Normand Perry
UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
vendredi 21 avril 2006
Il y a quelque temps, des gens du monde du théâtre québécois, Michel Tremblay et Robert Lepage, ont porté sur la place publique certaines interrogations à propos du projet souverainiste québécois.
Il n’en fallait pas plus, peu importe ce qu’ils ont exprimé, pour que certains individus montent aux barricades pour leur lancer des anathèmes de façon assez sommaire.
Le mérite qu’aura eu cet imbroglio, est de provoquer publiquement une remise en question du projet souverainiste, tel que conçu et défendu par les grands ténors de cette option depuis une bonne quinzaine d’années.
Également, le contexte politique actuel, tant à Ottawa qu’à Québec, est propice à ce genre de remise en question, qui doit s’opérer au plan de la raison seule, nonobstant des facteurs d’ordre émotif, propice à brouiller une réflexion appuyée sur l’histoire, la logique et le contexte politique.
Le philosophe René Descartes n’a pas hésité un instant à faire tabula rasa, dans son Discours de la méthode, de tout ce qu’il pouvait croire de vrai ou de faux, pour réfléchir de la manière la plus objective que possible à propos de l’être et de la pensée. Puis arriva au terme d’une pénible et longue démarche d’interrogation sur le sens des choses, le Cogito ergo Sum "Je pense, donc je suis". Pour avoir la faculté de penser il faut nécessairement être.
C’est dans cet esprit que j’entreprends à mon tour cette réflexion à propos du statut constitutionnel du Québec, celui du XXIe siècle, bien différent à plusieurs égards, de celui de 1968, année de la fondation du Parti québécois.
Les questions fondamentales.
Au plan démographique, on ne cesse de nous répéter depuis près de deux décennies que le taux de natalité au Québec est sur une pente dangereusement descendante. À tel point à l’automne 2005 qu’un groupe, sous l’impulsion de plusieurs personnalités économiques et politiques, ont cru bon de rédiger le Manifeste pour un Québec lucide. Ce document s’inspire essentiellement du déclin démographique québécois, d’où ses auteurs élaborent diverses mesures économiques pour payer la fameuse dette publique du Québec, sans quoi les générations à venir devront trimer dur pour l’assumer. Même André Boisclair, chef du Parti québécois prêche un discours économique allant dans le même sens.
Parallèlement, c’est au Québec que les spécialistes, nous dit-on, observent l’un des plus hauts taux de suicide au monde, chez les jeunes de moins de 35 ans.
Si donc, d’une part on ne fait plus assez d’enfants pour assurer la pérennité du peuple du Québec, et d’autre part les jeunes font l’irréparable en commettant le suicide, force est de constater que le renouvellement de la population québécoise est en péril. Alors la question qui me vient à l’esprit est très logique : un Québec souverain, c’est un bien noble en projet dans son essence, certes, mais à qui léguerons-nous donc ce pays que les souverainistes veulent faire naître, si la population québécoise est en déclin démographique grave ?
Au plan culturel, il faut vraiment faire l’autruche pour nier les progrès fulgurant du fait français au Québec depuis l’avènement de la loi 101, et ce malgré toutes les amputations dont elle a été sujette par diverses décisions de la Cour Suprême du Canada. Le cinéma québécois connaît un essor extraordinaire au plan international depuis quelques années. Il en est de même pour nos musiciens et chanteurs qui se produisent partout sur la planète : le Québec est représenté dans sa plus belle expression, il n’y aucun doute à ce propos. Que voudrait-on sauvegarder de plus avec l’accession à la souveraineté ?
Au plan politico-économique, qui est le principal argument des péquistes, et le seul au dire certains observateurs, ce contexte politique actuel est fort différent de celui qui prévalait à pareille date en 2005.
Est-il nécessaire de rappeler le scandale des commandites impliquant les libéraux fédéraux de Jean Chrétien et de Paul Martin ? Est-il nécessaire de rappeler l’arrogance du gouvernement minoritaire de Paul Martin à cette époque aussi ? Les relations tendues entre Ottawa et Québec dans plusieurs dossiers qui n’avançaient strictement à rien, et ce malgré la présence d’un gouvernement libéral fédéraliste à Québec ? Un an plus tard, il s’est produit un revirement à 180 degrés dans le contexte politique que je viens d’évoquer. Les libéraux ont été chassés du pouvoir à Ottawa. Les conservateurs de Stephen Harper, avec un discours de fédéralisme d’ouverture, sans arrogance apparente, a reçu la confiance de la population pour former un gouvernement minoritaire en janvier 2006. Depuis, Stephen Harper semble nous démontrer de la bonne foi dans les relations fédérales-provinciales, que l’on pourrait comparer à certains égards, à la bonne foi démontrée par Brian Murloney en 1984, l’enthousiasme en moins.
De l’autre côté du parquet de la Chambre des communes, les libéraux se réorganisent dans une course à la direction. Quelques candidats ont déjà entamé cette course. Les plus connus, Stéphane Dion (père de la loi sur la clarté référendaire), Bob Rae et Michael Igantieff, ont tous des choses à dire et à prouver au plan de la pensée fédéraliste. Quelle ouverture d’esprit devrions-nous avoir pour écouter ce qu’ils ont à dire, et surtout observer si les libéraux ont appris quelques chose à propos de leur arrogance et du scandale des commandites ?
Dans ce nouveau contexte, la question de la souveraineté du Québec se pose nécessairement. Quelle justification pourra-t-elle trouver dans un éventuel règlement du déséquilibre fiscal ? De quel motif va-t-on se réclamer dans un éventuel rééquilibrage des pouvoirs (Ottawa et les provinces) et du respect des champs de compétences, dont Stephen Harper se fait le promoteur par les temps qui courent ?
La réflexion de Michel Tremblay et Robert Lepage impertinente et déplacée...vraiment ?
Robert Lepage évoquait dans sa réflexion un élément qui ne peut faire autrement que de frapper l’imagination et l’entendement. Ce dernier affirmait qu’il n’y a pas en ce moment au Québec, un leader qui incarne en sa personne, le projet d’indépendance nationale du Québec. Les libérations nationales dans l’histoire du monde, pour la plupart, se sont incarné et affirmé par un leader fort et déterminé. La déclaration de Robert Lepage est par conséquent lourde de sens au plan existentiel.
En plaçant cette affirmation de Robert Lepage en corollaire avec celle de René Descartes (pour avoir la capacité de penser, il faut d’abord exister), il n’y a qu’un pas pour se demander si le projet souverainiste n’a tout simplement pas perdu son sens vital ?
Est-il sur le respirateur artificiel ? Jusqu’à quel point se justifie-t-il dans le nouveau contexte politique actuel ? Qui peut démontrer aujourd’hui, avec des raisons et motifs autres qu’économiques, que la souveraineté est la seule voie garantissant le plein essor et développement de la spécificité du Québec en Amérique et dans le monde ?
S’il n’y a pas de réponses sérieuses, logiques et convaincantes à tous les pourquoi qui peuvent surgir présentement à propos de la nécessité du projet souverainiste québécois, ne vaudrait-il pas mieux alors ranger dans le placard ce projet, afin de vivre la nouvelle réalité qui s’impose d’elle-même présentement ?
Les choses ne peuvent avoir un sens que si elles ont l’être d’abord.
Normand Perry
philosophe
DECIPIMUR SPECIE RECTI
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
Cogito ergo sum
Serait-il possible que Descartes se soit trompé en traduisant du latin au français cette expression ?
De l’autre côté, si nous voulons nous en tenir à une forme de raisonnement appuyé sur un syllogisme exact, oui Descartes fait erreur en employant le "donc", en le "je pense" et le "je suis". Il aurait été plus juste de dire "je pense parce que je suis". Et c’est fort probablement ce que voulais dire Descartes.
Il n’en demeure pas moins que mon propos, sur les fondements de la souveraineté du Québec demeure entier.
Et malgré la démonstration du vide actuel et de ses conséquences dans "Le silence abyssal des ténors du souverainisme", l’actualité nous démontre que les souverainistes ne comprennent toujours pas la nécessité criante de renouveller la rhétorique, puisque jeudi le 11 mai, Le Devoir publiait une autre sempiternelle chicane sur la modalité d’accession à la souveraineté. Et en ce sens, le propos des Tremblay-Lepage demeurent également sans réponse adéquate.
Décidément, les souverainistes creusent un peu plus creux chaque jour la fosse dans laquelle ils s’enterrent.
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
Bonjour M. Perry.
Je me suis aussi poser cette question et j’en suis venu à la conclusion que Descartes s’est trompé. Suivé mon raisonnement.
"Je pense, donc je suis." Cette phrase implique que je suis, grâce au résultat de ma pensée. Or, la pensée est souvent pré-conditionné par l’éducation, l’environnement et la société.
"Je suis, donc je pense" implique au contraire, une prise de conscience de soi, face au conditionnement cité plus haut et rapelle que je suis celui qui pense et non celui qui est mené par la pensée. Comme exercice, remplacé "je pense" par "j’agis". Vous comprendrez la nuance.
Pour ce qui concerne le reste du sujet, oui je crois au Québec souverain, et oui, moi j’ai des idées pour développer le Québec que nous souhaitons. Dans mon plan de redressement, la souveraineté viendra de la demande du peuple, et non d’un idéal de parti qui en a perdu l’essence et la foi. J’ai des actions concrètes à proposer pour ramener la richesse et la fièrté à notre peuple, ce que malheureusement nos politiciens semblent avoir oubliés. Si seulement je pouvais proposé mes idées.
Denis
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
"Suivant le raisonnement de Descartes, penser est la conséquence d’être." (Perry)
Je sais lire. l’être vient après la proposition de conséquence (donc) et pas avant.
Je pense, DONC je suis.
Descarte n’a pas dit : Je suis, DONC je pense.
Il faut être pour penser, biensûr, mais ce n’est pas une conséquence absolue. Tandis-que penser est une manifestation claire et précise d’être.
C’est la même chose pour le mal identitaire national des Québécois. Les effets viennent de l’absence d’une identité claire.
Pour être, il faut se reconnaître.
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
Monsieur Tremblay,
Je me permet d’abord de saluer votre effort de réflexion. À lui seul, il est fort louable.
Mon texte ne renferme que deux affirmations, et elles sont d’ordre métaphysique. Pour le reste, il n’y a que des questions.
Vous avez, avec justesse, relevé une première de mes affirmations : "Pour avoir la faculté de penser il faut nécessairement être."
La seconde affirmation est la dernière phrase qui conclut mon texte " Les choses ne peuvent avoir un sens que si elles ont l’être d’abord. "
Dans ma première affirmation, il n’y a aucune contradiction par rapport au Cogito ergo Sum (je pense donc, je suis) de Descartes.
Suivant le raisonnement de Descartes, penser est la conséquence d’être. Suivont mon raisonnement : pour penser il faut d’abord être. Dans les deux raisonnements, l’être précède la faculté de penser.
En d’autres termes, Descartes et Perry s’entendent sur le même principe, qu’il ne peut y avoir pour quelque être humain que ce soit, la possibilité de penser sans d’abord exister. Sans l’être la faculté de penser est impossible, puisqu’elle en est sa conséquence.
D’où ma conclusion " Les choses ne peuvent avoir un sens que si elles ont l’être d’abord. " C’est en lien direct avec le Cogito ergo Sum.
Pour le reste de votre réplique, je m’abstient d’y répondre, pour le moment. J’ai posé des questions très ouvertes, et j’attend des réponses, en particulier de gens que l’on sait être des ténors de la souveraineté du Québec.
Et plus les réponses tarderont à venir, plus je vais me diriger vers une conséquence très logique face à une absence de réponses très concrètes. N’est-ce pas MM. Landry, Duceppe, Rhéaume, Simard (...) et Boisclair ?
Normand Perry.
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
"Puis arriva au terme d’une pénible et longue démarche d’interrogation sur le sens des choses, le Cogito ergo Sum "Je pense, donc je suis". Pour avoir la faculté de penser il faut nécessairement être."(Perry)
M. Perry, votre texte commence par une citation de Descartes "Je pense, donc je suis" que vous-vous empressez aussitôt de contredire par "Pour penser, il faut être".
Vous n’expliquez pas le fondement de votre contradiction (qui équivaux à mettre la charrue devant les boeufs de la citation de Descartes)et même vous-vous en servez pour appuyer le reste de votre propos. Par exemple l’orsque vous soulignez le peut d’intérêt des québécois à faire des enfants (pérénité du peuple) et du suicide chez les jeunes (problèmes existentiels, identitaires) dont vous ne semblez pas voir le lien avec le vide existentiel du discours souverainiste dont déplore Michel Tremblay.
Vous concluez : "à qui léguerons-nous donc ce pays que les souverainistes veulent faire naître, si la population québécoise est en déclin démographique grave ?"
Donc, selon vous, nous ne pouvons faire un pays avec un peuple qui ne se reconnaît pas et qui donc n’a aucun intérêt ni aucune volonté de survivre, et si nous le faisions quand-même il n’y aurait de toutes manières plus de peuple pour l’habiter.
Descartes n’a pas dit "Je suis, donc je pense".
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> UNE SAINE REMISE EN QUESTION OU UN SACRILÈGE ?
C’est René Lévesque qui a incarné le mouvement de libération nationale des Québécois ( ou plus précisément des Canadiens français du Québec). Le gros problème pour le mouvement 35 ans plus tard c’est que M. Lévesque a réussi presqu’à 100 % et ce malgré notre appartenance au Canada.
Les objectifs principaux de la révolution tranquille étaient de rehausser le niveau de scolarisation du Québec , de donner aux Québécois le contrôle de leur économie et de sécuriser la langue française comme langue principale du Québec sans recours à la ’’revenge des foyers’’ . Tous ces objectifs ont été atteints ou presque.
Le besoin d’indépendance est devenu une chicane de chiffres entre, d’un côté les pragmatiques et les gens d’affaires ( les lucides) versus de l’autre côté, les corporatismes sociaux, syndicaux et artistiques( les solidaires).
Soyons brutalement francs :
Existe-t-il assez de gens prêts à envoyer leurs jeunes au front pour combattre le ’’déficit fiscal’’ ?
Qui encore se souvient des ’’maudites grosses Anglaises’’ uniligues de Eaton ?
Depuis quand un nouveau pays peut-il voir le jour sans remous et ’’perturbations’’ ?
Qui accepterait le risque avec le seul bénéfice de ’’gérer un budget de 90 milliards $ au lieu de 45 milliards ?’’ ?
Le romantisme du mouvement a été enterré par des chiffres aussi cotestables qu’ils sont hypothétiques. Michel Tremblay a tout à fait raison de décrier le leadership des comptables à bas bruns.
La réaction viscérale à ses propos par les vieux guerriers de l’indépendance nous a démontré que la souveraineté est devenu une sorte de religion et que les non croyants seront excommuniés sans procès. C’est triste pour un mouvement qui a déjà incarné tous les espoirs d’une société en changement.