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Robert Deragon
Cette chimérique troisième voie

mercredi 10 mai 2006

Les vieux cultes ont la vie dure. Et les prêtres qui professent l’adoration à ce culte de la « troisième voie » refont surface périodiquement, et trouvent aussitôt dans leur sillage une nouvelle génération de fidèles prêts à les écouter et à les suivre, vers la terre promise du fédéralisme renouvelé. Comme ces alchimistes médiévaux qui cherchaient la pierre philosophale, ils vénèrent les politiciens qui leur promettent de transmuter la constitution plombée héritée de Trudeau, en charte dorée qui permettra au Québec de réintégrer la grande famille canadienne.

Il faut vraiment être aveuglée par la foi pour croire qu’il existe une réelle possibilité que le Canada anglais offre aux Québécois des changements constitutionnels du calibre que ceux qui étaient inclus dans l’Accord du lac Meech, et qui de l’aveu même de son promoteur le plus ardent, Robert Bourassa, constituaient les conditions les plus minimales et les plus modestes pour signer la Constitution de 1982. On se souvient trop bien, à l’extérieur du Québec, du psychodrame qui a caractérisé ces négociations pour ne pas rejeter sans plus d’états d’âme, toutes les propositions de remettre le dossier constitutionnel sur les planches à dessin. Paralysés par la peur de l’échec, les dirigeants actuels du parti libéral du Québec ne veulent pas en entendre parler. Ce parti, autrefois nationaliste et revendicateur, n’est plus qu’un ventre mou, sans idéal, qui s’empiffre d’idées à la mode et ne rêve pour le Québec que des hors-d’oeuvres que lui laisse Ottawa. On ne se surprend même plus de voir ce parti à quatre pattes, sous la table canadienne, s’émerveillant devant les miettes que laisse tomber le gouvernement fédéral à son intention. Pauvre Canada ! disait la vierge de Fatima ; pauvre Québec oui ! Jusqu’où es-tu prêt à t’agenouiller pour espérer que le Canada bénisse enfin tes aspirations ?

Comment en sommes-nous arrivés si bas pour qu’un laquais d’Ottawa, conservateur de surcroît, dirige désormais notre destinée ? Il fallait voir sa tête rayonnante, sa gueule toute ébaubie d’un bonheur inespéré, et agitant devant la galerie « l’entente historique » sur l’UNESCO. Une entente qui permet uniquement au Québec d’avoir un fonctionnaire en permanence au sein de la délégation canadienne. Quelle farce ! Cette entente n’aurait même pas fait l’objet d’une nouvelle dans les journaux il y a 30 ans. Comme disait de Gaulle, nous avons tellement pris l’habitude du recul et de l’humiliation, « à ce point qu’elle nous devient une seconde nature », que nous ne savons plus distinguer entre victoire et défaite, entre l’avancement et le recul.

Cette frange des Québécois, toujours à la recherche d’une chimérique troisième voie, nous paralyse. Tremblants de peur devant la perspective de l’indépendance, et dégoûtés à juste titre par l’aplatventrisme de Jean Charest, ces Québécois croient bien sûr posséder la solution pour réconcilier leur sainte trinité : modération, réalisme, et dignité. Pourtant, ils ne font que perpétuer le statu quo qu’ils rejettent, et consacrer notre minorisation qu’ils ne voient pas.

Cette troisième voie nous a mené, il y a vingt ans déjà, sur les rives d’un lac nommé Meech. Les rêves de réconciliation de beaucoup de fédéralistes s’y sont noyés. Depuis, la position canadienne à l’endroit du Québec n’a cessé de se durcir. Parfois lancé sur un ton doucereux, parfois sur un ton arrogant, le message brille par sa constance et sa clarté : il faut rentrer dans le rang ou partir. L’adoration à un vieux culte n’y changera rien.




Réactions

  • > Cette chimérique troisième voie
    11 mai 2006, par David Lépine
    67.68.235..***

    Et combien d’anges peuvent s’assoir sur la tête d’une épingle ?

    Pendant que nos nationaleux de tout acabit se bombent le torse sur la souveraineté ou la troisième voie, tout tranquilement le Québec perd son poids démographique et son économie traine sérieusement derrière le reste du Canada. Les débats constitutionnels ne contribueront en rien à l’amélioration de notre compétitivité, au taux d’investissement, à l’incitation à l’entrepreneurship et à tous les ingrédients qui nous rendront plus riche collectivement et qui fera que notre population va augmenter. Les immigrants sont attirés d’abord et avant tout par une économie génératrice d’emplois intéressants.



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