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Normand Perry
Les détails où se dérobe le diable...

samedi 7 octobre 2006

En ce beau dimanche matin où en bien des endroits du monde des prêches de type divin sont livrés à des foules en attente de bonnes nouvelles, mon sermon matinal risque fort bien de faire penser à l’ange cornu ( pour ne pas dire la bête noire ) du PQ en période électorale : l’idéal souverainiste.

André Boisclair a serré la main du diable et en a prit peur.

A chaque fois qu’un chef du PQ a fait cette rencontre au cours de l’exercice de son règne, une belle théorie fut inventée pour combattre ce fléau diabolique :

- Le beau risque de René Lévesque
- L’affirmation nationale de Pierre-Marc Johnson
- Les conditions gagnantes de Lucien Bouchard

Depuis jeudi le 5 octobre 2006 ce sont « les réalités politiques » qui doivent aller au-delà de l’analyse fine, affirmait cette semaine André Boisclair, lors d’une réunion des députés péquistes à Rivière-du-Loup, pour préparer la rentrée parlementaire.

Au cours de la campagne à la chefferie culminant à sa victoire de novembre 2005 et subséquemment jusqu’à ces affirmations du chef péquiste, André Boisclair a constamment plaidé une allégeance sans faille à l’endroit du programme du PQ, adopté au dernier Congrès de juin 2005.

Alors qu’une élection anticipée semble devenir inévitable cet automne, certains éléments du programme du PQ prennent soudainement des allures de démons qu’il faut à tout prix exorciser, « réalités politiques » obligent paraît-il.

Et au nom de quoi André Boisclair prend-il ses distances en regard du programme du PQ à l’approche de ce scrutin général, se demandent certains membres de la communauté journalistique présente à Rivière-du-Loup ? « Je suis étonné devant toute l’énergie que vous consacrez à des détails » a-t-il déclaré, quelque peu exaspéré de répondre à des journalistes qui ne font que leur travail, soit dit en passant.

Des détails ? Ma foi du bon Dieu le mode d’accession à la souveraineté du Québec, dont fait état le programme du PQ de manière très précise, serait-il le diable dont aurait soudainement peur le chef péquiste ?

Par surcroît, il jette sur le dos des libéraux l’odieux de son écart de conduite saugrenu, quoique la chose ne surprenne guère tout observateur des conduites très souvent incohérentes de Boisclair en regard de la question nationale. Selon lui, les libéraux ont le fardeau de la preuve en ce qui regarde les « conditions gagnantes » qui devraient être réuni, afin que le Québec puisse adhérer à la constitution canadienne (sic !). Mais au nom de quel principe un chef d’un parti indépendantiste au Québec plaide-t-il pour une adhésion du Québec à la constitution canadienne ?

Ce n’est pas une volte-face dont nous sommes témoin, mais carrément une fuite à l’Anglaise. Si personne ne se met au travers du chemin de Boisclair, le Parti québécois deviendra le champion de la cause du renouvellement du fédéralisme canadien. Il y a bien toujours des maudites limites aux entourloupettes et sophismes de ce genre au PQ !

André Boisclair s’est plus d’une fois formellement engagé à respecter intégralement le programme de son parti en matière de souveraineté et d’accession à celle-ci. La "réalité politique" d’une élection générale sous peu ne doit en aucune manière devenir la dernière trouvaille du siècle pour donner prétexte au chef péquiste de manquer à ses promesses et devoirs. Si Boisclair fut élu par une majorité de membres au premier tour lors de son couronnement en novembre 2005, c’était avec des engagements solennels face à ses commettants qu’il est arrivé bon premier, loin devant les autres au fil d’arrivé.

Faire autre chose aujourd’hui c’est trahir ceux et celles qui lui ont alors fait confiance en novembre 2005, tout en pervertissant l’idée maîtresse qui fait exister le PQ : l’accession de la nation québécoise au statut de pays souverain.

Que l’on se comprenne bien : je ne voterai pour rien d’autre que cela à ce prochain rendez-vous électoral, quitte à annuler mon vote si aucun parti politique du Québec ne le promet formellement et solennellement. Et je suis même prêt à combattre le PQ s’il présente une version diluée du projet souverainiste tel que prôné par le programme de ce parti.

La dilution de cette idée fondamentale du PQ par une fallacieuse "réalité politique" n’est rien d’autre qu’une peur injustifiée d’un diable dont certains chefs du PQ ont eu à payer un prix élevé dans le passé. Parlez-en à Pierre-Marc Johnson ou Lucien Bouchard, ils en savent sans doute quelque chose. N’est-ce pas un curieux hasard que l’actualité nous les ramènent si souvent à l’avant scène par les temps qui courent ?

Normand Perry


Philosophe et

chroniqueur à Vigile et Webzine Québec-Politique

Dimanche le 8 octobre 2006






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