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Charron Christian
La démocratie péquiste

jeudi 29 mars 2007

La déroute du Parti québécois aux dernières élections est une très bonne chose : cela va lui donner l’occasion de procéder à un sérieux examen de conscience, et de renouveller son approche de la souveraineté, de la démocratie et de l’information.

Dès sa fondation, le Parti québécois a été construit sur de mauvaises bases. La souveraineté du Québec a toujours été sa priorité numéro, devant la démocratie et l’information. Or c’est tout à fait inacceptable : la démocratie, ainsi que la qualité et la transparence de l’information, doivent passer devant tout objectif que se fixe un parti politique.

C’est ce déni de la démocratie qui a causé les deux défaites référendaires. Le PQ a voulu persister dans la voie de la souveraineté instantanée, peu importe ce que voulaient les citoyens. Mais lors de la dernière campagne électorale, ce déni a atteint des sommets : André Boisclair a affirmé que même en situation de gouvernement minoritaire, le PQ allait tenir un référendum sur la souveraineté. Le peuple a puni sévèrement cet affront, en supportant ce parti à hauteur de 28 % seulement, son pire score depuis 1970.

Bien que le PQ ait toujours placé la souveraineté avant la démocratie, il faut donner à César ce qui appartient à César : le PQ a posé des gestes démocratiques importants dans ses premières années au pouvoir. Parmi ceux-ci, mentionnons la mise en place de la loi sur le financement des partis politiques.

Mais c’est après le départ de René Lévesque que les choses se sont dégradées, et cela s’est amplifié avec les années. Parmi ces affronts, mentionnons la fusion forcée des municipalités, orchestrée par Bernard Landry.

Dans son livre Avoir le courage de ses convictions, Mario Dumont reproche à André Boisclair d’avoir « mené des tractations de coulisses avec les libéraux pour bloquer la reconnaissance de l’Action démocratique du Québec comme groupe parlementaire à l’Assemblée nationale ». Cette reconnaissance lui aurait procurée les avantages suivants : « plus de temps de parole, droits de réplique réservés, budgets de recherche, masse salariale accrue ».

Légalement, les libéraux et les péquistes avaient raison, car il faut avoir fait élire 12 députés, ou avoir obtenu au moins 20 % des votes pour obtenir cette reconnaissance. Mais éthiquement et démocratiquement, ils ne l’avaient pas. Comme le fait remarquer Dumont, quand le Parti québécois a pris le pouvoir en 1976, celui-ci avait reconnu l’Union nationale comme groupe parlementaire, alors que ce parti avait obtenu exactement le même appui que l’ADQ, soit 18,2 %. Il cite le leader parlementaire de l’époque, Robert Burns, qui avait déclaré : « Nous avons pensé qu’il serait d’une part mesquin et antidémocratique de ne pas reconnaître les 18,2 % qui ont été accordés au deuxième parti de l’opposition ».

Les conséquences de ce geste auraient pu être graves. L’Action démocratique a passé près de former le gouvernement aux dernières élections, alors qu’elle a dû travailler durant les quatre dernières années avec des moyens très limités. Le PQ et le PLQ ont reproché à Dumont d’afficher une équipe et un cadre financier faibles. Mais ce sont eux qui sont en partie responsables, en ayant refusé à l’ADQ la reconnaissance comme groupe parlementaire.

Pendant des années, le PQ a une attitude non-constructive, en étant prêt à tout faire et tout dire pour démontrer que le fédéralisme canadien ne fonctionne pas. Un des graves résultats, c’est que la politique est devenue une arêne cynique et inintéressante pour des citoyens qui sont honnêtes et transparents, et qui veulent vraiment bâtir quelque chose.

Si le PQ avait plutôt respecté le choix des citoyens de vouloir s’affirmer progressivement, il aurait tenu des référendums sur des points constitutionnels précis, comme le pouvoir de dépenser du fédéral. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on tiendrait peut-être un référendum sur une monnaie québécoise pour protéger nos emplois manufacturiers. Mais au lieu de cela, le PQ a voulu aller trop vite. En voulant aller trop vite, il a été moins vite. Pire, il a participé à construire un monde politique qui rebute les gens les plus créatifs et visionnaires de notre société.

Il est grandement temps que de nouvelles têtes dirigent le Parti québécois, afin de lui donner un élan plus pur, plus démocratique, plus vrai, de nature à redonner confiance aux Québécois, à leur redonner le goût de construire le Québec. Il faudrait aussi que le PQ montre l’exemple et s’engage à instaurer, dès le début d’un prochain mandat, le mode de scrutin proportionnel, tel qu’il apparaît dans son programme adopté lors du dernier Congrès national, et qui avait été « oublié » dans sa Feuille de route.

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Réactions

  • > La démocratie péquiste
    5 avril 2007, par Monique Legault
    68.56.248..***

    Le parti québecois doit réfléchir sur le propos de Louis Bernard.

    J’ai écouté l’interview avec Christiane Charette et Marc Laurendeau et il mérite qu’on s’attarde à son énoncé qui est loin d’être banal.

    Mais, malheureusement, on ne l’écoutera pas parce que c’est plein de bon sens...



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