Charron Christian
Alarmistes : le DGEQ châtie les petits mais oublie les grands
jeudi 8 mars 2007
 Photo Chritian Charron. Chroniqueur.
| |
Le DGEQ a pris action rapidement contre des concepteurs de vidéos amateurs diffusés sur YouTube qui dénoncent l’action du précédent gouvernement, mais il n’est pas très rapide pour agir contre le vrai fléau : les compagnies qui passent par leurs employés pour faire des contributions aux partis politiques.
Depuis la publication de mes articles sur l’action du DGEQ contre les vidéos des Alarmistes, quelqu’un m’a fait parvenir quatre de ceux-ci. Cela m’a permis de m’en faire une idée plus précise. Celui qui s’intitule « Le Rap des Libéraux » constitue un montage humoristique sur un fond musical entraînant. Les trois autres dénoncent l’action des Libéraux favorable à la privatisation des services de l’État et à la pollution par les gaz à effet de serre.
La question n’est pas de savoir si ces vidéos enfreignent ou non la loi. Ils ne constituent pas une dépense électorale selon moi, tel que je l’ai déjà expliqué. J’ai parlé aujourd’hui à un porte-parole du DGEQ, Denis Dion, qui m’a expliqué que le DGEQ s’était basé sur les articles 402 et 413 de la Loi pour justifier son intervention. La nature de ces articles est générale et n’aide pas à comprendre la logique du DGEQ.
Par ailleurs, M. Dion m’a dit que l’action du DGEQ avait été entreprise suite à une plainte d’un journaliste du Devoir. Selon lui, le DGEQ n’a pas interdit ces vidéos, mais a simplement informé leurs concepteurs que « la diffusion de tels vidéos en période électorale serait considérée comme une dépense électorale au sens de la Loi » et que le groupe des Alarmistes devait « obtenir une autorisation d’un agent officiel d’un candidat ou d’un parti pour pouvoir diffuser les vidéos tels que ceux apparaissant sur « youtube » en date de la présente ». Le DGEQ ne fait donc pas de différence entre les dix vidéos diffusés.
Doit-on tout de même intervenir pour interdire ce genre de vidéos en période électorale ? S’il y avait une raison, ce serait parce que ces vidéos, grâce à un montage de séquences sélectionnées et parfois digitalement modifiées, peuvent altérer la réalité des faits et donc la vérité.
On peut dire que « Le Rap des Libéraux » altère légèrement la vérité car il enfile de courtes séquences qui font mal paraître les politiciens qui y apparaissent. Il y a le Ministre des Ressources naturelles Sam Hamad qui nous dit que « Les gaz à effet de serre, c’est pas la pollution », Jean Charest qui ricane, Béchard qui répète « préparé, déposé, adopté » avec en toile de fond le Mont Orford, et en finale, Charest qui affirme que « tous les gouvernements voudraient charmer l’électorat à la fin de son mandat ». Les trois autres vidéos sont plus fidèles à la réalité, à cause d’un montage qui vise plus à dénoncer qu’à dénigrer.
Donc, devrait-on interdire ce genre de vidéos en période électorale ? La question serait en examiner. Lors de la prochaine réforme de la Loi électorale, on pourrait établir des critères précis, ou on pourrait laisser toute latitude au DGEQ pour obtempérer. D’un autre côté, on doit dire que les partis politiques eux-mêmes n’ont pas une attitude très constructive et aiment bien tordre la réalité et la vérité, en jouant avec les mots, en cherchant à dénigrer leurs adversaires, en évitant les débats qui les défavorisent, en composant des publicités qui les avantagent, etc. Avant donc de sévir contre les petits, peut-être faudrait-il que les grands montrent l’exemple...
Ce que je reproche surtout au DGEQ et aux partis politiques, c’est leur laxisme pour empêcher que les compagnies passent par leurs employés pour faire des contributions aux partis politiques. Je rappelle ici des passages du rapport du juge Moisan, qui avait enquêté sur l’implication des partis politiques de la scène québécoise dans le scandale des commandites. Son rapport révèle que les contributions illicites sont loin d’être confinées à ce seul scandale.
Ainsi, en page 16, on lit ceci :
« Il ressort de l’examen des faits et des réponses de divers témoins que le subterfuge permettant aux personnes morales de contribuer au financement des partis au moyen de contributions sous le nom des employés est connu depuis longtemps et largement utilisé. Un témoin l’a qualifié d’« endémique »... En d’autres termes et depuis longtemps, les personnes morales contribuent au financement des partis. Incapables de le faire légalement, elles utilisent le moyen détourné de dons par leurs employés et de contributions à diverses activités payées par les employés et remboursées par l’employeur. Dans les deux cas, les remboursements prennent une forme ou une autre selon l’inspiration du moment, la suggestion des comptables, l’imagination créative. Il s’agit de leur donner une couleur de légalité, de les camoufler. »
Le porte-parole du DGEQ, Denis Dion m’a confirmé que depuis que le rapport du juge Jean Moisan est sorti, le DGEQ n’a sévi contre aucune compagnie, à part certaines actions contre une commission scolaire de Trois-Rivières. Selon lui, ce qui empêche le DGEQ de prendre action, c’est que la loi actuelle n’aide pas le DGEQ à accumuler des preuves. Il faudrait entre autres que les contributeurs fournissent le nom de leur employeur. Le Directeur des élections attend toujours après le pouvoir politique pour modifier la Loi en conséquence. On peut par contre grandement déplorer le peu d’entrain du DGEQ à vouloir chercher des fautifs.
Qu’attendent donc le DGEQ et les partis politiques pour s’attaquer au vrai problème, soit les compagnies qui passent par leurs employés pour faire des contributions aux partis politiques ?