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Charron Christian
Être pro-syndicats et pour une démocratie participative : difficilement conciliable

mercredi 14 mars 2007

Québec Solidaire se déclare à la fois pour un renforcissement du pouvoir syndical et pour une démocratie participative. Mais ces deux prises de position sont difficilement conciliables. En fait, en analysant ses valeurs et son programme, on se rend compte que QS est pro-syndicats, mais n’est pas en faveur d’une démocratie participative.

Démontrer que QS est pro-syndicats est facile à établir. On n’a qu’à consulter sa proposition no 7 intitulée « Abroger les lois anti-syndicales ». Mais est-il vraiment pour une démocratie participative ? Pour le savoir, il faudrait d’abord définir celle-ci.

Définition d’une démocratie participative

Une démocratie participative, c’est une démocratie où les citoyens participent aux décisions politiques. Ils sont partie prenante de ces décisions, ils ont un certain contrôle sur elles. Par contre, le rôle de leadership dans la gouvernance et la proposition des lois est reconnu au pouvoir politique, sinon cela s’appelerait une démocratie directe.

Ce genre de démocratie est en vigueur en Suisse. Les citoyens ont le pouvoir de forcer la tenue d’un référendum sur un projet de loi si 50 000 personnes en font la demande en signant une pétition. Les signatures doivent être recueillies à l’intérieur d’un délai de 100 jours suite à la publication du projet de loi. Le gouvernement est tenu de se conformer au verdict populaire.

En Suisse, les citoyens ont aussi le pouvoir de proposer directement un projet de loi, si 100 000 signatures réunies dans un délai de 18 mois appuient celui-ci. Ce dernier pouvoir est une forme de démocratie directe, mais il fait partie d’une démocratie participative, car c’est un moyen pour les citoyens de rappeler à l’ordre le pouvoir politique, qui aurait « oublié » de tenir compte de certaines demandes populaires.

Si les citoyens n’ont aucuns droits ou pouvoirs confirmés légalement, s’ils ne sont que consultés, cela peut difficilement s’appeler une démocratie participative.

Démocratie participative selon QS

La déclaration de principes de QS constitue les fondements du parti, les valeurs sur lesquelles ce parti a été fondé. Sous le volet « Nous sommes démocrates », on y établit dès la première ligne que : « La politique doit être repensée dans le sens d’une démocratie participative qui doit être exercée dans les villes, villages, quartiers ainsi que dans toutes les instances de notre parti. »

Si on continue à lire, on voit que QS établit tout de suite quelques bémols à cette démocratie « participative » : on y parle d’« espaces de délibération » et de scrutin proportionnel, mais pas d’implication des citoyens.

Sa proposition no 24 sur la réforme du mode de scrutin n’en parle pas non plus : « Québec solidaire adoptera un mode de scrutin faisant une large place à la proportionnelle, une date fixe pour la tenue des élections et des mesures assurant la parité femmes-hommes à l’Assemblée nationale et une meilleure représentation des personnes issues de l’immigration ».

Nulle part, on ne propose d’instaurer un processus permanent d’implication des citoyens dans le processus décisionnel politique. Nulle part on ne parle de réformer la Loi sur la consultation populaire, qui doit-on le rappeler, n’est que consultative et ne donne aucune obligation au gouvernement de se conformer aux résultats d’un scrutin populaire et aucuns pouvoirs aux citoyens.

Être pro-syndicats et pour une démocratie participative : totalement inconciliable

On peut difficilement être à la fois pro-syndicats et en faveur d’une démocratie participative, selon la définition qui a été donnée plus haut, car ces deux prises de position sont plutôt inconciliables.

Comme une démocratie participative donne du pouvoir aux citoyens, elle en enlève par le fait même aux syndicats. La raison, c’est que le pouvoir politique doit être vu comme une tarte dont la grosseur reste fixe. Si on donne plus de pouvoir à certains éléments de la société, on en enlève nécessairement à d’autres. Les syndicats perdent de leur influence dans une démocratie participative, car les intérêts des citoyens ne sont pas les mêmes que ceux des syndicats. Les citoyens veulent des résultats, des services gouvernementaux de qualité. Les syndicats, eux, protègent les intérêts des travailleurs qu’ils représentent, peu importe, trop souvent et malheureusement, la qualité du travail produite par ceux-ci.

En Suisse, où la démocratie participative est bien ancrée, les syndicats sont peu puissants. Est-ce une bonne chose ? À chacun d’en juger. Par contre, on peut établir qu’une démocatie participative est plus « englobante », car elle donne du pouvoir à tous les citoyens sans exception, contrairement au pouvoir syndical, qui ne défend que les intérêts d’une partie de la population.

Il est d’ailleurs très paradoxal de constater que le fonctionnement interne des syndicats est extrêmement démocratique, car le vote sur les propositions est omni-présent. Par contre, les syndicats sont extrêmement défavorables à ce que ce genre de fonctionnement démocratique soit implanté au niveau de la direction de notre société, car cela serait contraire à leurs intérêts. C’est la preuve qu’être pro-syndicats et pour une démocratie participative est incompatible.

Conclusion

Comme il est fort peu probable que Québec Solidaire se désolidarise du mouvement syndical, il devrait reformuler sa déclaration de principes, et se positionner en faveur d’une démocratie représentative, consultative et proportionnelle, plutôt que participative.




Réactions

  • > Être pro-syndicats et pour une démocratie participative : difficilement conciliable
    15 mars 2007, par paul de Montréal
    67.71.182..***

    Bonne analyse du programme QS.

    Maintenant on peut avoir une démocratie participative au niveau de l’état et avoir des syndicats forts dans les entreprises privés. Evidement reste les syndicats dans l’administration et les entreprises gérés par l’etat qui peut poser un conflit d’interet. Dans ce cas-ci il faut indiquer si on privilegie l’un par rapport à l’autre ou si on donne pas de preference. De toute façon pour le long terme, il vaut mieux que les négociations aboutissent à un modele gagnant-gagnant .



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