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Paul-Émike L’Heavy
Incommodité résonnante

mercredi 7 février 2007

La nature a horreur du vide. Qu’un espace se crée, il est aussitôt occupé. Les très légitimes préoccupations de la population à l’égard des dérives des accommodements déraisonnables ont généré un vaste espace de questionnement, que nos politiciens et décideurs, incertains du parti à prendre qui favoriserait le mieux leur parti, ont laissé vacant. Ce qui devait arriver arriva : le premier imbécile venu s’est emparé du terrain, a obtenu de facto une visibilité dont la démesure n’a d’égale que celle de son crétinisme, et a fatalement donné le ton aux discussions entourant cette importante question, tel un bruiteur qui donnerait le « la » à l’orchestre.

Le sujet méritait d’être abordé avec beaucoup plus d’intelligence. Cette question est celle d’un équilibre délicat entre les droits individuels, d’une part, et d’autre part, la cohésion sociale, qui exige le respect et le partage d’un certain nombre de valeurs non-négociables. Tracer une frontière entre ces deux notions indispensables relève de la fine chirurgie, car la ligne doit être nette, juste et profonde. Or, en lieu et place d’un chirurgien muni de son scalpel aiguisé, c’est un bûcheron avec sa hache ébréchée qui se présente à la salle d’opération. L’image est à peine métaphorique : l’énergumène ne s’est-il pas vanté, sur le plateau de Tout le monde en divague, d’habiter un trou perdu dans le bois pour avoir la paix ?

Résultat : le débat dérape dans la fange poisseuse de l’ignorance et des préjugés, tous les tarlas publics se déchaînent, les plus mal équarris de nos concitoyens montent au créneau et occupent le front d’une aile à l’autre, le conseil municipal d’un camp de bûcherons met les gants de définir l’identité québécoise, et nous passons encore une fois pour une bande de racistes arriérés aux yeux de la planète entière. Brrra-vvvo ! - comme dit l’autre.

Mais il y a pire.

Dans un contexte où la laïcité des institutions doit plus que jamais être défendue, et où chaque accommodement consenti à des intégristes constitue une brèche irrécupérable à ce principe essentiel pour la modernité et la démocratie, ce sont les plus impotents qui gardent le fort, le deuxième rang tirant dans le dos du premier, et le troisième dans le dos du deuxième. En face, on peut bien ricaner, où on n’a qu’à ramasser les fusils et les munitions ainsi stupidement fournis, pour ensuite les retourner contre nous.

Mais ne blâmons pas trop ceux qui, à défaut de faire preuve d’intelligence, montrent au moins de l’initiative - et de l’instinct. Car ce qu’ils sentent confusément, et expriment si maladroitement, est fondé, au moins partiellement, sur la légitime préoccupation envers la protection de nos valeurs égalitaires, démocratiques et laïques.

Blâmons plutôt ceux dont c’est le premier devoir d’assurer cette protection, les gouvernants, d’être restés bras ballants lors du débat - trop risqué aux yeux de leurs conseillers électoraux. C’est à leur lâcheté que nous devons aujourd’hui de patauger dans ce marais pestilentiel qu’ils ont laissé croupir. Tâchons au moins de le leur reprocher en temps utile...

Dans l’intervalle, saluons la suggestion de Louis Bernard d’instituer une commission d’enquête pour rendre compte de l’état des lieux en la matière, et pour entendre les opinions - espérons-le : articulées et mesurées - sur cette grave question.

Paul-Émike L’Heavy




Réactions

  • Patriotisme
    12 février 2007, par Paul-Émike L’Heavy
    24.200.41..***

    Si le patriotisme consiste à véhiculer les plus imbéciles des préjugés racistes, s’il doit, pour s’exprimer, couvrir de honte le peuple qu’il prétend célébrer, s’il doit se donner pour porte-parole un sinistre ignorant mal dégrossi qui prend panique au fond de son trou en découvrant soudain que le monde s’étend au-delà de son bois d’épinettes, alors de quelle patrie parlons-nous ? Ce n’est pas le Québec que je vois. Ce Québec-là appartient à un autre millénaire, heureusement révolu.

    Les morrons font partie du peuple, mais, ne vous en déplaise, les autres aussi, que vous qualifiez d’intellectuels. C’est trop en mettre. Pas besoin d’être intelllectuel pour voir qu’André Drouin et son maire sont de pauvres demeurés, juste à pas être morron soi-même suffit amplement.

    Un peu comme moi, vous attribuez le mérite à ces demi-sauvages d’avoir déclenché la discussion. Sauf que vous applaudissez, alors que moi, je déplore qu’il ait fallu attendre que ceux qui n’ont rien à dire se mettent à élucubrer, pour enclencher le processus. Car il est bien évident que, s’ils ont su souligner le problème, ce ne seront pas eux qui vont en trouver la solution, avec leur loufoque « code de vie » et leur position de repli fœtal sur leur embryon d’identité.

    Mais rassurons nous. Charest a fini par comprendre, et a nommé Gérard Bouchard et Charles Taylor pour présider la commission d’enquête chargée de dégager les grandes lignes de ce que souhaite l’ensemble du peuple québécois - pas seulement les morrons finis ou les intellectuels - en cette matière.

    Ceux qui, comme moi, espèrent que nos valeurs d’égalité, de démocratie et de laïcité prévaudront sur des accommodements inacceptables consentis à ce que les religions ont de plus dépassé, voudront que le combat soit mené de façon efficace - donc : intelligente - par notre camp, car le camp d’en face marque déjà des points, et pas plus loin qu’à Hérouxville même, si ça se trouve. Grâce à qui ? Merci, M. Drouin. C’est beau. OK. Vous pouvez retourner à votre godendard, chanter hamougna-han-han. On s’occupe de la suite des choses. On vous gossera un beau gros monument en bouleau, si on l’emporte.

    Car il n’est pas, vraiment pas indiqué d’abandonner aux crétins le soin de défendre notre identité. Des fois qu’elle leur ressemblerait, à la fin ? Non merci.

    Paul-Émike L’Heavy

  • > Incommodité résonnante
    12 février 2007, par DALTON
    216.208.20.***

    Que ce soit une bande de bûcherons , qui est activée le débat ce qui semble déplaire aux intellos de mes deux , le questionnement existentiel québécois est établi et devra éventuellement être fait .

    La cause est déja connu et c’est cette promotion d’un multiculturalisme canadien qui met l’emphase sur la différence plutôt que sur l’identité nationale .

    Bravo Hérouxville , vous venez de donner une leçon de patriotisme existentiel à la gogoche intellectuelle métropolitaine .



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