Paul-Émike L’Heavy
Se faire partir la jambe en voulant se tirer dans le pied.
samedi 22 mai 2004
La polka des défusions est lancée. Conséquence du geste électoraliste le plus ignoblement irresponsable de l’histoire du Québec, puis d’un entêtement qui confine à la fuite en avant mors aux dents et bride abattue, l’infernale mécanique est entrée dans sa phase chaotique, et déjà, le navrant spectacle augure fort mal.
Pris d’une rage maladive, au nom d’une soi-disant appartenance identitaire qui relève bien davantage de l’esprit de clocher le plus aveuglément étroit, des milliers de tax-payers bornés s’apprêtent à poser un geste de pur rejet, prétextant vouloir ainsi ramener les choses à leur si précieux « comme avant ». Alors que chacun sait qu’il n’en sera rien, et que le gouvernement Charest, dans sa veulerie, s’est arrangé pour essayer de ne déplaire à personne - en fourrant tout le monde, comme d’habitude.
En effet, les éventuelles « villes » reconstituées n’en seront que de nom, vidées de leur substance, assujetties à un véto sur lequel elles n’auront aucun droit de regard, affublées d’un me-maire d’opérette aussi impotent que dérisoire. Deux comptes de taxes et aucun pouvoir : le pire des deux mondes, en somme. Mais : « Ça fait rien, on veut ravoir notre ancien nom, bon. »
Il me vient un souvenir. Fusionnées avant les autres, les villes de Chicoutimi, La Baie et Jonquière ont tenu un référendum pour décider quel nom la nouvelle ville allait porter. Les choix étaient Chicoutimi ou Saguenay. Personne n’aimait Saguenay (déjà très bien servi, par ailleurs). Mais, interviewés à la télé, des gens de La Baie sont venus dire : « Si on est pour perdre notre nom, alors ceux de Chicoutimi aussi. » Belle mentalité. Vaut mieux un nom mal-aimé qu’un nom qui ne ferait pas mal aux « autres » aussi. Si j’ai la grippe, je veux que tout le monde ait la grippe, bon.
Cheap.
Mais, en plus, parfaitement inconséquent.
Ainsi, ceux-là qui, se drapant de démocratie aux grands airs, voudraient que le gouvernement fasse un référendum à chaque fois qu’il envisage d’installer un stop, mais du même souffle se disent prêts à prendre les armes pour empêcher le Québec d’accéder à la souveraineté après un vote positif. Ceux-là même qui, se drapant de rationnalisme imbu, se moquent des aspirations identitaires du Québec, mais ne conçoivent pas de délaisser l’identité de Kirkland.