Charron Christian
Des conditions exceptionnelles favorisant une réforme du mode de scrutin
vendredi 6 avril 2007
Dimanche dernier avait lieu une conférence de presse organisée par quatre organisations, pour demander au pouvoir politique d’instaurer un mode de scrutin proportionnel. Moyen proposé : réunir 100 000 signatures pour lui forcer la main. Est-ce que cela sera suffisant ? En tout cas, les conditions actuelles favorisent de façon exceptionnelle une réforme du mode de scrutin.
Ces quatre organisations ont ouvert un site internet où les citoyens peuvent signer la pétition. Celle-ci demande aux députés et au nouveau gouvernement de procéder immédiatement à la réforme, afin que les prochaines élections se déroulent selon les nouvelles règles.
L’une de ces organisations est le Mouvement Démocratie et Citoyenneté du Québec, dirigé par l’ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland. Comme le faisait remarquer celui-ci dimanche, le projet de réformer le mode de scrutin est sur la table depuis... 1903.
Le gouvernement libéral sortant, élu le 14 avril 2003, s’était engagé dans la voie d’une réforme du mode de scrutin à l’automne 2003. Celle-ci faisait suite aux États généraux organisés par le précédent gouvernement péquiste sur cette question.
Le 15 septembre 2003, M. Béland semblait certain que la réforme allait avoir lieu. Il écrivait ce jour-là sur son blogue : « Oui, il y aura réforme du mode de scrutin (...) Il semble donc que le Ministre favorisa l’élection d’une bonne part des députés au vote majoritaire traditionnel, assorti toutefois de certaines mesures de proportionnalité ».
Or, on sait ce qui est arrivé, la réforme est tombée à l’eau. Rien d’étonnant à cela, car le Parti Québécois et le Parti libéral n’avaient pas intérêt à changer la formule actuelle, car elle favorise le bipartisme, ce qui était à leur avantage. Dans son éditorial du 16 décembre 2006, M. Béland se désolait : « Triste ! Plus triste encore le silence du Parti Québécois - malgré les énoncés prometteurs de leur programme sur la question. Mais pour le PQ, toutes ces promesses de démocratie renouvelée ne seront réalisées que lorsque la souveraineté aura été consentie par vote majoritaire de la population ». Ça, on l’avait compris que le PQ, « social-démocrate », a toujours fait passer la démocratie après la souveraineté. Même si René Lévesque a déjà dit qu’« il faut changer le mode de scrutin parce qu’il est démocratiquement infect » et que « ce système est un sabotage officiel et extrêmement pernicieux des fondements de la démocratie ».
La situation actuelle : une fenêtre exceptionnelle
La situation actuelle représente une fenêtre exceptionnelle pour ceux qui espèrent une réforme du mode de scrutin, et ce, pour deux raisons.
Tout d’abord, il semble évident que l’ADQ est là pour rester, ce qui fait que le Parti libéral et/ou le Parti québécois risquent de perdre beaucoup dans le système électoral actuel. On verra donc très bientôt si ce risque est jugé suffisamment sérieux pour que le PLQ dépose un projet de réforme, et que le PQ l’appuie.
Si cela ne se produit pas, les citoyens-démocrates disposent d’une autre carte dans leur jeu. Il s’agit de se servir des sondages et d’Internet pour s’assurer de diviser à nouveau le vote lors des prochaines élections. Cela enverrait un message clair au pouvoir politique et, si cela devient une habitude, éliminerait tout avantage que pourrait retirer un parti politique du système actuel.
Impossible de se synchroniser collectivement me direz-vous ? C’est pourtant ce qui semble s’être produit lors des élections du 26 mars dernier. Alors que l’ADQ reculait dans les sondages en fin de campagne, un fort et inhabituel pourcentage de la population a attendu à la dernière minute pour finalement voter pour ce parti, et élire un gouvernement libéral minoritaire, avec une forte opposition adéquiste. Selon les commentaires lus et entendus depuis les élections, la population désirait ce résultat et elle l’a obtenu.
Attendons donc de voir si le prochain gouvernement adoptera la réforme tant attendue. Sinon, les électeurs sauront ce qu’il leur reste à faire lors des prochaines élections : diviser le vote, et pourquoi pas, faire entrer cinq partis à l’Assemblée nationale au lieu de trois, pour montrer au pouvoir politique qui est le boss ici ! En attendant, n’oubliez pas d’aller signer cette pétition !