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Charron Christian
Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative

samedi 10 mars 2007

Le parti Québec Solidaire se fait le porte-parole de la compassion et de la solidarité. Ces valeurs doivent être définitivement défendues dans notre société. Par contre, il manque beaucoup d’équilibre dans sa vision gauchiste et féministe, et les citoyens ne sont pas suffisamment impliqués dans la démocratie participative qu’il nous propose.

Le féminisme

En première page du site de Québec Solidaire (QS), on peut lire en ce 9 mars 2007, au lendemain de la Journée de la femme : « on se le dit souvent : toute la société gagnerait à voir plus de femmes occuper des postes de pouvoir ».

Quand la commission d’étude sur les accommodements raisonnables a été formée, la première réaction de QS a été de dénoncer l’absence de femmes à sa tête. En écoutant QS, on a l’impression que la solution à tous les problèmes de notre société, ce serait que les femmes occupent une plus grande place dans l’espace politique. C’est très simpliste comme vision.

Selon les principes établis par QS, « les inégalités vécues par les femmes sont fondées sur un système de pensée qu’on appelle le patriarcat, créant systématiquement des inégalités par des rôles sociaux et culturels attribués aux femmes qui sont considérés inférieurs par rapport aux rôles des hommes. »

Est-ce encore tellement le cas aujourd’hui ? Je crois que les hommes autant que les femmes doivent être défendus dans la société actuelle. On parle souvent de la violence physique de certains hommes à l’égard des femmes, mais on ne parle jamais de la violence mentale de certaines femmes à l’égard des hommes. Mon but ici n’est pas de juger les femmes dans leur ensemble ou de lancer un autre débat, mais de demander aux partis politiques d’avoir une vision et un discours globals et équilibrés de la dynamique homme-femme.

Les femmes ont obtenu le droit à l’avortement, mais n’ont-elles pas aussi des obligations, étant donné que la nature les a choisies pour donner la vie ?

On aimerait donc que ceux qui parlent au noms des femmes tiennent un discours plus équilibré.

La gauche

Selon Québec Solidaire, « l’État doit intervenir pour garantir le respect des droits humains, redistribuer la richesse et encadrer l’économie. »

La gauche considère trop souvent l’État comme étant l’instance qui va régler toutes les inégalités sociales, comme si les gens eux-mêmes étaient dépourvus de moyens, et qu’ils n’avaient aucune obligation de se prendre en charge personnellement. Encore une fois, un discours plus équilibré serait apprécié.

Les syndicats, membres à part entière de la gauche, voient leur rôle comme étant de protéger les travailleurs qu’ils représentent, peu importe la légitimité des actions de ceux-ci. On a vu le syndicat de la ville de Montréal prendre la défense de cols bleus qui ne travaillaient pas durant leurs heures de travail. Si la gauche veut que la population porte une oreille attentive à ses demandes, elle doit tenir un discours plus équilibré et constructif. Il ne faut pas oublier que plus ça va aller, plus la population sera constituée de citoyens plutôt que de travailleurs.

Démocratie participative

La démocratie participative est devenue une expression à la mode, un autre « buzzword » utilisé par les politiciens, mais qu’est-ce qu’elle signifie concrètement pour QS ?

Selon ce parti, « les solutions aux problèmes émergeront des espaces de délibération encourageant la participation de toutes et de tous. Nos institutions politiques et notre mode de scrutin doivent aussi être réformés pour laisser une large place à la proportionnelle. »

QS propose d’écouter les citoyens, mais pas de les impliquer dans le processus décisionnel sur une base permanente.

En Suisse, il existe une vraie démocratie participative qui existe depuis plus de cent ans, mais jamais QS ne parle de s’inspirer du modèle suisse. Certains vont argumenter que la société suisse est à droite, et donc qu’un parti de gauche ne peut pas s’en inspirer. Mettons deux bémols à cette façon de voir les choses.

Premièrement, si certaines décisions démocratiques des citoyens suisses sont à droite, c’est que 18 pour cent des habitants de la Suisse n’ont pas le droit de vote. En effet, il est extrêmement difficile d’obtenir la citoyenneté pour les étrangers résidant sur son territoire. Les étrangers faisant souvent partie des classes les plus défavorisées, les résultats des votations populaires sont faussés. La culture québécoise n’accepterait pas de telles règles anti-démocratiques.

Deuxième bémol, c’est grâce au droit d’initiative populaire que les citoyens suisses ont exprimé au pouvoir politique le 27 novembre 2005 qu’ils voulaient que « l’agriculture suisse n’utilise pas d’organismes génétiquement modifiés durant les cinq ans qui suivent l’adoption de la présente disposition constitutionnelle ». On voit donc que la démocratie suisse peut donner des résultats très à gauche. Rappelons que l’initiative populaire en Suisse au niveau fédéral est le droit pour n’importe quel citoyen suisse de forcer la tenue d’un référendum s’il réussit à recueillir 100 000 signatures appuyant son projet à l’intérieur d’un délai de 18 mois.

Par ailleurs, il serait bien qu’un parti qui se dit d’une démocratie participative, mette en pratique ses principes directement sur son site web. Les visiteurs devraient pouvoir laisser des commentaires par rapport aux articles, principes, idées et programmes publiés. Sinon, cela signifie : voici ce qu’on vous propose, et on ne voudrait surtout pas que vos commentaires viennent remettre en question publiquement nos idées.

Conclusion

En résumé, accordons de bons points à Québec Solidaire pour la compassion et la solidarité. Par contre, son discours féministe et gauchiste est dépassé. On se croirait au début des années ’70.

Quant à sa démocratie « participative », QS a deux choix. Soit il reformule ses propositions pour donner de réels pouvoirs aux citoyens, soit il utilise une autre terminologie pour la démocratie qu’il nous propose. L’expression « consultative proportionnelle » serait plus appropriée.




Réactions

  • > Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative
    16 mars 2007, par Renart L’éveillé
    74.57.3.33.***

    Après avoir pensé, en rapport à certains aspects de leur pensée, que QS représentait un Eldorado politique, votre article m’a remis un peu plus les pieds sur terre. Alors j’en viens à la conclusion que la (quasi) diversité des propos des partis politiques formerait, alors qu’ils se condenseraient minimalement dans un système proportionnel, une entité plus profitable pour nous tous que celle, débalancée et superficielle, que nous apercevons dans les médias de masse populaires aujourd’hui.

    Alors pour ceux que ça intéresse, j’ai pondu un texte qui met en lumière une vision d’une démocratie technologique future vraiment participative dans laquelle j’invite tous et chacun à réfléchir.

  • > Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative
    15 mars 2007, par Mc Format
    207.253.11.***

    Je ne crois pas que les intervenants précédents voulaient exprimer un préjugé anti-féministe.

    Le but premier du féminisme, c’est l’égalité des sexes, non ? Donc, pourquoi qu’à chaque fois qu’un homme parle d’égalité hommes/femmes (dans tous les domaines), il est anti-féministe.

    Quelqu’un dénonce la violence faite aux DEUX sexes. C’est un anti-féministe.

    Quelqu’un parle du droit des pères (je ne parle pas ici de Fathers4Justice), c’est un anti-féministe.

    Comprennez-moi, je suis conscient qu’il reste beaucoup de progrès à faire pour les femmes dans plusieurs domaines : équité salariale, postes décisionnels, en politique, et plusieurs autres.

    Mais les hommes aussi ont du progrès à faire...

    Je ne suis PAS anti-féministe, simplement un partisan de l’égalité.

    Et ne pas aller voter est le meilleur moyen pour que le statu quo en politique perdure, puisque, si vous ne votez pas, votre opinion ne sera pas pris en compte. Ce n’est pas vrai que les politiciens prennent en compte ceux qui ne votent pas, leur seul but étant de se faire élire, certains à tout prix. On ne peut rien changer en restant assis chez soi... Impliquez-vous !

    AUCUN parti ne va proposer ce que vous désirez EXACTEMENT. C’est impossible et, à mon avis, c’est très égoïste de penser ainsi...

  • > Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative
    11 mars 2007, par Réal
    216.208.19.***

    Le féminisme Québécois s’est politisé, ce qui le muselle dans ses revendications pour l’égalité des sexes.

    Où sont ces fougueuses féministes québécoises qui abandonnent leur liberté d’opinion et d’expression pour se conformer au politiquement correct, en pensant faussement que la politique est la meilleure plateforme pour s’émanciper ?

    Nous sommes en train, comme Québécois, de perdre notre liberté d’expression et de pensée, ces valeurs fondamentales pour lesquelles nos ancêtres ont sacrifié leurs vies sur les champs de batailles.

    Où sont les groupes féministes d’antan, pour dénoncer et s’insurger contre ; le sexisme, le port du hijab, le mariage forcé chez les communautés ; Musulmane, Hassidique, Sikh ?

  • Quelle égalité ?
    11 mars 2007, par Paul-Émike L’Heavy
    70.82.52.2.***

    Bonjour

    Une question que je me pose, puisqu’on parle de féminisme.

    Quelqu’un a écrit que QS avait critiqué l’absence d’une femme à la tête de la commission d’étude sur les accommodements. Cette forme de critique sous-entend qu’une femme, sur quelque sujet que ce soit, va nécessairement penser différemment d’un homme. Nécessairement adopter une « vision féminine » (en clair : un parti-pris favorable aux femmes), au rebours d’un homme qui va nécessairement adopter une « vision masculine » (en clair : un parti-pris favorable aux hommes). Et que, par conséquent, les postes décisionnels doivent être partagés à parts égales, pour équilibrer les parti-pris - vus comme un inexorable héritage génétique qui supplante toute autre forme d’analyse, chez qui que ce soit.

    Est-ce que c’est ça, l’égalité ? Le partage, moitié-moitié, des préjugés ? L’inaptitude, équitablement répartie, à juger de quelque enjeu que ce soit autrement qu’à travers son identité sexuelle ? La distribution égale de la bêtise ? Beau progrès !

    Moi qui pensais que les idéaux féministes consistaient à démontrer qu’un cerveau, c’est un cerveau, peu importe les organes sexuels auxquels il est rattaché, et que la pensée, fruit de ce cerveau, n’avait par conséquent pas à être caractérisée de masculine ou de féminine.

    S’agit-il, pour les femmes, de simplement réclamer l’imposition de leur subjectivité à parts égales avec celle des hommes, ou plutôt, ne s’agit-il pas de proclamer qu’une femme peut être aussi objective qu’un homme ?

    De quelle sorte d’égalité veut-on ? Un infantile et revanchard partage égal des déficiences, ou une saine et productive reconnaissance des aptitudes de chacun ?

    Kif-kif dans le négatif, ou égaux dans le positif ?

    Paul-Émike L’Heavy

  • > Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative
    10 mars 2007, par Michaël Lessard
    66.130.130.***

    Ma première réaction est une frustration en voyant que vous parlez avec assurance en ignorance de cause. Mais vous nous révélez par contre comment nos textes fondateurs sont, il semble bien, incomplets et parfois maladroits.

    Sur la démocratie participative, vous faites des affirmations non fondées. À partir d’une phrase, sans explication, vous énoncez que nous voulons uniquement consulter les gens or, par définition, la démocratie participative est une révolte contre les consultations passives où les gens ne sont pas réellement partie prenante des décisions.

    Plusieurs candidat-es Solidaires veulent tenir des assemblées citoyennes où, en plus de confronter la personne députée (ce qui serait déjà une évolution par rapport à la culture politique actuelle), appliqueraient justement une démocratie participative menant à des mandats décidés par les gens du comté.

    D’ailleurs, dans nos engagements, il me semble qu’il est clair qu’au lieu de faire un référendum, nous voulons plutôt mettre en plus un processus de démocratie participative où c’est le peuple québécois qui déciderait de la question et de la constitution du Québec.

    Dans la Capitale-Nationale, l’assemblée régionale de QS veut des forums citoyens où AUCUNE personne issue du gouvernement ni du municipal ne siègerait.

    Mais, certes, les membres de Québec solidaire gagneront à s’exprimer de manière plus claire sur ces questions.

    ( p.s. : sur la question du féminisme, j’ai comme principe actuellement de laisser les femmes faire avancer par elle-même leur mouvement. Malgré le fait que je trouve que le mouvement féministe doit être plus pédagogique dans l’articulation de ses principes, nos actions parleront bien plus forts que les préjugés anti-féministes, dont la convivialité et la non-compétitivité dans nos assemblées et le fait que nous avons atteints la parité femmes/hommes, contrairement à tous les partis de l’histoire des Amériques !)

  • > Québec Solidaire : ok pour la compassion, mais un manque d’équilibre et une démocratie peu participative
    10 mars 2007, par Nicolas Martin
    205.205.25.***

    Bonjour,

    Je crois réellement que vous vous trompez lorsque vous dites que le féminisme est dépassé. Au contraire il est plus urgent que jamais et c’Est justement ce que je reproche à Québec solidaire. QS n’a pas beaucoup de propositions féministes radicales, c’Est disons un féminisme très "ligth" beaucoup édulcoré.

    Si on veut réellement changer les bases sociales de la société patriarcale qui continue à faire en sorte que les femmes sont encore les plus pauvre de notre société il faut absolument être plus radical dans la dénonciation du patriarcat.

    Donc, moi finalement je ne voterai pas pour Québec solidaire, car justement je crois qu’il n’Est pas assez féministe.

    Le 26 mars je vais rester chez moi et je n’irai pas voter et je vous prédis que je vais "gagner mon vote" et que les abstentionnistes seront plus nombreux et nombreuses que celles et ceux qui auront voté pour le parti qui sera au gouvernement.

    Nicolas Martin, un homme pro-féministe qui dit le 26 mars on ne va pas voter !



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