Jean Beaulieu
Quand l’information tourne au voyeurisme
vendredi 5 janvier 2007
Connaissez-vous Myriam Bédard ? Si vous ne la connaissez pas, vous ne devez pas vivre sur la même planète que moi. Myriam est partout dans les médias. Est-elle une terroriste qui planifiait un attentat ? A-t-elle inventé un médicament universel contre le cancer ? Rien d’aussi spectaculaire, Myriam a enlevé son enfant.
En manque de gros titres, les journalismes s’acharnent sur cette histoire d’enlèvement d’enfant. Histoire banale si ce n’est le fait que Myriam Bédard a été championne olympique, qu’elle a fait des déclarations controversées lors de son témoignage relatif au scandale des commandites et que son conjoint est pour le moins particulier.
Toute l’affaire est scrutée à la loupe, chaque comparution, chaque parole, chaque déplacement. Quelle est donc la valeur de toutes ces informations ? Peut-on appeler ça une nouvelle ? Bien sûr que non. On tombe dans le voyeurisme pur et simple. Il s’agit presque d’une émission de téléréalité de mauvais goût. Croyez que le cas est unique ? Malheureusement non. Dans une société où les chaînes de nouvelles diffusantes 24h/24 pullulent, les médias se jettent sans vergogne sur des faits divers impliquant des personnalités d’hier et d’aujourd’hui pour meubler les bulletins de nouvelles, les journaux et les magazines. Ce que l’on retrouvait hier dans des journaux tels que l’écho vedette se retrouve aujourd’hui à la télévision d’état. On a troqué la qualité pour la quantité. On est toutes victimes du « Supersize me » de l’information.
La politique n’y échappe pas. Quand ce n’est pas des histoires de cigares dans le bureau ovale de la maison blanche, c’est les histoires de cœur de Belinda Stronach. Le scandale des commandites ressemblait à un téléroman. Pendant ce temps, l’Afrique meurt à petit feu, des enfants meurent de faim, des grandes découvertes sont passées sous silence parce que ça ne fait pas vendre. Lorsque le journalisme est là pour le profit, comment pouvons être bien informé en toute objectivité ? Je ne crois pas que ce phénomène disparaisse de sitôt. On n’a qu’à voir la popularité des émissions de téléréalité pour en conclure que le voyeurisme est profondément encré dans l’être humain.
Christian Charron écrivait su ce site l’importance de la vérité. J’ajouterais à son commentaire l’importance de choisir les vérités qui valent la peine d’être révélées.
Jean Beaulieu
-
La stratégie des médias : parler de choses insignifiantes
Vous avez tout à fait raison M. Beaulieu.
La stratégie des médias, c’est que quand on parle de choses insignifiantes, on ne parle pas des choses qui dérangent.
Et pourquoi les médias agissent-ils ainsi ? Parce le pouvoir qui les contrôle est très près du pouvoir politique. Celui-ci a permis une concentration phénomale dans le monde des médias, alors il faut renvoyer l’ascenseur.
Les médias traditionnels font juste semblant de confronter les politiciens. Le pire, c’est que j’ai l’impression que les journalistes ne s’en rendent même pas compte, habitués qu’ils sont à suivre la ligne éditoriale qui vient d’en haut.
C’est ce qui explique le délire actuel. En ce moment, on a tout un défi devant nous : la pollution de la planète. S’il n’y a pas de journalistes pour réveiller la population, nous sommes fichus. Car il ne faut pas attendre après les politiciens pour bouger : tout ce qui les intéresse, c’est le pouvoir.