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Charron Christian
La liberté d’expression ou la vérité ? mardi 26 décembre 2006
Qu’est-ce qu’on doit défendre prioritairement dans notre société, la liberté d’expression ou la vérité ?
C’est la vérité assurément. C’est elle qui nous permet de prendre des décisions en tant que société. Évidemment que la liberté d’expression doit être défendue. Mais notre priorité doit être la vérité. C’est important de faire la distinction. L’Iran, en organisant un forum qui remet en question l’existence de l’holocauste, exerce son droit à la liberté d’expression, et bafoue par la même occasion la vérité. Il nous prouve ainsi l’absurdité de faire passer la liberté d’expression avant la vérité.
Dans les années ’60, nous avons rejeté l’Église et sa Vérité. Mais ce n’est pas parce qu’on a réalisé que la Vérité de l’Église n’était pas vraie, que le concept du vrai et du faux n’existe pas. Ce n’est pas parce qu’on a réalisé que la Vérité de l’Église ne nous permettait pas de progresser en tant que société, que la liberté absolue va nous permettre de le faire.
La vérité s’entend de deux choses. Tout d’abord, la vérité qui repose sur l’observation ou sur les faits. Si le crayon est rouge, c’est qu’il n’est pas noir. J’ai passé l’après-midi au bureau, je n’étais donc pas à l’école. Mais la vérité peut s’entendre aussi dans un sens large, c’est-à-dire la recherche d’un idéal. Par exemple, quel système démocratique et économique nous permettrait de construire un monde meilleur ?
Nos réalisations techniques sont de loin supérieures à nos réalisations sociales et politiques. Pourquoi ? Parce que la science utilise la vérité comme premier critère pour se construire, contrairement à la politique et à la société dans son ensemble. Si la science se basait sur la liberté, elle serait un véritable capharnaüm et nous serions encore à l’âge de pierre.
Recherchons et défendons donc la vérité comme valeur de progrès pour la société, prioritairement à la liberté d’expression.
www.christiancharron.com
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> La liberté d’expression ou la vérité ?
12 octobre 2007, par tiso82.231.92..***
Gustave Lebon a écrit : de la confusion entre la vérité et la certitude sont nés les plus grands conflits de l’histoire, les peuples se passent facilement de vérité, ils ne peuvent vivre sans certitude, la simple certitude est une croyance, la vérité est une connaissance, toutes les illusions sont facilement acceptées par les foules et du fait qu’elle devient collective une illusion acquiert la force d’une vérité.
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La liberté d’expression au service de la vérité
Réponse à M. Perry,
Je ne dis pas que la liberté d’expression n’est pas nécessaire, je dis simplement que la liberté d’expression pour la liberté d’expression n’est pas constructive.
Pour qu’elle le soit, elle doit viser un but : la vérité dans son sens large. Cela veut dire : vérité selon les faits et l’observation, et désir franc et sincère de trouver des solutions pour construire un monde meilleur.
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> La liberté d’expression ou la vérité ?
Permettez monsieur Charron que nous poussions un peu plus loin votre raisonnement.
Dans l’ordre métaphysique des choses, la vérité est transcendante à la liberté d’expression, il n’y a aucun doute dans mon esprit à ce propos. En conséquence si la vérité transcende la liberté d’expression au plan métaphysique, c’est qu’elle est suprême.
Une fois que nous avons admis ce principe de base, la question qui se pose réellement dans la problématique que vous exposez avec justesse monsieur Charron devrait peut-être se lire de la manière suivante : Comment la vérité peut-elle émerger sans liberté d’expression ?
La vérité a beau occuper une place de suprématie dans l’ordre des choses au plan métaphysique, mais si la liberté d’expression n’existe point, il devient alors impossible de rechercher cette vérité, de la confronter, de la questionner, de la dire, de l’écrire, de l’écouter ou de la lire.
Alors que sert à la vérité d’occuper un rang suprême au plan métaphysique si dans l’ordre pratique des choses elle est inaccessible ?
Normand PERRY
L’auteur est philosophe, également chroniqueur à Webzine Québec-Politique et à Vigile.
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Libre d’abord, responsable ensuite.
29 décembre 2006 24.200.64..***
Bonjour M. Charron
Je suis de ceux qui sont descendus dans la rue en février dernier, non pas pour appuyer les personnes qui ont dessiné les caricatures de Mahomet, geste que je considère discutable, mais dans le but de m’opposer à ceux qui venaient manifester là pour nier le droit à la libre expression, en voulant lui donner un cadre à leur convenance. Selon moi, il n’appartient à personne de fixer les limites de la liberté d’expression d’un autre - encore moins du monde entier ! Ce n’est pas négociable. Et j’ajouterais que le pire moment pour se taire, c’est quand on vous l’ordonne.
En ce qui a trait à un éventuel procès de Bush (un peu hors-sujet, si je peux me permettre), j’ai confiance que les institutions démocratiques américaines sauront faire toute la lumière si nécessaire. N’oublions pas que, voilà pas si longtemps, c’est grâce à la liberté de presse en vigueur aux États-Unis que deux journalistes du Washington Post ont pu démasquer Richard Nixon, et, ultimement, aboutir à sa destitution. On n’aurait pas pu voir ça en Irak du temps de Saddam Hussein. Ce même Saddam qui sera très bientôt pendu pour ses crimes, condamné par les autorités démocratiques irakiennes, dont l’élection a été rendue possible on sait comment.
Comme vous, je suis assoiffé de vérité. Mais cela ne me fait pas craindre le mensonge au point de vouloir éradiquer son existence. Tout d’abord, c’est évidemment impossible. Ensuite, qui aurait le droit de faire le tri ? Et finalement, n’oublions pas que c’est lorsqu’elle est placée en face du mensonge que la vérité devient le plus éclatante.
Laisser à des imbéciles le droit de dire des sornettes, et à des perfides l’opportunité de tenter de fausser les faits, est le prix à payer pour permettre à des innovateurs de faire progresser la société.
Car le progrès n’est toujours pas achevé.
Paul-Émike L’Heavy
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> La liberté d’expression ou la vérité ?
Réponse à M. L’Heavy,
Effectivement, la vérité naît de l’échange et du débat, et la liberté d’expression en permet l’émergence.
Prenez note que je n’écris jamais la vérité avec un grand V. Parce que la vérité est tellement vaste qu’aucun humain ou religion ne peut prétendre la connaître.
Le problème aujourd’hui, c’est que notre société n’utilise pas la vérité comme premier critère pour se construire. J’incluerai d’ailleurs dans la définition élargie que j’en donne : le désir franc et sincère d’améliorer les choses.
On défend plutôt la liberté d’expression pour la liberté d’expression. Pourquoi ? Parce que beaucoup de gens dans notre société ne sont pas intéressés à connaître la vérité, ce qui, soit dit en passant, ne date pas d’hier.
Comment se fait-il qu’on descende dans les rues pour défendre ceux qui ont publié des caricatures de Mahomet, et qu’on ne le fasse pas pour demander un procès à Bush ? La démarche de ceux qui ont publié ces caricatures était-elle constructive ? Infiniment moins que de demander à savoir si Bush a menti aux Américains pour justifier une guerre en Irak qui a fait des milliers de morts !
La société est fausse, et on ne peut pas espérer qu’elle se construise dans la fausseté.
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La vérité naît de la liberté d’expression
M. Charron
Vous avez fait la distinction entre la vérité objective, qui repose sur des faits et qui sert la science, et la vérité philosophique, qui repose sur la morale et qui sert la pensée. Je considère que cette distinction fondamentale doit demeurer, et que conséquemment, on ne peut exiger de l’une qu’elle porte les attributs de l’autre.
La morale ne se prouve pas. Je n’adhère pas au relativisme béat qui nivelle toutes les pensées au nom d’un égalitarisme naïf, mais d’autre part, qui peut décréter quelle est la Vérité ? Celle-ci ne peut émerger que grâce à la réflexion, mais aussi l’échange et le débat. Elle ne peut donc précéder la discussion, puisqu’elle en est la conséquence. La décréter d’office équivaudrait à la tuer dans l’œuf.
Seule la liberté d’expression permet cette gestation de la vérité, dont elle est la mère. Un penseur solide n’a pas à craindre les inévitables errances que cette liberté peut parfois autoriser. Car il demeure toujours libre de réfuter - ce qui n’aura pour effet, après tout, que de renforcer sa thèse, au bout du compte.
La liberté d’expression comporte certes des risques. Mais on ne peut espérer cheminer vers la vérité sans jamais faire un seul faux pas. Vouloir baliser d’avance cette route revient à prétendre qu’on en a déjà trouvé l’aboutissement, et se fonder sur cela pour bannir toute antithèse n’est autre chose que de la dictature. Laissons cela aux totalitaires frileux de tout acabit : ils ont largement fait la preuve de la nocivité d’une Vérité sous contrôle. Que sont les risques inhérents à la liberté d’expression, comparés à la certitude de l’intolérance ?
Ceci dit, pour ce qui est de l’exemple que vous donnez, cette obscène conférence sur l’Holocauste, il n’y a pas grand danger : seuls des négationnistes convertis y trouveront leur compte. Toute personne sensée ne pourra que ressentir un haut-le-cœur devant ce spectacle abject. Mais il faut les laisser dire, on réfutera par la suite - et cette fois, objectivement, preuves à l’appui ! Les faire taire, outre que c’est impossible en pratique, reviendrait à leur donner le beau rôle, leur fournir les « preuves » du « complot » contre « la vérité ». Ils ne manqueront pas de le clamer. Ne leur rendons pas ce service. Surtout pas au prix supplémentaire du baillonnement de toute thèse divergente qui pourrait émerger, sur quelque sujet que ce soit.
L’évolution n’est pas terminée, il reste beaucoup de chemin à faire. Ne nous amputons pas des jambes par simple peur de trébucher.
Paul-Émike L’Heavy
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