Charron Christian
Recommandation finale : un gouvernement adéquiste minoritaire... et impliquez-vous ! (1er de 2)
mercredi 21 mars 2007
La campagne électorale québécoise tire à sa fin et le temps est maintenant venu de tirer des conclusions et de prendre position. Cet examen en profondeur conclut que les Québécois devraient idéalement élire un gouvernement adéquiste minoritaire.
Pour analyser une campagne électorale et les programmes des différents partis politiques, cela prend des critères, qui doivent refléter les caractéristiques fondamentales de la société et de l’être humain. Ces critères sont les suivants : 1) la direction (ou la vision) ; 2) la vérité et la confiance ; 3) l’équilibre ; et 4) la capacité (ou la compétence).
1) La direction
La direction concerne les objectifs que se fixe par un parti politique, et les moyens proposés pour atteindre ces objectifs. C’est le premier aspect qu’on doit analyser, car tout le monde comprend que si les objectifs sont mal identifiés, on n’ira nulle part.
Souveraineté/autonomie du Québec
Au Québec, on ne peut pas parler de direction sans parler de souveraineté, ou d’autonomie du Québec. Comme le Québec forme une nation distincte hors de tout doute (même Ottawa l’a reconnu), et que la survie de la spécificité québécoise est constamment menacée en raison de sa position géographique particulière et de son statut constitutionnel, il est impensable qu’on ne puisse pas être en faveur d’une plus grande autonomie pour le Québec. Se déclarer en faveur d’un renforcissement du fédéralisme revient à être en faveur de l’assimilation du peuple québécois. Pour toutes ces raisons, la position du Parti libéral est inacceptable.
André Boisclair veut tenir un référendum sur la souveraineté du Québec, et ce, même s’il forme un gouvernement minoritaire. Peut-on appeler cela de l’audace ou de la témérité ? Si la définition de l’audace est de prendre un risque réfléchi et calculé, et que la témérité, c’est d’agir sans réfléchir, on peut dire que la position d’André Boisclair se rapproche plus de la témérité que de l’audace. N’oublions pas que le PQ a déjà perdu deux référendums, et que d’en perdre un troisième aurait des conséquences graves.
Mario Dumont propose de « s’affirmer sans se séparer ». En fait, un vrai démocrate ne peut exclure totalement l’indépendance du Québec, car en fonction de certaines circonstances, cela pourrait être le souhait d’une majorité de la population. Dumont devrait donc reformuler sa vision autonomiste. Le chef adéquiste croit aussi en la pensée magique : le gouvernement fédéral accédera aux demandes du Québec, même s’il n’y est pas forcé. Or on a vu lundi dernier que le gouvernement fédéral a augmenté substantiellement les transferts envers le Québec, mais ne s’est pas engagé à limiter de façon définitive son pouvoir de dépenser dans les champs de compétence provinciaux.
De plus, si les transferts du fédéral sont trop généreux, en d’autres termes, si on reçoit plus d’argent qu’on en verse au fédéral, cela peut être dangereux, car le risque, c’est que le Québec développe une dépendance envers le Canada. En avril 2006, Mario Dumont avait d’ailleurs fait remarquer qu’« il n’y a rien de pire que la péréquation comme système (...) sauf que, pour nous au Québec, malheureusement, à cause de notre appauvrissement, c’est ce qui devient le plus payant ». Le chef adéquiste avait ajouté que le Québec « est mieux de se donner des outils (les points d’impôt) et de se grouiller au plus vite pour sortir de notre position de faiblesse ».
Même si le chef adéquiste ne définit pas clairement les moyens qu’il compte prendre pour affirmer l’autonomie du Québec, c’est lui qui semble représenter, pour l’instant, la meilleure option pour un autonomiste-souverainiste, qui souhaite soit une transformation radicale de la confédération canadienne, ou encore un passage graduel vers la souveraineté du Québec. Même les souverainistes qui veulent une accession rapide à la souveraineté, devraient réfléchir sérieusement si c’est actuellement le meilleur moment pour tenir un référendum sur la souveraineté du Québec. Une défaite pourrait entraîner des conséquences graves.
Santé, éducation et autres secteurs
Les sondages ont démontré que la santé constitue la priorité pour une majorité de citoyens. En cette matière, le PLQ avait demandé en 2003 d’être jugé sur sa performance. Tout le monde reconnaît qu’il a échoué. Deux de ses députés, Pierre Paradis et le représentant de Hull, Roch Cholette, l’ont eux-mêmes admis. Le PLQ doit donc être puni pour sa mauvaise performance.
Le PQ a identifié l’éducation comme étant sa première priorité. En agissant ainsi, il n’est pas au diapason avec les désirs des citoyens. De plus, cela pourrait indiquer qu’il ne veut pas être évalué dans quatre ans en fonction de sa performance en santé, et donc qu’il ne se sent pas capable de régler les problèmes dans ce domaine.
L’ADQ, de son côté, propose des remèdes que personne n’a jamais proposés auparavant. Il ne ferme pas la porte aux tickets modérateurs. C’est très approprié, car tout le monde sait que l’être humain étant ce qu’il est, si c’est gratuit, il va abuser. Dumont ne parle pas seulement de faire plus de place au privé, il ouvre la porte aux coopératives de santé aussi. C’est donc une position qui n’est ni à droite, ni à gauche. Tout le monde préférerait un système de santé public, gratuit et universel. Mais est-ce que ce système peut donner de bons résultats ? En tout cas, personne n’a été capable d’en faire la preuve jusqu’à maintenant, et il est maintenant temps de réfléchir à d’autres alternatives.
Pour toutes ces raisons, l’ADQ est le parti qui identifie le mieux les objectifs de notre société pour les prochaines années, et les moyens pour atteindre ceux-ci.
2) La vérité et la confiance
Il n’y a rien de plus important dans une démocratie que la confiance dans le gouvernement. À ce chapitre, le Parti libéral fait très mauvaise figure.
Dans le dossier du viaduc de la Concorde, Charest a toujours maintenu que lui et son ministre des transports Michel Després n’avaient jamais été mis au courant des notes de service révélées par Mario Dumont lors du débat des chefs. Tout le monde sait que c’est impossible. C’est donc que Charest et Després mentent à la population, afin de cacher la négligence et la mauvaise gestion de leur gouvernement. C’est d’autant plus à condamner que cinq personnes ont perdu la vie dans l’écrasement de ce viaduc.
Dans le dossier du mont Orford, le Parti libéral a voulu vendre une partie de celui-ci à Paul Gobeil, celui-là même qui a dirigé la campagne de financement de Charest en 1998. Cette campagne a rapporté 1 million $ et a permis la transition de Jean Charest du fédéral au provincial. En 2003, quelques semaines après l’élection de Charest, le Globe and Mail révèle que Gobeil a fortement accrû, via une compagnie à numéros, sa participation dans Mont-Orford inc., qui passait de 10 % à 77 %. Il l’a fait passée par la suite à 90 %. Gobeil se serait fortement enrichi grâce à la vente de condominiums. Charest a voulu procéder malgré les protestations véhémentes de la population locale. C’est un « retour d’ascenseur » que les citoyens doivent punir avec sévérité.
En juin 2006, le juge Moisan a fait ressortir que les compagnies et autres personnes morales contribuaient allèglement, en passant par leurs employés, aux caisses électorales des partis politiques. Le PLQ n’a rien fait pour corriger la situation. Avec raison sans doute : c’est lui qui a recueilli le plus de contributions parmi tous les partis politiques en 2005, deux fois plus que le PQ. Les citoyens ne peuvent pas avoir confiance dans un parti qui est financé par les compagnies et qui ne fait pas respecter la Loi électorale.
Boisclair inspire un peu plus confiance depuis quelques semaines. Après avoir tourné dans une parodie homosexuelle, il a démontré lors du débat des chefs une solide connaissance des dossiers de l’État. Par contre, il fait preuve de témérité en proposant de tenir un référendum sur la souveraineté du Québec dans le cas où le PQ dirigerait un gouvernement minoritaire. Si tel est le souhait de la population, la souveraineté doit se faire, mais sous la gouverne de quelqu’un en qui celle-ci a confiance et qui fait preuve d’un jugement sûr.
De son côté, l’ADQ est le parti le moins susceptible de faire du favoritisme, car il n’a recueilli que 3,1 % du total des dons recueillis par les trois principaux partis politiques en 2005. On entend souvent dire, que les citoyens apprécient le parler « vrai » du chef adéquiste, et ce, avec raison. C’est Dumont qui a révélé la vérité dans le dossier du viaduc de la Concorde lors du débat des chefs. C’est lui aussi qui n’hésite pas à proposer des solutions qui ne sont pas nécessairement populaires auprès de la population. C’est le plus vrais des trois chefs.
(La deuxième partie de cet article sera soumise demain à 17h00 à Québec-Politique et analysera les critères d’équilibre et de capacité/compétence, et justifiera la prise de position en faveur d’un gouvernement minoritaire.)