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Charron Christian
Honte à Bush et à vous, Mme Collard

dimanche 6 mai 2007

Nathalie Collard, du journal La Presse, a consacré son éditorial du 4 mai au film Manufacturing Dissent. Celui-ci tente de montrer le côté moins reluisant de Michael Moore, le documentariste qui a réalisé les films Fahrenheit 9/11 et Bowling for Columbine.

Après avoir lu le papier de Mme Collard, j’en suis resté ébranlé. Non pas des détails tendant à discréditer Michael Moore qu’elle a relevés dans le film, mais de son angle d’analyse et de sa conclusion.

Ce que Mme Collard a retenu du film, et ce qu’elle reproche le plus à Moore, c’est que « le président de GM, Roger Smith n’a jamais refusé une entrevue au cinéaste. Pire encore, les deux hommes se seraient rencontrés à deux reprises durant le tournage. Or le fil conducteur de Roger and Me, c’est justement l’impossibilité de rencontrer le président de GM ». Mme Collard note aussi que dans Bowling for Columbine, Moore aurait inversé l’ordre chronologique de deux événements. L’acteur et président de la National Rifle Association, Charlton Heston, n’aurait pas prononcé un discours après le massacre de Columbine, mais avant celui-ci.

Pour ces raisons, elle traite Moore d’infâme menteur : « En mentant ainsi au public, Michael Moore a causé un immense tort à l’information. Les milliers de personnes qui ont vu ses films se croyaient bien informés. Il n’en était rien ». Rien ? Donc, selon Mme Collard, Moore aurait menti sur toute la ligne aux cinéphiles. Elle rajoute : « Moore a également sali la réputation des documentaristes, éclaboussés par les méthodes peu orthodoxes du cinéaste ». Donc, selon elle, Moore aurait jeté le discrédit sur toute la profession. Et elle conclut, en paraphrasant le cinéaste, qui avait déclaré « Honte à vous, Mr Bush » : « Aujourd’hui, c’est à lui qu’on aimerait dire :"Honte à vous, Mr Moore !" ».

Ce qui est grave dans son éditorial, c’est qu’elle discrédite totalement Michael Moore sur des détails, et passe totalement sous silence le plus important. Avec son film Fahrenheit 9/11, Moore a été un des seuls à dénoncer Bush et sa guerre en Irak. Aujourd’hui, on sait que le président américain a menti sur toute la ligne, et que la véritable raison de faire la guerre en Irak, c’était pour mettre la main sur du pétrole et l’enrichir, lui et ses amis. Des milliers de personnes sont mortes, et meurent encore chaque jour, sans aucune raison, pour rien. Cela, Mme Collard n’en parle pas. Sur Internet, ceux qui ont vu le film Manufacturing Dissent notent que peu de reproches ont été adressés au film Fahrenheit 9/11. Et ce pour une bonne raison, c’est que ce film disait la vérité.

Dans le journal La Presse du 5 mai, le quotidien consacre une pleine page pour se féliciter que la Society for News Design l’ait consacré « le 8ième plus beau journal au monde ». C’est bien la beauté, mais ce qui est important dans un journal, c’est la vérité. La Presse est censée être le journal de référence à Montréal, celui qu’on croit sérieux et objectif, le « plus grand quotidien français d’Amérique ». À ce titre, ses journalistes ont le devoir d’écrire des articles et des chroniques de façon à faire réfléchir les gens de façon constructive, à bâtir la société, pas à la détruire.

Vous savez Mme Collard, il y a des gens à Bagdad qui se sont réveillés en sursaut suite à l’explosion d’une bombe, sans bras et sans jambes, avec toute leur famille décimée autour d’eux. C’est une belle histoire, à côté des mensonges de Moore, n’est-ce pas ? C’est cela faire du journalisme. C’est de dénoncer les gros mensonges, ceux qui causent la mort. Il y a plusieurs façons de mentir. Vous mentez dix fois plus que Moore en passant sous silence l’essentiel. Pour cette raison, je suis obligé d’écrire : Honte à George W. Bush et à vous, Mme Collard.

Le film Manufacturing Dissent pourra être vu à Canal D en août, et au cinéma du Parc à Montréal cet été, selon les informations que j’ai obtenues.




Réactions

  • Le Club de la vérité
    8 mai 2007, par Christian Charron
    24.203.40..***

    @ M. L’Heavy,

    Vous avez tout à fait raison M. L’Heavy, d’écrire que de dénaturer l’information sous quelque forme que ce soit n’est pas acceptable et que cela enlève de la crédibilité au documentaire. J’appuie les auteurs de Manufacturing Dissent et Mme Collard qui ont dénoncé ce genre de comportement s’il y a lieu. Ce que je reproche à Mme Collard, c’est d’avoir écrit que Moore avait menti sur toute la ligne : « Les milliers de personnes qui ont vu ses films se croyaient bien informés. Il n’en était RIEN ». En écrivant cela, c’est elle qui tombe dans la désinformation. Pour être objective, elle aurait dû écrire : M. Moore, vous avez bien fait de dénoncer les manigances et les mensonges utilisés par Bush pour faire la guerre en Irak. Il y a des milliers de personnes qui sont mortes et qui ont été estropiées sans aucune raison, et vous avez été un des seuls à avoir le courage de dénoncer Bush. Par contre, je trouve tout à fait inacceptable que vous ayez dénaturé certaines informations, même de façon mineure, pour appuyer votre point de vue. Cela enlève de la crédibilité à vos documentaires ».

    Pour expliquer le comportement de Moore, on peut présumer qu’il a agi par compensation : devant l’énormité des mensonges de son adversaire, il s’est dit qu’il pouvait ajouter quelques petits mensonges dans ses documentaires, afin de convaincre davantage. Mais cela n’excuse pas son geste, je suis d’accord avec vous.

    C’est un peu comme Dumont qui a sorti les notes de service en plein débat des chefs et qui n’a pas tout lu ce qu’il y avait d’écrit. Plusieurs lui ont reproché son geste et son manque de transparence. Par contre, quand il n’y a pas un chat qui dénonce les mensonges de Charest, on se dit qu’il faut mentir nous aussi un peu, pour contrebalancer les gros mensonges de l’autre. Mais encore une fois, je suis entièrement d’accord que tout mensonge ou déformation des faits n’est pas acceptable.

    En bout de ligne, M. L’Heavy, je suis très heureux que vous soyez vous aussi un ardent défenseur de la vérité. Bienvenue dans le Club de la vérité !

  • Bravo madame Collard !
    7 mai 2007, par Paul-Émike L’Heavy
    70.81.189..***

    Au rebours de vous, je félicite madame Collard pour avoir indiqué ce dont, de toute manière, plusieurs se doutaient déjà, à savoir que Michael Moore trafiquait les faits dans ses documenteurs. Vous revenez souvent sur le thème de la vérité. Vous est-elle chère seulement quand elle sert vos thèses ?

    Qu’un personnage fasse des films pamphlétaires pour faire valoir une cause, quelle qu’elle soit, cela s’inscrit dans le cadre de la liberté d’expression. Si c’était ce que Moore fait, il n’aurait pas à se le faire reprocher. Mais il prétend faire des documentaires. C’est à dire, présenter un certain nombre de faits réels - quitte à ne choisir que ceux qui tendent à prouver sa thèse, quitte à exposer ensuite cette même thèse, mais pas aller jusqu’à déformer les faits pour le bénéfice de celle-ci.

    Contrairement à ce que vous dites, il a commis ce grave geste de distorsion de la vérité également dans son film Fahrenheit 9/11, en présentant un article du Chicago Tribune comme étant un gros titre de la Une, alors qu’il s’agissait de l’opinion d’un lecteur en fin de cahier, et en changeant ici encore la date de parution, ce qui donnait un tout autre sens et un bien plus grand impact aux propos rapportés.

    Il faut conclure de ces trop nombreuses manoeuvres que, pour Michael Moore, la défense d’une thèse est plus importante que l’exactitude des faits exposés. Ce qui le disqualifie complètement du titre de documentariste, pour le ravaler au rang de simple pamphlétaire - avec la faible crédibilité qui convient à ce genre de personnage.

    Car, comment savoir quand il nous ment, et quand il ne nous ment pas ? S’il faut refaire toute l’enquête sur chacune de ses affirmations, pas la peine de se taper ses films, qui dès lors, ne servent plus qu’à conforter dans leur opinion déjà faite et immuable ceux qui veulent entendre dire ce qu’il dit, et qui ne se soucient guère de vérité, allant jusqu’à lui pardonner ses mensonges puisque lui, il ment pour la bonne cause. Pas fort.

    Paul-Émike L’Heavy



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