Charron Christian
Les avantages d’un gouvernement minoritaire
mardi 27 février 2007
Il se pourrait fort bien que le gouvernement qui sera élu au Québec le 26 mars prochain soit minoritaire, et que ce soit l’ADQ qui détienne la balance du pouvoir.
C’est en tout cas ce que font ressortir les chiffres préparés par un architecte et urbaniste de 31 ans, Gregory D. Morrow. Celui-ci a développé un modèle mathématique qui lui a permis de prédire le résultat du vote dans 92 % des circonscriptions fédérales l’année dernière. Pour prédire les résultats des prochaines élections québécoises, M. Morrow s’est basé sur les six derniers sondages sur les intentions de vote des Québécois, couplés avec les résultats réels obtenus dans chaque circonscription lors des élections générales de 1998 et 2003.
Sa dernière mise à jour, qui inclut les données du sondage CROP-La Presse effectué entre le 15 et le 20 février 2007, indique que le Parti Québécois remporterait 61 sièges, le Parti Libéral, 51 sièges et l’Action démocratique du Québec, 13 sièges. La précédente mise à jour, qui excluait ce dernier sondage, donnait un siège de plus au PQ et un siège de moins à l’ADQ. M. Morrow indique sur son site democraticspace.com que la tendance actuelle favorise le PLQ, ce qui pourrait augmenter les chances d’un gouvernement minoritaire si l’avancée de ce parti se fait aux dépens du Parti Québécois.
Si ces prédictions se révélaient exactes, nous nous retrouverions donc avec un gouvernement minoritaire à la fois au Québec et au Canada. Le gouvernement de Stephen Harper, en poste depuis le 6 février 2006, a remplacé un autre gouvernement minoritaire, celui de Paul Martin, élu en 2004.
Faut-il voir dans ce goût pour les gouvernements minoritaires, une nouvelle tendance, dictée par un message que les citoyens veulent faire passer aux politiciens ? C’est fort possible, car le lien de confiance s’affaiblit entre les électeurs et les politiciens, miné par le scandale des commandites au fédéral, et l’unilatéralisme et les mauvaises décisions des politiciens au Québec.
Considéré comme instable, un gouvernement minoritaire présente tout de même les avantages suivants :
il permet des décisions qui tiennent compte des points de vue de plus qu’un parti politique ;
il y a de fortes chances que de coûteuses erreurs soient évitées, comme les fusions et semi-défusions des municipalités ;
il prévient l’unilatéralisme des décisions par un seul parti, comme le recours au baîllon qui a fait la marque du PLQ durant son dernier mandat ;
il pourrait prévenir les abus, comme des privilèges accordés aux « amis » d’un parti.
On dit généralement que les gouvernements minoritaires sont instables. Par contre, si un mode de scrutin proportionnel était instauré, tel que réclamé depuis longtemps par différents groupes de la société, il n’y aurait probablement plus de parti qui serait majoritaire à l’Assemblée nationale. C’est donc une réalité avec laquelle les partis politiques pourraient devoir s’adapter un jour ou l’autre.
En fait, c’est sans doute en élisant des gouvernements minoritaires à répétition que la population pourra forcer l’instauration d’un mode de scrutin proportionnel, car toutes les tentatives des ministres en charge des dernières décennies pour réformer le mode de scrutin se sont avérées vaines, incluant la pseudo-tentative du dernier gouvernement.