Robert Deragon
Le cas Dion
lundi 26 juillet 2004
Ainsi donc, Stéphane Dion réintègre le cabinet ministériel du nouveau gouvernement Martin. Après avoir été relégué à un véritable purgatoire au sein des banquettes arrières du premier gouvernement de l’après-Chrétien, l’ineffable M. Dion a reçu son pardon impérial et il revient à l’avant-scène de la politique fédérale canadienne. C’est là un message ambiguë que Paul Martin envoie au Québec car Stéphane Dion y est détesté. Mais en lui donnant le portefeuille de l’environnement, le premier ministre l’installe dans un fauteuil qui lui permettra peut-être de redorer son image et de devenir un allié du Québec sur certains dossiers chauds, dont notamment celui du protocole de Kyoto. Mais rien n’est moins sûr. On se souviendra que Lucien Bouchard a déjà occupé ce poste dans un gouvernement Mulroney et que des frictions étaient apparues entre Québec et Ottawa dans ce champs de compétence partagé. De plus, l’environnement, ce n’est pas que Kyoto. Mais au-delà des traditionnelles querelles entre les deux niveaux de gouvernement, c’est la personnalité même de M. Dion qui pose problème et son lourd passé.
D’un caractère abrasif, très imbue de lui-même, et dénué de tout sens de l’humour, Stéphane Dion provoque une réaction épidermique de rejet chez un grand nombre de Québécois, et même parmi ses alliés fédéralistes francophones. Il symbolise à lui seul toute l’arrogance du Parti libéral du Canada. En revanche, il est un véritable héros pour les anglo-Canadiens, qui reconnaissent en lui le Québécois idéal : c’est-à-dire celui qui ne revendique rien et qui juge le système fédéral actuel très acceptable. C’est que les intellectuels québécois francophones hyper-fédéralistes sont rarissimes, voir inexistants. À ses côtés, le ministre québécois des affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, fait figure de dangereux révolutionnaire.
Il y a aussi sa détestable habitude de multiplier les sophismes et les déclarations douteuses de son crû et de croire qu’il s’agit là de vérités universellement reconnues. Par exemple, il prétend qu’il n’y a jamais eu dans l’histoire, de sécessions au sein d’une démocratie bien établie. Mais d’abord, pourquoi diable les sécessions seraient-elles illégitimes si elles surviennent dans une démocratie ? On pourrait ensuite discuter de la définition de ce qu’est « une démocratie bien établie », mais il semble que la Tchécoslovaquie de l’entre-deux guerre et de l’après-soviétisme n’en était pas une aux yeux de M. Dion. Il oublie également les cas très intéressants de la Norvège (indépendance de la Suède à la suite d’un plébiscite en 1905) et de l’Irlande (dominion indépendant en 1921 et séparation totale en 1937), deux pays qui sont nés d’une sécession au sein d’une démocratie. Enfin, il n’est nul besoin d’aller en Europe pour découvrir une sécession « dans une démocratie bien établie ». En effet, notre voisin immédiat, la fédération des Etats-Unis d’Amérique a connu en 1861 une sécession de onze de ses état-membres.
Ces deux aspects de Stéphane Dion, soit sa personnalité désagréable et ses déclarations prétentieuses, en font une bête politique unique dans l’histoire récente du Québec. Père de l’infâme loi sur la « clarté », il est l’exemple poussé à l’extrême du Québécois qui fait carrière en s’appuyant sur une politique d’hostilité ouverte face aux revendications traditionnelles et légitimes du Québec. En somme, il a tout du roi-nègre, comme son mentor Jean Chrétien. Son retour au cabinet fédéral, en ce sens, n’est pas un événement anodin ; il souligne l’importance que ce type de personnage incarne aux yeux du Canada anglais, et que l’ouverture tant promise par Paul Martin à la particularité québécoise se fait toujours attendre.
-
Le retour de Stéphane Dion dans les bonnes grâces de Paul Martin lance un signal sans équivoque.
À la lumière des élections fédérales au Québec qui a vu un retour en force du Bloc Québécois à la chambre des communes, le retour au cabinet ministériel du père de la loi sur la clarté jette aux poubelles la politique de non-confrontation avec les souverainistes et consacre le retour de la stratégie de la « ligne dure » qu’avait adopté le parti Libéral sous le règne de Pierre Elliott Trudeau et reprise par Jean Chrétien qui consistait à casser du sucre sur le dos du nationalisme québécois tout en se positionnant comme le champion de l’unité canadienne.
Ceci pavera la voie à la stratégie électorale pour les 2 ans qui nous sépare des prochaines élections avec comme toile de fond le vilain Bonhomme Sept Heures séparatiste.. Comme dans le bon vieux temps, dirait l’autre...