Rouleau Serge
L’industrie agricole est en crise.
dimanche 17 décembre 2006
Laurent Pellerin, le président de l’Union des Producteurs Agricoles (UPA), prétend que l’agriculture québécoise est en crise. Il en impute la responsabilité à la mondialisation. Selon l’UPA le gouvernement doit imposer des tarifs à l’importation de produits agricoles en provenance de pays n’ayant pas les mêmes normes environnementales que le Québec.
L’industrie agricole québécoise, à l’instar de celle de tous les pays développés, est déjà hyper-protégée. Son manque de compétitivité découle avant tout d’un interventionnisme archaïque de l’état qui n’a plus sa raison d’être dans une économie mondialisée.
Le système de gestion de l’industrie laitière mis en place au Canada et au Québec est un excellent exemple des effets néfastes de l’interventionnisme, bien intentionné mais mal avisé, de l’état.
En imposant un prix pour le lait au-dessus de la valeur du marché le gouvernement appauvrit les Québécois au rythme de plusieurs centaines de millions annuellement. Les effets de cet appauvrissement sont d’autant plus sévères que le consommateur est pauvre. De plus, cette politique qui a pour objectif de garantir un revenu suffisant aux agriculteurs, est devenue une embûche plutôt qu’un soutien.
L’intervention du gouvernement a rompu l’équilibre qui aurait normalement existé entre l’offre et la demande pour le marché du lait. Le prix étant fixé au-dessus de celui du marché le gouvernement doit imposer des quotas - limite de volume de production - pour éviter les surplus. Dans un marché libre les prix auraient baisé ou augmenté jusqu’à ce que l’offre égale la demande sans que les gouvernements n’aient à s’en mêler.
L’agriculteur qui désire produire du lait doit acquérir des quotas. Un quota représente environ un kilo de gras laitier par jour. C’est le volume de gras produit par une bonne vache laitière. La valeur d’un quota est représentée par la différence entre les coûts de production, incluant un profit raisonnable, et la valeur marchande d’un kilo de gras. La valeur marchande est artificiellement gonflée dû au fait que le gouvernement impose un prix minimum plus élevé que les coûts de production. Ainsi, la valeur d’un quota atteignait 33 000 $ à la fin de l’été 2006.
Les problèmes générés par le système de gestion de l’industrie laitière imposé par les gouvernements sont nombreux et importants :
La valeur des fermes laitières est artificiellement gonflée par la valeur des quotas. Ainsi, une ferme possédant trente vaches laitières coûte aujourd’hui 999 000 $ (30X33 000$) de plus que sa valeur productive.
Les jeunes intéressés par l’agriculture n’ont pas les moyens financiers requis pour s’acheter une ferme. Souvent, le propriétaire préfère vendre sa ferme à un étranger à gros prix plutôt que de la céder à son fils à rabais.
L’UPA milite en faveur d’un prix du lait toujours plus élevé justifié sur la base que le prix des fermes augmente constamment. Les agriculteurs sont pris dans un cercle vicieux : le prix du lait, artificiellement gonflée, augmente d’autant la valeur des quotas et par extension celle des fermes. Donc, le prix du lait doit augmenter de nouveau pour rentabiliser l’investissement de l’agriculteur.
Le Canada maintient des tarifs à l’importation des produits laitiers étrangers exorbitants pour protéger les prix artificiellement élevés des produits canadiens. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’OMC oblige le Canada à abandonner son système de fixation des prix. Pour ce faire le gouvernement devra racheter les quotas acquis de bonne foi par les agriculteurs. En 2005 il y avait 291 096 quotas répartis parmi 7 376 producteurs agricoles au Québec. Le rachat de ces quotas au prix du marché représente plus de 8 milliards de dollars.
En faussant les règles du marché, le gouvernement appauvri les Québécois en les obligeant à payer les produits laitiers plus qu’ils ne valent. De plus, pour régler les problèmes découlant de cette intervention mal avisée, les contribuables québécois devront payer des milliards de dollars en compensation aux agriculteurs dans un futur plus ou moins rapproché.
Malheureusement, le marché du lait ne représente qu’une partie du problème de l’industrie agricole canadienne et québécoise. Les interventions des gouvernements dans les marchés du sirop d’érable, de la volaille, des œufs, du porc, ont aussi artificiellement gonflé les coûts de ces produits au détriment des agriculteurs et des consommateurs. Les contribuables devront encore une fois payer des milliards en compensation aux producteurs pour régler des problèmes créés de toute pièce par des politiciens plein de bonnes intentions.
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> L’industrie agricole est en crise.
Bonjour,
Je ne vois pas ce qu’il y de mal à faire en sorte que les producteurs de lait obtiennent un prix juste et équitable pour leurs produits. Surtout que, du fait que toute la filière est règlementée, les consommateurs arrivent à payer un prix tout à fait compétitif pour leurs produits laitier en comparaison au système complètement anarchique du libre marché américain, où ce sont les différents intermédiaires qui empochent les profits. Il n’y a pas que dans le café que l’on doit parler de marché équitable. Imaginez vous, avec nos contraintes climatiques et environnementale, si l’on s’en remettais au libre marché, ce serais la fin de l’industrie laitière au Québec en peu de temps sans pour autant en retirer aucun bénéfice au consommateurs. Quand au prix du quota, il constitue une sorte de franchise comme pour un Tim Horton ou un McDo, c’est de la régie interne pour les producteurs. Ce n’est pas non plus de la responsabilité des gouvernement d’en garantir la valeur. Il est vrai que sa valeur est trop élevée mais c’est une preuve de plus que les alternatives de diversifications dans d’autres secteurs agricoles est limitée. L’inflation du prix des quotas est d’ailleurs un problème que les producteurs de lait s’emploient à résoudre présentement.