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Boucher Maxime
Le modèle des pays nordiques ou comment transformer la réalité afin d’arriver à ces fins.

jeudi 27 avril 2006

Dans l’actualité récente québécoise, plusieurs personalités, qui ont été outrés d’apprendre que certaines personnes pouvaient demander aux Québécois de faire preuve de lucidité, ont répondu au manifeste pour un Québec lucide en lancant leur propre manifeste en l’appelant "Pour un Québec solidaire". Puisqu’on ne peut vraiment changer les choses qu’en se faisant élire, ceux-ci ont aussi lancé leur propre formation politique afin de véhiculer leur message. La liberté d’opinion étant un des plus grands acquis de notre société, je respecte entièrement le fait qu’ils puissent avoir une opinion qui leur est propre. Toutefois, je trouve inacceptable que l’on puisse inventer des faits ou tronquer la réalité afin de promouvoir son opinion. Voyons donc ce qu’il en est des faits présenté dans leur manifeste.

Le Québec et sa dette

Les auteurs du manifeste pour un Québec soliaire ont décidé de plaider que la dette du Québec n’est pas un problème, surtout si on la compare avec celle des autres pays nordiques ! Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourquoi la rembourser alors !

"La dette du Québec représente 44% de son PIB. Elle se situe nettement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE et même des plus sociaux-démocrates d’entre eux, par exemple les pays nordiques."

En effet, la dette du gouvernement du Québec se situe à 44% de son PIB à laquelle il faut additionner la dette du gouvernement fédéral qui est d’environ 40% du PIB pour un joli total autour de 84%. Voyons donc ce qu’il en est maintenant des pays dits sociaux-démocrates et dits "nordiques". La Norvège, un pays d’environ 4.6 millions de personnes, possède un fond dans lequel le gouvernement verse les surplus budgétaire. Au début 2005, ce fond valait 149 milliards d’euros ou plus de 200 milliards de dollars canadiens (source : Le Monde). Nous sommes loin de l’endettement de 120 milliards du Québec dont parle les auteurs du manifeste. Ce surplus est d’ailleurs une bonne source d’explication lorsqu’on cherche à expliquer pourquoi les Norvégiens peuvent se payer ces programmes sociaux.

Voyons ce qu’il en est de la Suède ce pays soi-disant social-démocrate. Certes, ils ont un fort taux d’endettement qui résulte de la grave crise économique que ce pays a traversé au début des années 90. Aujourd’hui, le pays c’est sorti de la crise et pour cela, il a adopté plusieurs politiques. L’une d’elle, est le remboursement de la dette (source : Swedish Institute). Le gouvernement suédois a adopté une politique fiscal faisant en sorte que sur chaque cycle économique, celui-ci devra au moins dégager des surplus valant 2% du PIB afin de rembourser une partie de la dette. Il est donc étonnant de voir que les signataires du manifeste "solidaire" donne l’exemple de la Suède afin de prouver qu’il n’est pas important de rembourser la nôtre.

L’État omni-présent, la solution à tous les maux ?

Les signataires du manifeste "solidaire" adorent prendre en exemple les pays scandinave tout au long de celui-ci. Si je peux me permettre une opinion, je suis d’accord avec eux. Je trouve que ces pays ont su se moderniser suffisamment afin de faire face à la concurrence internationale et ont ainsi réussi à protéger leurs acquis sociaux. Il est donc plutôt étonnant de voir que ceux-ci peuvent prendre ces pays en exemple et ensuite conclure qu’il faut faire l’inverse de leur réforme.

Par exemple, une de leur suggestion est de "Renforcer les lois du travail, et combattre la disparité de traitement et les emplois précaires, à commencer par ceux que maintient l’État." Si on étudie d’un peu plus près les modèles scandinaves, on remarque par exemple que les danois n’ont pas droit à un salaire minimum. (source : Le Monde). Ils n’ont pas plus droit a de l’assurance chômage et ceux-ci changent d’emplois régulièrement. En effet, 30% de la main-d’oeuvre change d’emploi chaque année. Par ailleurs, le gouvernement n’assure pas de droit de grève à leurs travailleurs. Ceci étant dit, les Danois sont fortement syndiqués et ce sont les syndicats qui voient à la protection de leurs membres. Les auteurs du manifeste vont donc dans le sens contraire du Danemark en suggérant de renforcer les lois du travail.

De plus, les Suédois ne bénéficient pas plus d’un salaire minimum. (source : Le Monde) Leur gouvernement a aussi pris différentes mesures afin de rendre leur économie plus productive. Notamment :

"During the 1990s a number of goods and service markets were deregulated, including transportation, telecommunications and electricity. In some cases, this meant the dissolution of earlier government monopolies. Labor legislation was also adjusted to meet demands for greater flexibility." (voir source précédente sur la Suède)

Les auteurs du manifeste "solidaire" vont donc aussi dans la direction contraire du gouvernement suédois lorsque ceux-ci proposent un plus grand contrôle gouvernemental ou en voulant protéger les tarifs peu élevés d’Hydro-Québec. Bien sûr, la Suède s’est mérité son titre de social-démocrate à l’aide de d’autres politiques, mais ce n’était certainement pas en voulant exercer plus de contrôle de la part de leur gouvernement. Il est donc intéressant de voir que des auteurs d’un manifeste puissent se servir d’un pays en exemple pour ensuite dire qu’il faut aller dans la direction contraire.

Quel modèle suivre alors ?

Il est intéressant de voir comment une partie de la population québécoise s’attache à un modèle passéiste pour défendre une soi-disant redistribution de la richesse alors que tout ceux qui font mieux que nous en cette matière, le Japon, la Suède, la Norvège, le Danemark (source :United Nations Development Program) ont tous adopté les réformes que ceux-ci dénoncent. D’ailleurs, si on veut vraiment augmenter la redistribution de la richesse, il faudrait peut-être commencer par régler le problème du chômage à Montréal, nouvelle capitale canadienne du chômage (source : Statistique Canada). Les partisans d’un Québec souverain pourront argumenter autant qu’ils le veulent, mais un taux de chomâge de 3.1% supérieur à la moyenne nationale alors que notre économie n’est pas en récession ne se règlera pas avec quelques milliards récupéré lors d’un règlement sur le déséquilibre fiscal. Si les partisans d’un Québec Solidaire sont fiers d’une société créant autant de pauvreté, libre à eux. Pour ma part, je préférerais beaucoup plus une société qui prend les mesures nécessaires afin de faire face au futur. Juste pour le plaisir et puisque personne n’aime prendre les États-Unis en exemple, voici les objectifs que la Suède s’est fixé. (source : Swedish Institute)

"The goal of achieving balance in public finances was an important issue for the Social Democratic government, which also took steps to strengthen public finances in the long term. In 1996 it introduced a new budget process using a “spending limit” model to divide the State budget into 27 expenditure areas. In this model, Parliament sets limits both on overall expenditures and on each expenditure area. Uncontrolled expenditure increases are limited, because any new expenditure must be offset by cuts in the same area.

To gain further control of developments over time, two budget targets have been established. One is related to levels of overall public sector expenditures (expenditure ceilings). These ceilings are expressed in nominal terms and extend for three years into the future. The other target involves the ratio between public sector income and expenditures (savings targets). Over an economic cycle, public sector finances are expected to show a surplus equivalent to 2% of GDP.

The government also established two targets for the labor market : reduce registered unemployment to 4% by 2000 and increase labor force participation to 80% for people aged 20-64 by 2004. In 2003, registered unemployment averaged 4.9% and labor force participation 77.6%. Unemployment rose steadily during 2003 and most of 2004, reaching 5.8% in September."

Même les États-Unis de George W. Bush n’ont pas des objectifs aussi ambitieux. Alors, pourquoi est-ce que la Suède s’est fixé de tels objectifs et a réussi à les atteindre ? Parce que sans richesse, il n’y a rien a redistribuer. Je ne suis pas contre avoir un débat intéressant sur l’avenir du Québec, je crois que celui-ci est important et urgent. Par contre, afin d’avoir un débat constructif, il serait préférable d’éviter de tronquer la réalité ou de jouer à l’autruche et donc d’avoir un esprit lucide.

Maxime Boucher, étudiant gradué, université McGill




Réactions

  • > Le modèle des pays nordiques ou comment transformer la réalité afin d’arriver à ces fins.
    1er mai 2006, par David Lépine
    67.68.243..***

    Attention M. Boucher, vous allez vous faire excommunier par les ’’socialeux’’ et la puissante industrie de la pauvreté québécoise.

    Ils vont nier vos chiffres et en produire prouvant le contraire de ce que vous illustrez si bien dans votre exposé.

    Ne perdez pas votre courage, vous avez raison et de plus en plus de Québécois s’en rendent compte.

    J’ai déjà entendu des propos aussi imbéciles que :’’ la dette du Québec n’est pas une vraie dette car elle est détenue en majorité par des Québécois’’. Comme si une hypothèque avec les Caisses Desjardins était moins onéreuse qu’avec la banque Toronto. À ce que je sache, un défaut de paiement entraîne la perte de ta maison dans les deux cas.

    On vit au dessus de nos moyens et les ’’socialeux’’ veulent nous endetter encore plus afin de ’’conserver les acquis’’ à tout prix.

  • > Le modèle des pays nordiques ou comment transformer la réalité afin d’arriver à ces fins.
    28 avril 2006, par Ian Rochon
    66.130.42..***
    Je suis un de ceux qui ont une vision centriste de l’économie québécoise. Je pourrais même affirmer que j’opterais pour une certaine vision solidaire pragmatique. Il faut absolument que l’économie québécoise crée une richesse qui pourrait être redistribuée de façon équitable. Mais, je considère qu’il faut se préoccuper de la dette. Je suis tout à fait d’accord avec le fait que le manifeste solidaire tronque la vérité concernant les modèles des pays nordiques. Je dis plutôt qu’il faudrait s’en inspirer. Si nous voulons créer un système social répondant à nos besoins, il ne faut pas craindre l’émergence d’une économie compétitive. L’état doit devenir le chien de garde de nos acquis sociaux. Il a un rôle extrêmement important à jouer dans le domaine économique. Le système capitaliste tel qu’il se pratique aujourd’hui doit être encadré de façon plus ou moins éloigné. L’État est la seule entité capable de protéger de façon efficace les laissés pour compte de l’économie. J’irais jusqu’à dire que l’État devrait assumer un salaire minimum de base à tous les citoyens. Ce seul fait pourrait être un vecteur économique d’importance. Par contre, les interventions de l’État ne doivent pas nuire au développement économique. Une trop lourde reglémentation pourrait être un frein à ce développement. Je le répète le pragmatisme de gauche est la voie à privilégiée au Québec


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