Informations

  Dernières réactions

  Dernières nouvelles

  Le webzine et les forums de Québec-Politique sont des espaces qui favorisent l’expression des citoyens sur les enjeux politiques et sociaux du Québec et du Canada. Notre pouvoir citoyen ne s’exprime qu’aux quatre ans dans l’isoloir de vote, mais maintenant grâce à l’Internet, le citoyen peut (...)

Lire la suite

  Du même auteur

Tous les articles

  Espace Rédaction



Rouleau Serge
La loi de Gammon.

jeudi 26 janvier 2006


Résumé

Pourquoi est-ce impossible pour une grande bureaucratie d’offrir des services de qualité au moindre coût, i.e. éliminer le gaspillage ?

Ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la « loi de Gammon », explique bien ce phénomène. Le Dr. Gammon a analysé le fonctionnement du National Health Service en Angleterre sur une longue période et a formulé la loi suivante : « In a bureaucratic system, increase in expenditure will be matched by fall in production » (Dans une bureaucratie, une augmentation des dépenses sera accompagnée d’une diminution de production).

À la lumière de l’expérience du NHS en Angleterre et tel que prédit par la loi de Gammon, il est inutile d’allouer plus de fonds publics aux grandes bureaucraties gouvernementales. Cela ne servira qu’à grossir la fonction publique et à la rendre encore moins efficace. Les Québécois doivent se rendre à l’évidence, le modèle actuel préconisant que les services publics soient fournis par l’état, est périmé. L’introduction d’un modèle basé sur les règles d’un marché compétitif est la seule façon d’éviter la faillite à plus ou moins brève échéance.


La loi de Gammon.

Au Québec les trois niveaux de gouvernement gaspillent littéralement des milliards annuellement. Pendant ce temps, les contribuables québécois subissent une fiscalité quasi usuraire et la qualité des services publics se détériore de jour en jour. Certains seront tentés d’argumenter que le gaspillage est la conséquence d’une mauvaise gestion de la part de tel ou tel gouvernement. Malheureusement, l’histoire nous enseigne que tous les gouvernements gaspillent allègrement l’argent que nous leur confions, quelque soit l’époque et quelque soit leur allégeance politique. Si certains gouvernements gaspillent moins que d’autres, ce n’est que dans la mesure où, faute de budget, ils sont forcés de réduire l’appareil gouvernemental. Après tout, ils ne peuvent pas gaspiller l’argent qu’ils n’ont pas.

Pourquoi est-ce impossible pour une grande bureaucratie d’offrir des services de qualité au moindre coût, i.e. éliminer le gaspillage ?

Ce qu’il est maintenant convenu d’appeler la « loi de Gammon », explique bien ce phénomène. Le Dr. Max Gammon est un médecin britannique qui s’est donné pour objectif d’expliquer le dilemme suivant : Dans les années soixante, le gouvernement anglais a dépensé considérablement plus pour les services de santé que dans les périodes antérieures. Toutefois, les services de santé ne se sont pas améliorés pendant cette période. Alors basé sur une analyse détaillée des statistiques du « National Health Service », il a formulé la loi suivante : « In a bureaucratic system, increase in expenditure will be matched by fall in production » (Dans une bureaucratie, une augmentation des dépenses sera accompagnée d’une diminution de production).

Lors d’une conférence en janvier 2005, le Dr. Gammon explique la loi qui porte maintenant son nom, de la façon suivante  [1] :

« Je suis certain que chacune des procédures de toutes les bureaucraties peuvent être justifiées comme « essentielles au bon fonctionnement du système ». De plus, l’expérience démontre que toutes tentatives pour modifier ou éliminer une procédure augmenteront le poids de l’ensemble de l’organisation bureaucratique. Comme pour Hydra, si vous coupez une tête, deux nouvelles têtes pousseront à sa place. »
« La théorie du chaos nous donne une idée du défaut majeur qui se trouve au cœur des bureaucraties centralisées. On sait maintenant qu’un changement minime dans les variables des systèmes physiques complexes peut donner des résultats étonnamment différents de ceux attendus, et par conséquent sont imprévisibles. Si on applique le même concept aux systèmes humains complexes, on est soumis à la même « loi des conséquences imprévisibles. »
« Dans les grandes bureaucraties où la gestion est centralisée, comme dans le cas du NHS (National Health Service), des conséquences inattendues découlant des directives émises par des gestionnaires déconnectés de la réalité, vont continuellement apparaître. Des ajustements sont alors prescrits par la même bureaucratie et ceux-ci généreront à leur tour, d’autres conséquences inattendues. Ceci nécessitera d’autres ajustements et ainsi de suite, ce qui peut être comparé au phénomène de la transmission radio où éventuellement « le bruit enterre entièrement le signal ». Dieu merci, aucune organisation n’est entièrement bureaucratique, mais la bureaucratie, augmente sans cesse, directement ou indirectement, s’infiltre, contamine et remplace les activités productives de tous les membres de l’organisation. Invisible et meurtrière, la bureaucratie tue lentement mais sûrement. »
« Les monstres bureaucratiques qui naissent dans les organisations dont la survie dépend de leur capacité à convaincre les clients à acheter leurs produits, sont, tôt ou tard, détruits par leurs compétiteurs. Cependant, dans un environnement protégé, sans compétition, une bureaucratie va croître indéfiniment. Elle s’approchera de plus en plus de l’état de « trou noir », dans lequel les ressources provenant de l’extérieur sont entièrement consommées par ses activités internes. Et c’est ce qui se passe au NHS. »
« Au contraire, dans les organisations non-bureaucratiques, les ajustements continus et ad hoc aux procédures, sont le fait d’initiatives personnelles plutôt qu’imposées par une directive. S’ils sont couronnés de succès, ces ajustements locaux ont de bonnes chances d’être adoptés dans l’ensemble de l’organisation. S’ils ne donnent pas les résultats escomptés, ils sont habituellement éliminés avant que leur adoption ne soit généralisée. L’organisation non-bureaucratique efficace est soumise à la loi interne darwinienne de la « survivance de la procédure la mieux adaptée ». De telles organisations peuvent être décrites comme sensibles ou réagissant spontanément aux stimuli internes et externes. La composante essentielle - le moteur - de tels systèmes, est que leur survie dépend de leur performance. »
« La sensibilité aux stimuli externes, plutôt que les règles et directives qui émanent d’une autorité centrale, est ce qui ultimement gouverne et stimule la performance individuelle dans les organisations non-bureaucratiques. Au contraire, le labyrinthe des systèmes de surveillance et de détermination des objectifs, incluant les pénalités et les récompenses, est ce qui caractérise les organisations bureaucratiques qui veulent améliorer leur performance. Comme il a été clairement démontré par le système soviétique et comme on le découvre maintenant dans le NHS, des objectifs imposés par une autorité centrale causent des distorsions systémiques et des rigidités qui nuisent à la performance. Aussi, inévitablement, celles-ci amènent l’organisation à générer des statistiques falsifiées et à la répression de ceux qui voudrait révéler la vérité. Le NHS est une expérience qui n’a pas fonctionnée. Les coûts de cette expérience manquée pour les patients, la profession médicale, la profession d’infirmier(e) et les administrateurs d’hôpitaux est inimaginable. Mais l’expérience n’aura pas été vaine dans la mesure où d’autres en tireront les leçons qui s’imposent et ainsi éviteront les mêmes erreurs. »

À la lumière de l’expérience du NHS en Angleterre et tel que prédit par la loi de Gammon, il est inutile d’allouer plus de fonds publics aux grandes bureaucraties gouvernementales. Cela ne servira qu’à grossir la fonction publique et à la rendre encore moins efficace. Les Québécois doivent se rendre à l’évidence, le modèle actuel préconisant que les services publics soient fournis par l’état, est périmé. L’introduction d’un modèle basé sur les règles d’un marché compétitif est la seule façon d’éviter la faillite à plus ou moins brève échéance.

[1] Traduction libre des propos du Dr. Gammon




Réactions

  • > La loi de Gammon.
    30 janvier 2006, par Guillaume Lamy
    66.130.18..***

    M. Rouleau,

    Tous les éléments disponibles tendent à démontrer qu’une administration privée est plus dispendieuse qu’une publique.

    Régis Blais PhD, Coordonnateur de l’équipe Analyse de l’utilisation des services de santé :

    "Il faut savoir que l’administration privée du système de santé américain coûte trois fois plus cher que celle du système public canadien"

    Michel Venne, directeur institut du nouveau monde : "

    on sait que la bureaucratie des compagnies d’assurance privées aux États-Unis coûte 10 % plus cher en frais d’administration que le système public canadien. À quoi il faut ajouter le profit que cherche à dégager toute entreprise privée, et qui impose un coût supplémentaire."

    Je suis d’accord à ce qu’on diminue la bureaucratie, cependant il est claire que ceci ne se fait pas par une plus grosse offre de services privés.

    D’après moi, la solution se trouve plutôt dans la décentralisation de la gestion comme on voit au Royaume-Uni avec leur mise en place d’hôpitaux public (Hopital trust). Par exemple les regroupements coopératifs de médecins SELDOC qui démontrent un efficacité accrue.

    Bref je ne suis pas d’accord avec vous lorsque vous dites que la solutions réside dans un "modèle basé sur les règles d’un marché compétitif ". Je crois plutôt qu’il faut décentraliser et maintenir un service public basé sur la coopération plutôt que la compétition du libre marché.

  • > La loi de Gammon.
    30 janvier 2006, par Serge Rouleau
    70.48.94.3.***

    M. Lamy,

    C’est un fait que le système de santé américain est très bureaucratisé et dispendieux. Toutefois, c’est un peu facile de conclure que le privé est la cause de la bureaucratisation du système. Si cela vous intéresse je vous propose de lire le document de Norma Kozhaya, économiste à l’IEDM, lequel identifie les principales causes des coûts élevés du système de santé américain.

  • > La loi de Gammon.
    30 janvier 2006, par Guillaume Lamy
    66.130.18..***

    M. Rouleau,

    Je m’étonne de vous voir contre argumenter avec un extrait qui ne fait que dans l’idéologie. Cet extrait n’apporte aucun fait. Dans la pratique, les chiffres démontrent qu’un système de santé privé entraine une augmentation de la bureaucratie.

    Je cite votre propre conclusion :

    "Les Québécois doivent se rendre à l’évidence, le modèle actuel préconisant que les services publics soient fournis par l’état, est périmé. L’introduction d’un modèle basé sur les règles d’un marché compétitif est la seule façon d’éviter la faillite à plus ou moins brève échéance."

    Vous suggérez clairement une voie vers le privé, ce qui, on le sait chiffres à l’appui ; entraîne une augmentation de la bureacratisation. En fait si vous cherchez à minimiser la bureacratie, vous devriez opter pour un système de santé public.

    Je réitère ma suggestion, le mieux serait de renier cet article. salutations

  • > La loi de Gammon.
    29 janvier 2006, par Serge Rouleau
    69.156.175.***

    M. Lamy,

    Justement, le coût très élevé des services de santé aux É.-U. découle du fait que le secteur est bureaucratisé à l’extrême. D’ailleurs, c’est un excellent exemple de l’application de la loi de Gammon. Milton Friedman, prix Nobel en économie, a écrit un article dans le Wall Street Journal intitulé : Gammon’s Law Points to Health-Care Solutions. En voici un court extrait :

    Nonetheless, for total medical care, as for hospitals, it is hard to avoid the conclusion that Gammon’s law is at work. No question that medicine in all its aspects has become subject to an ever more complex bureaucratic structure. No question that input has exploded. No evidence that output has come anywhere close to keeping pace, though we lack a firm basis for going beyond this very general statement. "Black holes" indeed.

    Why should we be surprised ? Evidence covering a much broader range of activities documents that bureaucratic structures produce high cost, low quality, and inequitable distribution of output. The U.S. medical system has become in large part a socialist enterprise. Why should we be any better at socialism than the Soviets ? Medicine is not unique. Our socialized postal system, our socialized schooling system, our socialized system of trying to control drugs, and indeed our socialized defense industry provide clear evidence that we are no better at socialism than countries that have gone all the way.

    J’espère que vous aurez la gentillesse de me faire parvenir une copie de la lettre que vous ne manquerez certainement pas d’envoyer à M. Friedman pour lui expliquer qu’il n’a rien compris.

  • > La loi de Gammon.
    29 janvier 2006, par Guillaume Lamy
    66.130.18..***

    M Rouleau, cet article me fait remettre en question vos qualités.

    Je ne vous croyais pas en mesure de croire qu’une loi biologique puisse s’appliquer à une organisation sociale.

    De plus, vous semblez ignorer que c’est dans le système de santé le plus privatisé au monde, i.e. les États-Unis, qu’il y a la plus grosse et la plus coûteuse bureaucratie.

    The New England Journal of Medicine : "The gap between U.S. and Canadian spending on health care administration has grown to $752 per capita. A large sum might be saved in the United States if administrative costs could be trimmed by implementing a Canadian-style health care system."

    Il serait peut-être une bonne idée de renier cet article...

    Sympathiquement, G.Lamy

  • > La loi de Gammon.
    28 janvier 2006, par Guillaume Lamy
    66.130.18..***

    Désolé M. Rouleau, mais cet article vous fait perdre énormément en crédibilité.

    Je ne vous croyais pas en mesure de croire qu’une loi biologique puisse s’appliquer à une organisation sociale.

    De plus, vous semblez ignorer que c’est dans le système de santé le plus privatisé au monde, i.e. les États-Unis, qu’il y a la plus grosse et la plus coûteuse bureaucratie.

    The New England Journal of Medicine : "The gap between U.S. and Canadian spending on health care administration has grown to $752 per capita. A large sum might be saved in the United States if administrative costs could be trimmed by implementing a Canadian-style health care system."

    Il serait peut-être une bonne idée de renier cet article...

    Sympathiquement, G.Lamy



Copyright ©2007 Québec-Politique.com