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Charron Christian
Rachat d’Alcan par Alcoa : c’est non !

mercredi 16 mai 2007

Un des avantages supposés du libéralisme économique est de maintenir les prix bas par le jeu de la concurrence. Mais pour que les citoyens en profitent, il faut justement qu’il y ait de la concurrence. Or, l’achat projeté d’Alcan par Alcoa aurait pour effet de l’éliminer substantiellement et ne doit donc pas être autorisé.

Selon l’Institut international de l’aluminium (IAI), la production d’aluminium et d’alumine en 2006 a été respectivement de 33,2 et 72,1 millions de tonnes. Selon les chiffres fournis par Alcoa, sa capacité de production, combinée avec celle d’Alcan, totaliserait 7,8 millions de tonnes d’aluminium et 21,5 d’alumine. En assumant que les usines de la nouvelle entitée Alcoa-Alcan fontionnent à 92 % de leur capacité pour l’aluminium et à 94.5 % pour l’alumine, comme la moyenne de l’industrie, cela signifierait que cette entitée aurait produit 21.6 %* de l’aluminium et 28.2 %** de l’alumine en 2006. On voit que c’est beaucoup trop. Une seule entreprise ne peut pas contrôler le quart de toute une industrie, sans que cela ait un impact très négatif sur le jeu de la concurrence et les prix.

Alcoa ne peut pas non plus invoquer que le marché a changé depuis que le russe Rusal a officiellement avalé en mars dernier son compétiteur russe SUAL et les activités d’aluminium du suisse Glencore. Car cette nouvelle compagnie, avec ses 100 000 employés, a une production combinée de 3,9 millions de tonnes d’aluminum et de 10,6 millions de tonnes d’alumine. Or, face à ces chiffres, on constate qu’Alcoa est toujours le plus gros joueur de l’industrie, avec ses 123 000 employés et sa capacité de production de 4,4 millions de tonnes d’aluminium et de 15,6 millions de tonnes d’alumine.

En 2003, Alcan avait demandé l’aval des autorités anti-monopoles françaises, européennes et américaines avant de faire une offre d’achat réussie sur la française Pechiney. Elle avait procédé ainsi, car quatre ans plus tôt, elle avait fait l’inverse, avait essuyé un refus des instances réglementaires et la transaction avait avortée.

Et voilà maintenant qu’Alcoa arrive avec ses gros sabots, sans examen préalable des autorités anti-monopoles, et fait une offre d’achat hostile sur Alcan afin de créer un joueur qui réduira de façon incroyable la concurrence dans le secteur de l’aluminium. Le Bureau de la concurrence du Canada et nos politiciens doivent dire non à cette transaction. Les baby-boomers, qui contrôlent maintenant la politique et l’économie, ont pris l’habitude d’autoriser toutes ces fusions. On veut bien croire que cette cohorte désire une retraite dorée grâce à des investissements qui profitent en Bourse. Mais ces bien-pensants devraient réaliser que ce sont leurs enfants qui pâtiront des prix élevés de l’aluminium dans trois ou cinq ans. Et là, ils feront semblant de se plaindre, alors qu’ils sauront bien qu’ils ont empoché le magot quand ils ont vendu leurs actions d’Alcan à Alcoa. Ce néo-libéralisme perverti doit cesser et vite.

* aluminium : capacité de 7,8 millions de tonnes x 91,9 % d’utilisation / production mondiale de 33,2 millions de tonne = 21.6 %
** alumine : capacité de 21,5 millions de tonne x 94.5 % d’utilisation / production mondiale de 72,1 millions de tonnes = 28.2 %




Réactions

  • > Rachat d’Alcan par Alcoa : c’est non !

    Votre analyse est trés bonne ,déja pour les risques de monopole mondial ,mais aussi sur les risques pour les emplois, cette opération si elle se fait va encore une fois avoir un impacte négatif sur tous les emplois Alcan au Québec ,au Canada,en Europe et en France. Les politiques doivent mettre un barragage et dire NON à cette OPA afin de préserver l’outil de travail et le pouvoir de décision d’Alcan au Quebec .Avoir un esprit nationaliste est un qualité principal dans un monde de mondialisation .

    OROSCO Francis Délégué syndical central CFTC Alcan France



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