Ce sont eux qui détiennent la clé d’un votre majoritaire en faveur d’un Québec indépendant. Il ne s’agit donc pas de cibler les gens déjà convaincus et les gens farouchement opposée à un tel « produit ».

Pour obtenir l’appui d’un nombre suffisant de fédéralistes nécessaire à un vote majoritaire décisif, le marketer se doit de recommander un ajustement du produit. Le projet de pays doit répondre aux attentes de ces fédéralistes pour que ces derniers puissent s’identifier, se reconnaître dans ce projet.

J’ai donc recommandé la « dé-péquitisation » du projet de pays car aucun fédéraliste n’acceptera d’appuyer un projet qui demeure essentiellement péquiste. Pour ce faire, par exemple, j’ai proposé que le PQ, au lendemain d’un référendum gagnant, s’engage à démissionner au profit d’un gouvernement de coalition où se retrouveraient toutes les formations politiques québécoises et les autochtones.

Autre exemple de proposition, j’ai proposé que l’on envisage le projet de pays comme étant l’indépendance « d’une partie du Canada » au lieu de simplement dire qu’il s’agit de faire l’indépendance « du Québec ». Car ce que craignent les fédéralistes, c’est de perdre « leur » Canada. Ce n’est pas le cas si le projet consiste à faire l’indépendance d’une partie du Canada. Et ce n’est pas uniquement une question de mots et de marketing, il faut que le pays du Québec conserve réellement son caractère canadien, une part du Canada.

Par exemple, il faut considérer le fait que les fédéralistes aiment le fédéralisme (à moins d’être fédéraliste par la force des choses). Alors, pour répondre aux attentes des fédéralistes, pourquoi ne pas leur proposer que le pays du Québec soit une fédération de ses régions et que ces dernières deviennent des provinces sur le modèle canadien ou des états sur le modèle américain.

http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9paration_des_pouvoirs

C’est en réponse au « checks and balances » (poids et contrepoids) auquel Me Bertrand m’a sensibilisé que j’ai fait cette proposition de fédération québécoise. Pour Me Bertrand, l’indépendance du Québec ne doit pas priver les Québécois « de la porte de sortie » avec laquelle ils vivent au sein de la fédération canadienne. Par exemple, quand ça ne fonctionne pas au municipal, on peut se tourner vers le régional et quand ça ne fonctionne pas avec le régional, on peut se tourner vers le provincial et quand ça ne fonctionne pas non plus avec le provincial on peut se tourner vers le fédéral. Concrètement, c’est l’élection de Pierre Elliot Trudeau au fédéral contrebalancée par l’élection de Renée Lévesque au provincial. L’observation de Me Bertrand est juste : les Québécois aiment se ménager une porte de sortie. Malheureusement, le projet d’indépendance des péquistes n’offre pas aux Québécois une telle porte de sortie parce que les pouvoirs des uns et des autres dans un Québec indépendant ne sont pas définis. Le projet donne donc l’impression aux fédéralistes québécois qu’ils seront pris au piège, dominés en leurs régions par un pouvoir central et sans aucune porte de sortie. Les recours à l’ONU, l’OCDE,..., c’est bien beau mais, avant tout, il y a la vie interne du Québec conditionnée par ses composantes propres, c’est-à-dire, les régions, elles-mêmes conditionnées par ses villes et ses villages.

Pour mettre en marché un projet de pays, le marketer a besoin de savoir si les pouvoirs des arrondissements, des villes et des villages, des municipalités régionales de comté,... demeureront les mêmes.

Notez bien que ces exemples ne sont donnés que dans le but d’aider à la prise de conscience de ce qu’implique la mise en marché d’un projet de pays. Il en va de même pour tout produit. Le manufacturier doit se pencher sur le design du produit, sa forme, son format, sa couleur, son emballage, sa publicité, son pris, sa distribution, sa place en magasins et ainsi de suite. Dans le cas du pays du Québec, qu’importe les décisions prises, il faut qu’elles permettent au marketer de bâtir un programme de mise en marché qui laisse « percevoir » très clairement un pays meilleur que celui de la concurrence (Canada), et ce, auprès de la clientèle cible, dans ce cas-ci, les fédéralistes québécois.

Pour l’instant, le pays du Québec n’est pas perçu comme étant meilleur que le pays du Canada par une majorité de Québécois et cela est uniquement le fait d’un manque de définition du produit (pays) proposé.

On ne peut pas se limiter à ce passage du programme du Parti Québécois à l’effet « que la sortie du Québec du cadre canadien et la formation du nouvel État permettront :
- de doter le Québec d’institutions politiques modernes, permettant une représentation équitable des régions et des différents courants politiques du Québec. L’atteinte de l’idéal républicain en sera la préoccupation fondamentale ;
- de procéder à une importante décentralisation des pouvoirs vers les citoyennes et les citoyens de toutes les régions du Québec ;
- de doter le nouvel État de structures efficaces et de règles de gestion les plus avancées et les plus transparentes. L’indépendance et l’équité du système judiciaire devront aussi être renforcées. »

Il n’y a rien en cela pour aider le marketer à élaborer un plan de mise en marché du projet de pays du PQ. « Importante décentralisation », ça ne dit pas grand-chose si ce n’est le pelletage récent des responsabilités provinciales dans le champ des municipalités lors de la bataille pour le déficit zéro. Il en va de même lorsqu’on écrit « règles de gestion les plus avancées et les plus transparentes », il n’y a rien de concret là-dedans si ce n’est le fait que le Canada est désormais plus transparent que le Québec, notamment en matière de déclaration proactive des subventions accordées dans le cadre de ses programmes d’aide. Et qu’est-ce peut bien vouloir dire cette affirmation « L’indépendance et l’équité du système judiciaire devront aussi être renforcées » ? Le commun des mortels ne voit pas plus que moi ce que cela changera à la vie de tous les jours dans nos tribunaux.

Et que dire de ceci : « L’atteinte de l’idéal républicain en sera la préoccupation fondamentale » ? Faut-il conclure que le PQ propose que le nouvel état du Québec soit une république ? Si oui, est-ce que ce sera une république sur le modèle français ou sur le modèle américain ? Le Québec aura-t-il un sénat et un congrès ? Bref, on ne sait rien. Et cela, Me Bertrand l’avait bien compris lors de nos rencontres.

Autre point très important : un projet de pays ne se limite pas à un projet de gouvernement. En fait, un pays, ce n’est pas uniquement un gouvernement. À la limite, on peut même dire que ce n’est pas le gouvernement qui fait le pays mais le pays qui se dote d’un gouvernement. Quand un Québécois dit « Je vis au Québec », il ne pense pas au gouvernement du Québec.

Il pense, par exemple, à sa culture. Or, ici encore, ce n’est pas le gouvernement qui fait la culture mais le peuple. C’est la même chose lorsqu’il pense à sa langue. Il ne pense pas au gouvernement mais à la vie qu’il mène en français. Bref, un pays, ce n’est pas juste un gouvernement dans la tête des gens. Il y a, avant même l’idée de gouvernement, une foule d’éléments qui donnent lieu à la perception d’un pays.

Quels sont ces éléments ? Je ne sais pas. À ce sujet, j’avais convenu avec Me Bertrand que seule une étude de motivations des Québécois permettrait d’identifier les éléments de base du schéma de référence des Québécois face à leur pays (actuel et/ou à venir). Attention, une « étude de motivations », ça ne se fait pas avec des sondages et des groupes de discussion. C’est une méthode de recherche marketing particulière d’origine américaine, très peu connue et utilisée au Québec. Il faut donc les bonnes ressources.

C’est un contrat pour une telle étude que Me Bertrand et moi espérions de notre rencontre en septembre 2003 avec Bernard Landry, Chef du PQ alors devenu Chef de l’opposition. Nous avons eu pour seule réponse de monsieur Landry au sujet de ce type de recherche marketing : « Je vais vérifier cela avec mes amis des HEC » (Hautes Études Commerciales).

Dès lors je savais que cela ne donnerait rien parce que les professeurs de marketing québécois connaissent bien peu de choses au sujet des études de motivation, du moins dans leur version originale américaine.

Un jour, un professeur de marketing de l’Université du Québec à Trois-Rivières m’avait répondu au sujet de ce type d’études qu’il ne connaissait pas : « Si je ne les connais pas, c’est que ça ne doit pas être bon ». C’est trop souvent comme ça au sein de nos universités.

Quoiqu’il en soit, actuellement au Québec, il n’y a personne qui réalise ce type d’études marketing. Pour vous situez un peu, disons qu’il s’agit d’une psychanalyse dont la procédure est scientifique plutôt que personnelle. Les résultats ne reposent pas sur le talent de la personne qui conduit les entrevues avec les répondants mais sur le respect de la procédure scientifique. Et science oblige, les entrevues sont remplacées par des tests qui peuvent être repris et contrôlés.

Tout cela pour dire que monsieur Landry a passé à côté de l’opportunité de connaitre de façon scientifique ce qui motive réellement les Québécois au plus profond d’eux-mêmes face à un pays, et ce, malgré qu’il était en pleine « Saison des idées ». La science a soulevé peu d’émotions chez le Chef du PQ, d’autant plus qu’en science, on ne négocie pas avec les résultats. Il n’est donc étonnant qu’il ait démissionné sur un coup de tête, comme son prédécesseur.

Cette absence de réponse nous a frustré tous les deux, Me Bertrand et moi mais le PQ étant ce qu’il est, une formation politique, il ne faut pas s’attendre à beaucoup d’objectivité.

Puis, entre Me Bertrand et moi, plus rien entre octobre 2003 et l’automne 2006. Et même certains de mes courriels à son attention sont demeurés sans réponse. Me Bertrand fait partie de ces hommes qui croit que je suis un cactus qui peut survivre pendant des années sans une seule goutte d’eau.

Bref, trois ans plus tard, automne 2006, Me Bertrand me téléphone requérant mon assistance à la rédaction de son essai. J’accepte en échange de quoi il viendra en aide à mon œuvre, la Fondation littéraire Fleur de Lys. La relation sera houleuse, comme est l’est sans doute toujours lorsque l’amitié n’a pas de définition claire. Mais et comme je l’ai dis ci-dessus, il parlera tout de même de ma fondation lors de son passage à l’émission « Tout le monde en parle » du 3 décembre 2006 où je l’accompagnais avec mon épouse en coulisses. Trois jours plus tard, je suis victime d’une crise cardiaque et je mets fin à ma collaboration à la rédaction de l’essai de Me Bertrand alors qu’il me rejoint par téléphone à l’hôpital.

Puis, plus de nouvelles de Me Bertrand pendant huit mois, jusqu’en juillet dernier (2007) où il me téléphone pour m’annoncer qu’il sera à Montréal. Puis, en septembre, le voilà qu’il retentit une fois de plus, toujours par téléphone, pour me dire qu’il a fait lire son essai à plusieurs députés du PQ et autres personnes et qu’il est venu à Montréal à quelques reprises depuis juillet pour plaider et qu’il n’a pas eu le temps de me contacter. Pour moi, il n’a tout simplement pas « pris le temps » de me contacter. Et je suis surpris d’apprendre que je ne faisais pas parti des personnes à qui il avait fait lire son essai, ce qui aurait été normal compte tenu que j’y avais collaboré. Mais, comme le dirait Jean Chrétien, « Que voulez-vous », il y a des gens comme ça. Et c’est lors de cette même conversation téléphonique que Me Bertrand m’apprend qu’il versera les redevances de son essai à un autre organisme que le nôtre. Vous connaissez la suite : j’ai définitivement coupé les ponts.

Toute cette affaire avec Me Bertrand, y compris la rencontre avec monsieur Landry, confirme ce que j’observe depuis mon adolescence au Québec : on s’approprie les idées des uns et des autres et on laisse le messager en plan. Le problème, c’est qu’on n’a généralement pas compris les tenants et les aboutissants du message car on croit d’emblée qu’il s’agit seulement d’une nouvelle façon de parler. C’est ainsi que le PQ a laissé tombé l’expression « souveraineté » pour « projet de pays » sans aucune gêne face à l’absence de définition de ce projet.

Le regretté Claude Masson, alors qu’il était rédacteur en chef du quotidien Le Soleil, m’a appris très jeune dès mes premiers pas en journalisme qu’il faut toujours vérifier une information à la source, question de s’assurer que l’information n’a pas été déformée, interprétée voire amputée de son âme car on risque de passer à côté de l’essentiel. Force est de conclure que le PQ passe encore et toujours à côté de l’essentiel en matière de marketing de son projet de pays.

Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys






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