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Charron Christian
Du lien entre les bulletins chiffrés et une culture de résultats et d’excellence

vendredi 8 juin 2007

Le retour des bulletins chiffrés devrait idéalement amorcer un changement de culture dans notre société, davantage axée sur l’atteinte de résultats et la poursuite de l’excellence plutôt que sur la simple fourniture d’un effort.

Le système scolaire actuel cherche à reconnaître l’effort et la progression de l’élève, plutôt que d’évaluer objectivement l’état de son savoir et lui transmettre la vérité sur celui-ci. Cette approche, dit-on, vise à ne pas affecter l’ego de l’élève, afin de ne pas le décourager. Mais en mettant surtout l’accent sur la fourniture d’un effort raisonnable, cette approche a le désavantage d’apprendre aux enfants à ne pas viser la perfection ou un résultat. Cela ne les prépare pas adéquatement à participer au marché du travail un jour, car ce qui importera à cette étape, ce sera les résultats.

Quand vous embauchez quelqu’un pour réaliser des travaux de rénovation chez vous, vous vous foutez bien qu’il ait fourni de grands efforts dans son travail. Vous voulez surtout que les travaux soient effectués professionnellement et adéquatement. Vous voulez des résultats.

Cette culture de moyens, ou anti-résultats si vous préférez, est particulièrement présente chez les syndicats. L’an dernier, quand j’ai participé à un forum sur la démocratie municipale, je faisais remarquer dans un atelier qu’il n’était pas normal que les syndicats défendent des employés surpris durant leur quart de travail à ne pas travailler. Un représentant syndical, qui assistait par hasard à cet atelier, m’avait alors répondu que le travail des syndicats se limitait à défendre les travailleurs qu’ils représentaient, qu’ils pourraient « se faire poursuivre » s’ils agissaient autrement. On voit ici que non seulement les travailleurs ne doivent pas atteindre de résultats, ils ne sont même pas obligés de fournir un effort raisonnable. La mentalité anti-résultats a atteint des sommets extrêmes chez certains syndicats.

Je tiens à vous parler aussi de cette fois où, en janvier 2005, j’ai dû attendre deux heures et demie au Bureau des passeports de Laval, avant d’être reçu à un guichet. Je me suis plaint de cet état de fait à un superviseur, et insatisfait de ses réponses, j’ai remonté toute la chaîne de commandement, jusqu’à l’ombudsman de Passeport Canada, M. Jocelyn Francoeur. Le 22 août 2005, celui-ci m’a remis la réponse finale de cet organisme, à travers une lettre de plus de quatre pages. Il y mentionnait spécifiquement que « Tout d’abord, au niveau du type d’obligation qui incombe à l’Agence du fait de la publication d’un standard de service, nous sommes d’avis qu’il s’agit d’une obligation de moyens, par opposition à un (sic) obligation de résultat ». Dans le reste de la lettre, M. Francoeur décrivait tous les moyens qu’ils avaient mis en place « pour résorber le problème de concentration périodique dans les points de service ». Cette anecdote illustre à quel point notre société a les pieds bien ancrés dans cette mentalité de moyens, où chacun se considère relevé de toute responsabilité quant à l’atteinte de résultats.

Il faut remarquer qu’au Québec, nous avons par contre des qualités que d’autres n’ont pas. Les Français sont reconnus pour ne pas aimer travailler, ou « bosser » comme ils disent, alors que ce n’est pas le cas pour les Québécois. Par contre, les Français et les Allemands sont réputés pour penser à long-terme. Leurs édifices publics, leurs habitations et leurs routes sont construits dans un souci de solidité et de durabilité beaucoup plus grand qu’ici. Et c’est à ce chapitre que les Québécois devraient s’améliorer : il faudrait amorcer un virage en faveur d’une culture de résultats et d’excellence. Particulièrement dans le domaine de la construction, nous avons l’habitude de travailler vite et de penser à court-terme, sans doute à cause de la pauvreté de nos moyens avant la Révolution tranquille, de l’hiver qui vient rapidement ou parce que nous sommes d’anciens bûcherons et cultivateurs qui ne faisaient pas dans la dentelle. Mais il faudrait maintenant passer à une autre étape. Et ce changement de culture commence à l’école.

Le retour des bulletins chiffrés dans les écoles est donc le bienvenu. Pour ce qui est du retour de la moyenne, je ne crois que ce soit nécessaire qu’un élève sache s’il a fait mieux ou pire que les autres. Ce qui est surtout important, c’est qu’il soit informé précisément de l’état de ses connaissances et sur ce qu’il doit améliorer. Et à ce chapitre, il serait peut-être bon de penser à relever la note de passage à 70 %. Plus d’élèves redoubleront alors me direz-vous. À cela je réponds qu’on devrait enseigner moins de matières s’il le faut, mais il faudrait s’assurer que celles qui concernent les connaissances essentielles qu’une personne doit posséder, à savoir l’écriture du français et les mathématiques par exemple, soient maîtrisées.

Le retour des bulletins chiffrés aura aussi l’avantage de reconnaître l’apport de ceux qui brillent par leur intelligence et leur raisonnement, alors qu’à l’heure actuelle, j’ai l’impression que les « nerds » sont totalement dévalorisés au profit des « beaux », des « cools » et des sportifs. Chacun a été doté d’atouts différents par la nature, et les « brains » doivent reprendre la place qu’il leur revient. Qu’on se serve d’eux pour aider les autres s’il le faut, mais qu’on n’ignore pas leur talent. C’est une situation que je n’invente pas, car un ancien professeur me disait la semaine dernière que, comme beaucoup d’élèves doués se retrouvent dans les écoles privées, ceux qui demeurent dans le système public sont en minorité et dénigrés.

Ce retour des notes chiffrées ne constitue pas la réponse totale à ce changement de culture qu’il faut amorcer. C’est toute la pédagogie qui doit sans doute être repensée. Le parti de Jean Charest a repris l’idée de l’ancien finaliste de Génies en herbe, Mario Dumont. Il faudrait maintenant qu’il nous dévoile les autres idées qu’il a à proposer pour poursuivre dans cette voie.

Les réflexions de cet article s’appliquent aussi au projet du ministère de l’Éducation, qui envisage de troquer l’évaluation quantitive des fautes d’orthographe, de syntaxe et de ponctuation à l’examen de français au collégial, pour une évaluation qualitative ou « holistique ». Mais tout le monde sait très bien que le language est un système de communication imprécis et flou, comparativement aux chiffres. Alors cessons donc de chercher à réinventer la roue, et évaluons les étudiants grâce à des critères précis, à l’aide de chiffres qui leur donnent une idée exacte de l’état de leurs connaissances. Apprenons à nos jeunes à voir la vérité en face par rapport à eux-mêmes, et à se relever les manches afin d’atteindre l’excellence.






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