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Charron Christian
La vision autonomiste de Mario Dumont, ou le rapport Allaire revisité

samedi 5 mai 2007

Il serait bon de revisiter le rapport Allaire afin de mieux comprendre la vision autonomiste de Mario Dumont.

Rappelons les faits. En 1990, l’accord du Lac Meech avorte et le Parti libéral du Québec devient très nationaliste. Il adopte alors, lors de son congrès de 1991, le rapport intitulé Un Québec libre de ses choix, ou « rapport Allaire », comme volet constitutionnel de son programme. Rédigé par Jean Allaire, ce rapport propose de transformer radicalement le Canada. Le Québec deviendrait un État autonome à l’intérieur d’une union canadienne. Mais Robert Bourassa commet un sacrilège : il désavoue cette orientation, et défend plutôt l’entente de Charlottetown, qui est rejetée par les Canadiens par référendum en 1992. Jean Allaire et Mario Dumont forment alors le groupe Réflexion-Québec en 1993, pour trouver des « idées pour sortir du marasme politique actuel », puis fondent un nouveau parti politique, l’Action Démocratique du Québec en 1994.

Le rapport Allaire reproche à la confédération de 1867 de ne pas en être une, « en ce sens qu’elle n’est pas un système où "les États membres conservent leur pleine souveraineté tant interne qu’externe, mais délèguent à un organe central l’exercice de certaines compétences" ». Il reproche aussi au Canada de ne pas évoluer : « partout en Occident, le rôle de l’État évolue, mais le Canada semble tout simplement incapable d’emboîter le pas ».

Le rapport Allaire proposait d’éliminer le pouvoir de dépenser du fédéral dans les champs de compétence du Québec. Il voulait aussi remettre les pouvoirs résiduaires entre les mains du Québec. C’est un point important, car à l’heure actuelle, c’est l’inverse qui a cours : tout ce qui n’est pas exclusivement réservé aux provinces revient au fédéral. En redonnant aussi au Québec deux pouvoirs possédés exclusivement par Ottawa, le rapport Allaire proposait donc de confier au Québec onze nouveaux pouvoirs de façon exclusive : l’agriculture, l’assurance-chômage, les communications, le développement régional, l’énergie, l’environnement, l’industrie et commerce, la langue, la recherche et le développement, la sécurité publique et la sécurité du revenu, ce qui aurait l’avantage d’éliminer un tas de chevauchements inutiles et coûteux.

Le gouvernement central n’aurait plus que les pouvoirs exclusifs suivants : la défense et la sécurité du territoire, les douanes et tarifs, la monnaie, la dette commune et la péréquation. Ce dernier point est d’ailleurs illogique. En effet, comment peut-on proposer de conserver la péréquation (le rééquilibrage de la richesse entre les provinces) alors qu’on se réclame d’un Québec autonome ?

Les pouvoirs partagés entre Ottawa et Québec seraient désormais les affaires autochtones, la fiscalité et le revenu, l’immigration, les institutions financières, la justice, les pêcheries, la politique étrangère, les postes, les télécommunications et les transports.

À la lecture de ce rapport, on se rend compte que cela correspond sans doute à ce qu’une majorité de Québécois désirent : un pays, le Québec, à l’intérieur d’une union canadienne. Le principal argument des péquistes contre cette réforme, c’est qu’elle ne sera jamais acceptée par le Canada. C’est possible, mais il faudrait essayer sérieusement et de bonne foi pour le savoir. Il faudrait tenir un référendum afin d’obtenir un appui solide de la population sur ce projet précis de confédération renouvellée, pour ensuite aller négocier avec le Canada. Cette stratégie n’a pas été abordée par Mario Dumont, et il faudra voir de quelle façon il s’y prendra pour faire bouger le Canada. Mais une chose est sûre, Dumont veut que ça change. C’est la raison pour laquelle il a décidé de prendre en charge lui-même le dossier constitutionnel.




Réactions

  • > La vision autonomiste de Mario Dumont, ou le rapport Allaire revisité
    5 mai 2007, par Roc Upsky
    87.65.134..***

    Une nouvelle fois, un superbe article, très bien écrit et documenté monsieur Charron !

    En réponse au débat de fond, il faudrait comme vous l’avez dit justement, l’assentimment des autres Canadiens ainsi qu’un vote massif de la population québecoise pour la dite autonomie.

    Mais je pense avant toute chose, qu’il faut mettre les choses à plat, c’est-à-dire faire un vrai bilan économique de la province avec la méthode comptable du vérificateur général du Québec et annoncer le(s) coût(s) à la population.

    Le Québec a-t-il vraiment besoin d’automonie alors bien de choses ne fonctionnent pas comme elles le devraient : en vrac, intégration des médecins diplômés à l’Etranger, protection du consommateur, affichage des OGM, corrections des abérrations des systèmes de protection sociale, etc etc..... ?

    Bien à vous,

    Roc Upsky



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