Charron Christian
Média Matin Québec : une occasion pour créer une coopérative médiatique
samedi 12 mai 2007
Les syndiqués du Journal de Québec ont riposté au lock-out de leur employeur, Quebecor, en publiant leur propre quotidien, le Média Matin Québec.
Tiré à 40 000 exemplaires, le journal compte 24 pages et est distribué gratuitement, à la criée, à Québec et à Lévis du lundi au vendredi. À l’heure actuelle, il est financé grâce à un fonds de grève bien garni et n’affiche pas de publicité. Mais pour tenir le coup, la publication, dont le coût d’impression s’élève à 18 000 $ par jour, aura besoin de revenus publicitaires et de petites annonces.
Selon le président du syndicat et éditeur, Denis Bolduc, ce journal sera publié tant et aussi longtemps que durera le lock-out. « Si le conflit dure un mois, il sera publié un mois, s’il dure un an, il va être publié un an », a-t-il dit. Mais pourquoi s’arrêter là ? Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour créer une coopérative médiatique appartenant à ses membres ?
Au Québec, nos bons gouvernements ont embarqué rapidement dans le train de la convergence, si bien qu’aujourd’hui, la concentration de la presse écrite au Québec a atteint des sommets. Les quotidiens francophones québécois sont contrôlés majoritairement par deux groupes économiques (oui, vous avez bien lu, DEUX), Gesca/Power Corporation, avec 52 % du total du tirage, et Quebecor, avec 45 %. Seul le quotidien Le Devoir (3 à 4 % du tirage québécois) demeure indépendant.
Du côté de la presse hebdomadaire, la situation est un peu mieux, mais encore là, deux entreprises contrôlaient 56 % des titres et 57 % du tirage en 2001. Hebdos Transcontinental comptait 58 titres (30,5 % du total) pour 40,3 % du tirage, et Quebecor, 48 titres (25,3%) pour 17 % du tirage. Depuis ce temps, Quebecor a fait passer le nombre d’hebdos qu’il possède à 53.
Tout cela fait qu’actuellement, la population québécoise est extrêmement mal informée. En couvrant le pouvoir politique en place, en protégeant le pouvoir économique, en sélectionnant l’information dans les marges, les grands médias écrits empêchent la société québécoise d’évoluer socialement et écologiquement. Comparez nos réalisations scientifiques avec nos réalisations sociales, voyez-vous l’écart important entre les deux ? Pourquoi ? Parce que la dissimulation, le mensonge et les biais ont envahi le champ de l’information.
En fait, s’il y a quelque chose qui n’appartient à personne, c’est bien l’information. Pourquoi donc acceptons-nous que deux entreprises se permettent de sélectionner ce que l’ensemble des citoyens québécois lit à chaque jour ? C’est inacceptable. Ce lock-out est une excellente occasion de démocratiser l’information en créant une coopérative. C’est à l’occasion d’une grève des employés de La Presse en 1964 que le Journal de Montréal a vu le jour, et donc que l’empire Quebecor est né. Maintenant que celui-ci a bien prospéré, le temps est venu pour un retour du balancier. Cette coopérative pourrait être créée avec le soutien des fonds de la FTQ ou de la CSN, mais il ne faudrait pas que le nouveau média devienne le véhicule d’information du mouvement syndical.
Le fondateur des Caisses populaires Desjardins, Gustave Desjardins, était aussi journaliste-sténographe. Il a publié le premier véritable journal des débats de l’Assemblée législative québécoise de 1877 à 1890. Mais au lieu de fonder un journal, il a préféré créer une coopérative financière. Or, il n’est jamais trop tard pour se reprendre.