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Charron Christian
Tirer avec des mots plutôt qu’avec des balles

samedi 21 avril 2007

Il ne faut pas faire un héros du tueur de Virginia Tech. On ne dénoncera jamais assez toute manifestation de violence de quelque ordre que ce soit. Par contre, il faut faire le lien entre la culture américaine et ce massacre.

Une culture de mensonges, superficielle, matérialiste, individualiste, violente et qui vénère le pouvoir et l’argent, et utilise et accepte la guerre pour accroître son pouvoir. Au Québec, cette culture est aussi présente, parce que nous sommes fortement influencés par les États-Unis, mais heureusement, elle l’est dans une moindre mesure. Voici deux exemples qui illustrent la société dans laquelle nous vivons.

Il y a six ans, j’avais organisé les retrouvailles de mes anciens collègues de classe de secondaire un. Alors que tout le monde était en train de souper, quelqu’un arrive au milieu de la salle. C’était un gars un peu retardé mentalement, qui faisait partie d’une classe spéciale quand nous étions jeunes. Il portait un gilet élimé et avait l’air un peu égaré. Quand il s’était présenté, un de mes amis et moi étions allés l’accueillir, alors que tout le monde le regardait avec un air de recul. Durant le reste de la soirée, personne n’était allé le voir. Il était rejeté quand il était jeune, et il l’était encore aujourd’hui.

Voici un autre exemple. J’avais une amie, une très belle et grande jeune femme, appelons-la Jeanne, monoparentale, qui avait décidé de vivre de l’aide sociale pour élever ses enfants, le temps qu’ils aillent à l’école. Jeanne avait un coeur en or, se donnait à fond pour ses enfants pas toujours faciles, et était toujours prête à rendre service. Elle avait une amie, Marie, mère monoparentale elle aussi, mais qui vivait à l’aise et se payait tous les petits luxes que les filles aiment s’offrir. Marie donnait à l’occasion à Jeanne les vêtements qu’elle ne portait plus. Un jour, j’avais appris qu’une amie de Marie lui avait demandé pourquoi elle se tenait avec Jeanne. J’en était resté estomaqué. Jeanne était une très jolie fille avec un coeur en or, et juste parce qu’elle n’avait pas le look et le train de vie à la mode parce qu’elle avait décidé de s’occuper de ses enfants, elle était jugée et rejetée.

Voici donc la société dans laquelle nous vivons. Les gens sont jugés en fonction du paraître plutôt qu’en fonction de leurs qualités intérieures. Celui qui paraît bien est admiré, alors que celui qui est vrai, bon mais pauvre est dédaigné. On rejette tous ceux qui sont moins beaux ou moins vifs mentalement. Rappelons-nous l’histoire de cette garderie au Québec durant la dernière année, où des parents ne voulaient pas que leurs enfants jouent avec d’autres enfants retardés mentalement. C’est cela notre société.

Notre société, c’est aussi une société où les médias ne dénoncent pas l’abominable et le mensonge. Alors que la presse dévoilait le contenu du « testament » du tueur de Virginie, elle nous apprenait qu’il y avait eu 200 morts la veille à Bagdad. Mais aucun média ne dénonce ces massacres enclenchés sur de fausses allégations par le président des États-Unis. Personne ne dit « ça suffit ! ». Le cinéma et les vidéos clips américains reflètent et amplifient aussi cette culture qui encense la beauté superficielle, le pouvoir et la violence. Une culture qui encourage les gens à se réfugier dans des mondes virtuels, à se refermer sur soi, face à une société aussi peu attirante, et qui de toute façon, les rejette. Une société qui aime créer des problèmes pour ensuite les régler, parce que c’est payant cette roue qui tourne. Encouragement au jeu et à l’endettement. À travailler pour être toujours plus riche, mais de quoi ?

Dans une telle culture, des gens sautent. Cho Seung-hui était-il tout simplement fou, ou aurait-il pu avoir une vie normale dans une société plus vraie ? Je pencherais pour la deuxième option. Son massacre est épouvantable. Pour changer le monde, la solution, c’est de tirer avec des mots plutôt qu’avec des balles. Cette dénonciation est l’affaire de chacun d’entre nous, à commencer par les journalistes. Et évidemment que les politiciens doivent montrer l’exemple par un comportement plus responsable et plus vrai.






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