Guay, Serge-André
Accommodements raisonnables (2)
dimanche 16 septembre 2007
Les accommodements raisonnables ne seraient pas au centre du débat que nous connaissons actuellement sans les politiques multiculturelles adoptées au cours des années 70 et 80 par le gouvernement du Canada. Il ne faut pas oublier le nom donné à commission chargée de se pencher sur ces accommodements : « Commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles ». Il s’agit ici de « différences culturelles » entre des cultures différentes et non pas de différences culturelles au sein d’une même culture. Bref, il est question de multiculturalisme. Or, il semble que ce thème ne soit pas vraiment du débat.
Il faut craindre que la question à savoir si le multiculturalisme est oui ou non une bonne chose ne sera pas posée. On prend donc pour acquis que le multiculturalisme est une réalité avec laquelle nous devons apprendre à composer alors que nous pourrions fort bien le remettre en question et changer voire abolir les politiques afférentes.
C’est par la bande que le multiculturalisme est abordé en parlant de l’intégration des immigrants et de l’assimilation. Dans le cadre du multiculturalisme, on peut « s’intégrer » en conservant sa culture propre, c’est-à-dire, sans se joindre à la culture du peuple hôte. Ainsi, l’intégration se limite souvent à la vie économique et à la vie sous la charte des droits et des libertés de la personne. L’immigrant conserve sa culture, d’où que nous nous retrouvions dans une société avec plusieurs cultures différentes, multiculturelle.
Il ne faut pas oublier non plus que le Canada est le seul pays multiculturel au monde. Aucun autre pays a fait du multiculturalisme une politique officielle et encore moins sa politique d’immigration. Seul le Canada encourage formellement ses immigrants à conserver leurs cultures et à vivre selon ces dernières, en marge de toutes les autres cultures, y compris de la culture dominante. Certes, les instances gouvernementales souhaitent et financent le dialogue entre les cultures mais le but ultime demeure l’apprentissage du multiculturalisme, d’où l’idée de tolérance à la base de ce dialogue.
Dans un pareil contexte, l’immigration est uniquement utile sur le plan économique. Le Québec s’est ouvert davantage à l’immigration parce que son taux de natalité est trop bas pour assurer la relève de la population vieillissante. On parle ici essentiellement de relève « économique », non pas culturelle puisque chacun conserve sa propre culture.
Le multiculturalisme n’encourage pas l’adaptation culturelle, au contraire. On insiste sur la préservation des cultures au point où le peuple hôte offre des accommodements. Le peuple québécois se demande aujourd’hui s’il n’est pas allé trop loin.
Curieusement, le peuple américain, véritable « melting pot » de la planète, qui a accueilli et accueille encore aujourd’hui beaucoup plus d’immigrants que le Canada, ne se demande pas s’il est allé trop loin. Pourquoi ? Parce que les USA ne sont pas multiculturels. Les politiques d’immigration incitent à l’intégration. L’immigrant a le choix de s’intégrer ou non, de devenir ou non un Américain. Il a même le choix d’être un Américain comme les autres ou différents des autres. Mais dans un cas comme dans l’autre, l’intégration à la culture dominante est essentielle. Ce n’est pas le cas au Québec en raison du multiculturalisme.
Dans le contexte de ce multiculturalisme, l’affirmation « être québécois », ne veut presque plus rien dire aujourd’hui si on se réfère aux années 70. À cette époque, au-delà de toutes allégeances politiques, on savait qu’une personne affirmant être Québécois vivait en français. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Or, la langue est l’élément premier de toute culture. La vie dans cette langue est l’expression de cette culture. Ni vous ni moi, nous pouvons changer quoique ce soit à cette réalité philosophique universelle. La langue est la base de toute culture.
« Être Québécois, c’est vivre en français », non pas seulement communiquer en français. Le président de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal a malheureusement affirmé le 24 juin dernier en ouverture du spectacle de la fête nationale des Québécois : « qu’importe la langue parlée à la maison ». Rien de plus faux car dans ce contexte la langue n’est plus la base culturelle de la société mais un simple outil de communication ! Avec une telle attitude, la cause du français à Montréal est une bataille perdue d’avance et les accommodements raisonnables seront bientôt une question purement linguistique dans la métropole.
Le concept du multiculturalisme s’avère aujourd’hui être le principal frein à l’intégration des immigrants au peuple québécois.
Le multiculturalisme se définit ainsi : « coexistence de plusieurs cultures dans un même pays ». Autrement dit, chacun peut vivre dans sa propre culture, y compris sa propre langue. Bref, l’intégration au peuple hôte n’est plus utile. Avec le multiculturalisme, il s’agit uniquement de coexister.
Il n’y avait pas meilleur concept pour séduire les Québécois, reconnus pour leur accueil et leur chaleur. Ainsi, au fil des ans, Montréal a accueilli un grand nombre d’immigrants de cultures et de langues étrangères pour devenir une ville multiculturelle. Aujourd’hui, à Montréal, toutes ces cultures et toutes ces langues gagnent du terrain, toutes sauf la langue et la culture du peuple québécois.
Il m’apparaît impossible de revenir en arrière. Comment dire aux immigrants que nous nous sommes trompés au sujet du multiculturalisme, qu’au lieu de nous enrichir, ils nous menacent ? Car l’immigration pensée dans l’optique du multiculturalisme met bel et bien en péril tout peuple hôte. Au lieu de s’intégrer, de vivre en français, le seul moyen de véritablement enrichir la culture québécoise, les immigrants brandissent désormais, comme plusieurs Québécois, le multiculturalisme.
Vivre dans la même langue
Il n’y a qu’un seul moyen de s’intégrer à un peuple. Il faut vivre dans la langue de ce peuple. Or, 40 % des immigrants à Montréal optent pour l’anglais au lieu du français. Qui renversera la vapeur ? Personne. Pas même le Parti québécois, lui aussi tombé dans le piège du multiculturalisme.
Il faut dire que les communautés culturelles détiennent, ni plus ni moins, la balance du pouvoir. Rappelez-vous cette déclaration devenue célèbre, mais ô combien embarrassante pour plusieurs : « Nous avons été battus par l’argent et des votes ethniques. » On dira que cette déclaration est venue anéantir des années d’efforts et de lutte pour l’intégration des communautés ethniques au « nous », au peuple québécois. Mais, en réalité, cette déclaration n’a pas affecté ce « nous », au contraire, elle l’a renforcé. Car ce « nous » était dès le départ multiculturel.
Il faut comprendre qu’aucun peuple sur terre n’est multiculturel. Chaque peuple a sa culture propre. La culture d’un peuple peut être enrichie des cultures de ses immigrants, comme c’est le cas aux États-Unis et en France, mais cette culture est commune, elle demeure en soi une seule et même culture. Nous sommes donc à l’opposé du multiculturalisme lorsqu’il est question d’un peuple.
Ainsi, dans le cas du fameux « nous » qui séparait les ethnies du peuple québécois, il n’y avait rien de plus juste à déclarer. Mais, pour tous les tenants du multiculturalisme, ce fut toute une gifle. Et ce sont les excuses qu’ils ont présentées aux ethnies en question qui ont définitivement légitimé le multiculturalisme, au détriment de leur intégration au sein d’une culture commune. D’où le recul du français à Montréal, le recul de l’identité québécoise, du peuple québécois dans sa propre métropole.
Une expérience
Vous n’êtes pas convaincu ? Tentez cette expérience, comme je l’ai fait, non sans crainte d’ailleurs. J’ai imprimé au dos d’une de mes chemises ce message : « Être Québécois, c’est vivre en français. » Et je me suis baladé dans différents quartiers de Montréal. Plusieurs personnes m’ont lancé de profonds regards de haine, y compris des Québécois de souche. De toute évidence, les uns craignent toute nouvelle guerre linguistique, tandis que les autres sont gagnés au multiculturalisme linguistique.
Ce multiculturalisme a le pouvoir d’annihiler l’identité nationale d’un peuple, de le détourner de son affirmation, y compris de sa propre langue maternelle, jusqu’à ne plus être.
Le peuple québécois forme bel et bien une nation, au même titre que les peuples autochtones. Les Québécois montréalais ne semblent pas le comprendre. Et il est trop tard pour rectifier la situation. Seules les autres régions du Québec peuvent sauver la mise, l’identité québécoise, mais uniquement au sein de leurs propres frontières. Montréal est perdu, à moins d’une immigration massive en provenance des régions, ce que je ne conseillerais pas.
Le multiculturalisme montréalais est sournois. Plusieurs jeunes des régions immigrés à Montréal y sont déjà gagnés. À l’instar de plusieurs Montréalais, certains jeunes des régions comparent leur balade dans les quartiers ethniques de Montréal à la visite de pays étrangers. Pour eux, ce n’est qu’une façon de parler, mais cela se rapproche dangereusement de la réalité.
En région
La situation à Montréal me force à dire : « Pour vivre en français, il faut désormais vivre en région. » Mais cela ne sera vrai que pour un temps si les municipalités des régions se mettent à engager des polyglottes ou des Espagnols pour répondre aux Espagnols, des Chinois pour répondre aux Chinois, des Roumains pour répondre aux Roumains, des Italiens pour répondre aux Italiens... dans leur langue, comme c’est le cas à Montréal, la multiculturelle.
Que diriez-vous, gens des régions si, au magasin d’informatique, on vous accueillait par un beau « Hi, bonjour », l’anglais d’abord, ou si les annonces diffusées par le haut-parleur de votre supermarché étaient en chinois, ou encore si on vous demandait carrément de parler en anglais parce qu’on ne comprend pas le français ? Moi, je vis cela à Montréal, tous les jours où je sors de chez moi. Car, je dois vous le confesser, je ne sors plus tous les jours, si ce n’est dans la ruelle déserte derrière chez moi pour promener mon chien.
Je suis mal à l’aise de voir mon peuple s’effriter sous l’emprise du multiculturalisme. J’ai l’impression d’être dans une zone grise, divisée entre plusieurs cultures et langues, sans identité claire. Mal à l’aise comme on l’est devant un visage à deux faces, sauf qu’ici, deux ce n’est pas assez. Mal à l’aise chez moi, au Québec : je ne l’aurais jamais imaginé. Mais cela est possible à Montréal.
Est-ce encore vraiment le Québec ? Les tenants du multiculturalisme me diront peut-être qu’il y a plusieurs Québec maintenant, un qui vit en français et l’autre en... plusieurs langues.
En raison de leur mollesse à l’égard de leur identité nationale, les Montréalais francophones ne réussiront jamais à servir de creuset aux nouveaux arrivants, ce que les Américains sont parvenus à faire avec leur melting pot.
Il faut une forte personnalité pour intégrer ses immigrants. Les Québécois montréalais rampent, en silence. Même un Jordi Bonnet reprenant Claude Péloquin avec son « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ? C’est assez ! » ne les réveillerait pas. Ils se noient lentement dans l’eau douce du multiculturalisme.
Je ne veux pas susciter de malentendu : je n’ai absolument rien contre les immigrants. Je constate simplement que les Québécois montréalais ne les intègrent pas.
Serge-André Guay
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> Accommodements raisonnables (2)
19 septembre 2007, par
Phil74.59.84.2.***
Je vis à montréal et je suis en complet accord avec vos propos. Merci beaucoup de votre texte M.Guay.