Charron Christian
Diviser pour régner : une grande victoire pour le peuple québécois
mardi 27 mars 2007
Le 26 mars 2007, les citoyens québécois ont porté au pouvoir un gouvernement minoritaire libéral, ce qui constitue un moment historique jamais vu au Québec. Par ce geste, ils ont exprimé leur ras-le-bol de l’unilatéralisme, du favoritisme, des piètres résultats et des mauvaises décisions du gouvernement libéral sortant, ainsi que du précédent gouvernement péquiste. Ils ont aussi ouvert les bras à un vent de fraîcheur apporté par l’ADQ de Mario Dumont.
Les Québécois ont pris la décision qui était la plus à leur avantage : casser le pouvoir politique en divisant la représentation électorale entre les trois principales formations québécoises. Ils ont aussi agi prudemment et sagement, en ne donnant pas les rênes du pouvoir à l’Action démocratique du Québec (ADQ), un parti né il y a treize ans et qui ne comptait avant les élections que cinq députés à l’Assemblée nationale.
Au moment d’écrire ces lignes à 00h45 le 27 mars 2007, le Parti libéral du Québec (PLQ) remportait ou était en avance dans 48 circonscriptions, l’ADQ, dans 41, et le PQ dans 36, alors que ces partis recueillaient respectivement 32, 31 et 28 % des suffrages. La participation a été moins forte que prévu, s’établissant à un taux de moins de 72 %.
Ces résultats constituent toute une surprise, alors que les dernières projections du site DemocraticSpace accordaient 55 sièges au Parti libéral, 47 au Parti Québécois et 23 à l’ADQ, calculés en fonction d’une moyenne pondérée des cinq derniers sondages donnant 35,7 % des voix au PLQ, 29,6 % au PQ et 25,9 % à l’ADQ.
Le chef de l’ADQ, Mario Dumont devient donc le nouveau chef de l’opposition. Le score de son équipe est d’autant plus significatif qu’elle ne disposait pas de la machine électorale de ses adversaires pour faire sortir le vote. Son parti disposait de moyens financiers beaucoup moins importants que ses adversaires, n’ayant récolté que 3,1 % du total des contributions politiques amassées par les trois principaux partis en 2005.
Une bonne partie des électeurs a attendu dans le dernier droit pour faire son choix, sans doute pour s’assurer d’élire un gouvernement minoritaire. En effet, un sondage Léger-Marketing effectué entre le 19 et le 23 mars recensait 32 % d’indécis, du jamais vu selon le sondeur Jean-Marc Léger. Il compare ce taux à celui de 2003 à pareille étape, qui n’était que de 23 %. Durant la soirée électorale au canal LCN, M. Léger a mentionné que 7 % des électeurs ne s’étaient décidé qu’aujourd’hui, dont 6 % dans l’isoloir.
L’électorat a sanctionné durement le Parti Québécois, et son chef André Boisclair qui voulait absolument tenir un référendum sur la souveraineté, même dans le cas d’une victoire courte de son parti. Un sondage effectué par la firme Strategic Counsel, tenu les 21 et 22 mars, donnait seulement 42 % d’appuis à la souveraineté, après répartition des indécis. La question posée était : « Voteriez-vous pour ou contre la souveraineté s’il y avait un référendum durant les prochaines années ? ». Il est maintenant fort probable qu’André Boisclair se fasse montrer la porte par son parti. Deux successeurs ont été mentionnés jusqu’à présent, l’ex-chef du bureau parlementaire de Radio-Canada à Québec, Bernard Drainville, et Pierre Curzi, président de l’Union des artistes de 1998 à 2007.
Cette victoire du peuple québécois sur le pouvoir établi a été réalisée malgré les graves manquements à l’éthique observés chez les grands médias québécois, dont la forte concentration a été permise par le pouvoir politique en place. Ceux-ci ont manqué à leurs devoirs en ne confrontant pas le premier ministre sortant Jean Charest et son ministre des Transport Michel Després sur leurs allégations dans l’affaire du viaduc de la Concorde. Par leur action, les médias ne voulaient pas nuire aux libéraux, établis depuis fort longtemps, et permettre une envolée au parti de celui qui a révélé les notes de service inédites du ministère des Transports du Québec (MTQ) lors du débat des chefs, Mario Dumont, le chef de l’ADQ.
Les résultats de ce fractionnement du pouvoir se font déjà sentir. Le premier ministre Jean Charest a pour une fois fait preuve d’humilité. « Les Québécois ont parlé, nous acceptons leur décision » a-t-il dit à Sherbrooke devant ses partisans, une fois que sa victoire dans sa circonscription, gagnée de justesse, a été confirmée. Il considère que le peuple a « rendu un jugement sévère » et reconnaît qu’un « très grand défi de cohésion » attend les partis à l’Assemblée nationale. Il se déclare prêt à relever le défi et appelle les élus à faire preuve de « maturité » et de « sens du devoir ». Dans son discours, Charest a d’abord salué le travail de Boisclair, puis félicité Dumont pour les bons résultats obtenus par son parti, ce qui laisse peut-être entrevoir qu’il préférera travailler avec le Parti Québécois. Charest n’a pas pardonné à Dumont d’avoir révélé les notes de service du MTQ lors du débat des chefs.
Ce gouvernement minoritaire représente sans doute une fenêtre pour ceux qui désirent réformer le système électoral en faveur d’un mode de scrutin proportionnel. En effet, la fragilité de ce gouvernement pourrait encourager les troupes facilement mobilisables de Québec Solidaire (QS) et du Parti Vert à faire des pressions en ce sens. Rappelons que parmi les trois principaux partis politiques, seule l’ADQ s’est engagée clairement à instaurer un mode de scrutin proportionnel dans son programme électoral.