Charron Christian
Le débat sur les accommodements raisonnables doit déboucher sur un débat sur la foi
dimanche 25 février 2007
Alors que le gouvernement Charest a décidé d’endormir le débat sur les accommodements raisonnables avec une commission d’étude, on devrait plutôt le réorienter dans une autre direction.
L’occasion est belle en effet pour amorcer un débat sur la foi, et par le fait même, sur le pouvoir, la vérité, l’amour et le bonheur. Notre société, qui a fait de la liberté, la croissance économique et la protection de l’environnement sa nouvelle religion, ne pourra pas avancer sans cet examen profond.
Les trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam (ci-après appelées les religions), qui comme on le sait ont des racines communes, discutent de ces concepts, mais les ont travestis. C’est une des raisons pour lesquelles notre monde va si mal aujourd’hui.
Fausse définition de ces concepts, selon les trois religions monothéistes
1) les religions détiennent la Vérité ; 2) la foi consiste à croire en la Vérité des religions, à l’étudier et à la défendre ; 3) le pouvoir est entre les mains de Dieu, selon la définition qu’en donnent les religions. Le pouvoir se retrouve par le fait même entre les mains des religions ; 4) le bonheur passe nécessairement par la foi des religions ; 5) l’amour est défini selon la Vérité des religions, qui doit être accordé prioritairement à un Dieu abstrait et extérieur.
Définition revue et corrigée de ces concepts
1) la vérité est tellement vaste qu’aucune personne ou religion ne peut se vanter de la détenir ; 2) la foi naît au contact de la vérité ; 3) le pouvoir est entre les mains des êtres humains, non pas parce qu’ils sont Dieu, mais parce que le pouvoir leur a été donné afin de faire évoluer merveilleusement le grand-tout ; 4) le bonheur passe effectivement par la foi. Mais non pas par celle des religions, mais plutôt par une foi universelle accessible à tous ; 5) l’amour est universel. Le bonheur étant tributaire de la foi, qui est elle-même tributaire de la vérité, le plus grand amour serait de travailler à construire un monde plus vrai.
Qu’est-ce que la foi ?
Les religions ont défini la foi comme étant la croyance en : 1) un Dieu unique, omnipuissant, grand créateur, qui voit tout et qu’on doit adorer ; 2) la résurrection après la mort, où l’être humain peut se retrouver dans un lieu plus ou moins confortable, selon le nombre de bons ou de mauvais points qu’il a obtenus sur terre. Les croyants doivent étudier des textes anciens qui représentent la parole de Dieu et du prophète. Ils doivent se conformer aux enseignements qui s’y trouvent et, en règle générale, ne pas les remettre en question.
Mais il est impossible que la foi corresponde à cette définition. La foi, c’est la confiance sans la certitude. En spéculant sur des incertitudes (la nature exacte de Dieu et ce qui arrive après la mort), les religions altèrent la définition même de la foi. En définissant un Dieu qui récompense et punit, les religions font du chantage, et la confiance ne peut pas naître dans le chantage. En interdisant la réflexion et la remise en question, les religions empêchent le processus de naissance de la foi.
La foi doit plutôt se définir comme suit. C’est de croire et d’avoir confiance que de s’investir dans sa vie personnelle et de se réaliser personnellement, n’est pas fait en pure perte, que cela sert à quelque chose, que chacun de nous a un rôle à jouer dans l’évolution de la beauté du grand-tout. Cela se réalise sans la certitude, donc sans savoir ce qui arrive après la mort, ni connaître la nature exacte de Dieu. En fait, s’il existait une raison pour laquelle ce qui arrive après la mort n’est pas connu, ce serait justement pour qu’on acquière la foi.
La foi s’acquiert quand on vit dans un monde vrai et beau, qui nous rassure, nous met en confiance, nous aide à prendre de bonnes décisions et nous aide à être heureux.
On voit donc que la vérité est essentielle pour acquérir la foi. En effet, comment voulez-vous que les gens aient le goût de s’investir dans un monde qui est faux ? Comment voulez-vous qu’ils soient heureux quand on les induit en erreur et qu’on les enligne sur de fausses pistes ? Comment voulez-vous que les gens voient la beauté dans ce monde,quand leurs leaders politiques et économiques leur mentent et font la guerre ? Comment voulez-vous que les gens prennent de bonnes décisions dans leur vie, quand le pouvoir politique et économique créent de faux liens dans leur tête, quand ce pouvoir fait tout pour qu’ils restent en dépendance face à eux, - endettement, jeu, consommation, alors que les gens seraient bien plus heureux s’ils jouissaient de plus de temps et d’autonomie ?
Qu’est-ce que la vérité ?
Les religions nous font croire en une vérité abstraire qu’elles seules possèdent. Mais la vérité, c’est d’abord et avant tout la vérité telle qu’on la connaît dans notre vie de tous les jours. Celle qui repose sur l’observation ou sur les faits. Si le crayon est sur la table, c’est qu’il n’est pas dans le tiroir. J’ai passé l’après-midi au bureau, je n’étais donc pas à l’école. Dans un sens plus large, c’est aussi les qualités qu’on retrouve chez les gens vrais : sincérité, franchise, transparence, honnêteté. C’est l’engagement personnel et individuel de gens qui, selon leurs moyens, petits ou grands, tentent sincèrement de construire un monde meilleur.
Dans nos vies personnelles, nous avons évidemment tous nos jardins secrets, mais le plus grand mensonge est sans doute de se mentir à soi-même.
On voit donc que les religions nous induisent en erreur : elles nous disent que la vérité est figée dans des livres anciens, alors que la vérité est concrète et devant nous. Cela fait partie de la mission de chacun d’entre nous de se battre pour construire un monde plus beau et plus vrai.
Qu’est-ce que le pouvoir ?
Dans le monde des êtres vivants, on peut dire qu’il existe deux sortes de pouvoir : celui qui naît de la force physique, et celui qui naît de l’intelligence. C’est ce dernier qui distingue principalement l’homme de l’animal. Le pouvoir s’exprime à différents échelons de la société : il y a le pouvoir individuel, politique, religieux, médiatique, etc. mais tout cela n’est qu’une seule et même chose : le pouvoir.
En étudiant l’évolution de la vie sur terre, on se rend compte que le grand-tout, à travers la vie, veut grandir, devenir plus puissant. Il y a 65 millions d’années, la vie s’est développée à travers des êtres extrêmement forts physiquement. Cette forme ne devait pas être la meilleure façon pour le grand-tout de s’épanouir, car elle n’a pas survécu. Il essaie maintenant par un autre moyen : par une délégation de son pouvoir à des êtres intelligents. Cette forme semble avoir un grand potentiel, mais elle a le défaut de ses qualités. En effet, le pouvoir né de l’intelligence permet l’abrutissement. En d’autres termes, la puissance de certains individus leur permet de décerveller, d’abrutir les autres. Ce qui fait que tout le potentiel collectif du pouvoir de l’intelligence se trouve à être anéanti. Il faut donc dénoncer le pouvoir des grands qui n’est pas constructif.
Individuellement, on ressent le pouvoir quand on est en plein contrôle de ses moyens. Cela survient quand on est en possession de la vérité, qu’on sait quelles décisions prendre, qu’on ne se fait pas manipuler ni par des pouvoirs extérieurs directs ou indirects (inconscient collectif), ni par nos pulsions internes. Ce sentiment de puissance fait grandir la foi.
Qu’est-ce que le bonheur ?
Le bonheur est un état propre à chacun, mais il peut difficilement exister dans un monde faux et sans amour.
Qu’est-ce que l’amour ?
L’amour est universel et essentiel au bonheur des êtres humains. Les religions nous parlent de l’amour d’un Dieu abstrait et extérieur à nous. À quoi sert cet amour, si ce n’est pour renforcer le pouvoir des religions, par l’adoration du Dieu tel qu’imaginé par celles-ci ?
L’amour n’est pas ce qui distingue principalement l’homme de l’animal. Les animaux sont eux aussi capable d’aimer. Ils le font même mieux que les êtres humains, car comme ils sont moins intelligents et communiquent moins facilement qu’eux, ils sont moins capable de mentir, manipuler et faire souffrir les autres.
L’amour inconditionnel est beau. Mais aimer le faux ne revient-il pas à encourager le faux ? Si tel est le cas, cela voudrait donc dire que le véritable amour est d’aimer le vrai, et de l’encourager par la construction immédiate et concrète d’un monde plus beau et plus vrai.
Par ce texte, l’auteur de ces lignes ne prétend pas détenir la vérité, mais la rechercher avec sincérité. Il ne dit pas que les religions ne renferment pas de vérités, mais plutôt qu’elles ne représentent pas LA vérité. Il est influencé par son environnement et sa propre expérience personnelle.