Rouleau Serge
Les frais de scolarité, une injustice sociale !
mercredi 18 janvier 2006
Résumé
La politique électoraliste des frais de scolarité ridiculement bas pratiquée au Québec est insoutenable à long terme. C’est une politique injuste envers les moins bien nantis de la société et envers les générations futures et passées.
Les fédérations étudiantes québécoises réclament le gel, quand ce n’est pas l’élimination, des frais de scolarités au nom de la solidarité sociale. Pour eux, la solidarité sociale signifie que tous les Québécois qui désirent fréquenter l’université doivent pouvoir le faire gratuitement ou presque. Il faut pourtant se rappeler que ce qui est gratuit pour les uns est nécessairement payé par les autres mais cela ne semble pas une considération valable à leurs yeux. Les étudiants qui prétendent défendre la solidarité sociale doivent d’abords exiger que leurs représentants arrêtent d’agir comme de simple groupe de pression.
Les frais de scolarité, une injustice sociale.
Les partis courtisent les étudiants dans le but évident d’obtenir leurs votes le 23 janvier. Le parti libéral promet de hausser de 2,2 milliards $ l’aide financière pour les études postsecondaires et d’investir 10 milliards $ pour aider tous les citoyens à réaliser leur potentiel. De son côté, le parti conservateur promet des crédits d’impôt de 500 $ pour l’achat des manuels scolaires, l’exemption d’impôt pour la première tranche de 10 000 $ des bourses d’études et de ne plus tenir compte du revenu parental lors des demandes de prêts étudiants. Selon CBC le coût des promesses du parti conservateur se chiffre à 500 millions $ par année.
Pour plusieurs raisons, ces promesses électoralistes sont inacceptables :
L’éducation est une responsabilité provinciale ;
Le niveau actuel de financement des études postsecondaires par les gouvernements est une injustice sociale flagrante ;
Les frais de scolarité ridiculement bas au Québec est injuste pour les générations futures et passées.
Lorsque les deux niveaux de gouvernement s’attaquent au même domaine, il en résulte invariablement une duplication d’effort qui se traduit par un gaspillage important des fonds publics. Il n’est pas exagéré de croire que 10% à 20% des fonds alloués à l’éducation postsecondaire sont gaspillés à cause des dédoublements d’effort et des chicanes fédérales - provinciales.
Encore beaucoup plus dramatique est le fait que le niveau actuel de financement des études postsecondaires par les gouvernements représente une injustice envers les moins nantis de la société. En effet, l’ensemble des contribuables doivent payer plus d’impôt pour financer les études postsecondaires d’une minorité alors que les bénéfices qui en découlent favorisent principalement cette même minorité. Cette injustice est particulièrement évidente au Québec où la part des études postsecondaires financées par les gouvernements est la plus élevée.
Les statistiques démontrent qu’au Québec en 2001 un gradué universitaire gagnait un revenu annuel moyen de 21 763 $ de plus qu’un gradué du secondaire. En tenant compte que leur vie active sera d’environ 35 ans, alors le gradué universitaire engrangera 761 705 $ de plus que le gradué du secondaire. Même en tenant compte que 50% des gains additionnels du gradué universitaire seront remis au gouvernement en impôts et en taxes, il n’en demeure pas moins qu’ils bénéficieront de revenus nets additionnels de 380 853 $. En supposant que les frais de scolarité augmenteraient à 10 000 $ par année (40 000 $ sur quatre ans) ceci représente un rendement de 950%[1]. Il est, il me semble difficile de faire un meilleur investissement. Un tel avantage justifie amplement d’augmenter les frais de scolarité pour réduire le fardeau fiscal de l’ensemble des contribuables. Il est clairement injuste qu’un ouvrier qui gagne 20 $ de l’heure paie des impôts pour financer les études d’un futur professionnel qui gagnera 100 $ ou plus de l’heure.
Le taux ridiculement bas des frais de scolarité au Québec représente aussi une injustice intergénérationnelle flagrante. C’est injuste envers les générations futures qui devront financer une part beaucoup plus importante de leurs études. Le niveau actuel de financement par les gouvernements est insoutenable. C’est aussi injuste envers les générations passées qui ont dû payer de leur poche une part beaucoup plus importante de leurs études.
Cette situation est d’autant plus injuste qu’elle ne semble pas favoriser l’accès des Québécois aux études supérieures. En conséquence le « surfinancement » des études postsecondaires par les gouvernements représente un important gaspillage de ressources qui seraient plus utiles ailleurs. Le mémoire de l’IÉDM soumis à la Commission de l’éducation de l’Assemblée nationale dans le cadre de la consultation générale sur la qualité, l’accessibilité et le financement des universités au Québec intitulé « La hausse des droits de scolarité réduirait-elle l’accessibilité aux études universitaires », publié en février 2004, est très révélateur :
« La fréquentation des universités (calculée comme la proportion de jeunes de 20 et 21 ans inscrits à plein temps dans une université) au Québec est parmi les plus faibles au Canada.3 Ce taux de participation se situe à 20% pour l’année 2000-2001, dernière année pour laquelle nous disposons de données détaillées. Parallèlement, la Nouvelle-Écosse, qui a les droits de scolarité les plus élevés (5557 $ par année), a également le taux de fréquentation le plus élevé à 33%.
Par ailleurs, les données disponibles pour les provinces canadiennes n’indiquent aucune relation directe entre le niveau des droits de scolarité et l’accessibilité aux études universitaires. En d’autres mots, des droits de scolarité peu élevés ne sont pas associés avec des taux de fréquentation élevés. C’est même l’inverse qui est vrai. Malgré les faibles droits de scolarité au Québec (1862 $ par an, niveau le plus faible au Canada), la fréquentation des universités y est parmi les plus faibles au Canada. Ce taux de participation se situe à 20% pour l’année 2000-2001, comme on l’a mentionné plus haut. 
Le graphique 1 illustre bien cette situation paradoxale : la courbe ascendante, qui représente la tendance générale, montre que plus les droits sont élevés dans une province, plus le taux de participation a tendance à l’être aussi. »
Ce même mémoire conclue :
« Un plus grand accès aux études supérieures est incontestablement un objectif noble et justifié puisqu’il affecte non seulement le sort de la personne qui s’instruit mais aussi celui de la société dans son ensemble. Les solutions les plus efficaces pour faciliter cet accès ne sont pas pour autant évidentes. La vraie question devrait porter sur les moyens de bâtir et consolider un réseau universitaire répondant aux besoins de diverses clientèles, certaines universités répondant à des besoins spécifiques et régionalement localisés, d’autres mettant l’accent sur un enseignement et une recherche de calibre national ou international.
Les gouvernements font face à diverses pressions dans l’allocation de leurs ressources limitées et il semble évident qu’ils ne pourront continuer de financer de façon adéquate les universités si le gel des droits de scolarité est maintenu. Ne pas permettre l’augmentation des droits universitaires pour répondre aux besoins risque de compromettre de façon importante la qualité de l’éducation supérieure au Québec sans pour autant profiter aux étudiants les moins bien nantis. En bout de ligne, qu’importe si tout le monde peut fréquenter l’université pour obtenir un diplôme qui n’a pas de valeur ? »
Les fédérations étudiantes québécoises réclament le gel, quand ce n’est pas l’élimination, des frais de scolarités au nom de la solidarité sociale. Pour eux, la solidarité sociale signifie que tous les Québécois qui désirent fréquenter l’université doivent pouvoir le faire gratuitement ou presque. Il faut pourtant se rappeler que ce qui est gratuit pour les uns est nécessairement payé par les autres mais cela ne semble pas une considération valable à leurs yeux. Les étudiants qui prétendent défendre la solidarité sociale doivent d’abords exiger que leurs représentants arrêtent d’agir comme de simple groupe de pression.
[1] Ce calcul n’a pas la prétention d’être une évaluation économique rigoureuse. Il vise plutôt à fournir au lecteur un ordre de grandeur de l’avantage économique pour l’étudiant d’un investissement dans ses études postsecondaires.
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> Les frais de scolarité, une injustice sociale !
M. Rondeau,
Le but que je vise est la défense des intérêts des contribuables québécois, ceux qui paient la note. Lorsque 50%, 60% et même 70% de leurs revenus sont remis au gouvernement sous une forme ou une autre, ils sont en droit d’exiger que les fonds publics soient dépensés et investis parcimonieusement. Malheureusement les trois niveaux de gouvernement gaspillent allègrement l’argent des contribuables, trop souvent dans un but purement électoraliste, pour satisfaire les groupes de pression (entreprises, syndicats, étudiants, agriculteurs, etc.).
Les monopoles, privés, d’États, syndicaux ou autres, sont la forme la moins efficace d’organisation qui soit. À quelques rares exceptions, les monopoles se foutent des clients, des employés et des bailleurs de fond, ils n’ont d’autres priorités que celle d’assurer leur pérennité. Tout au plus devons-nous tolérer les monopoles dits « naturels » : électricité, aqueducs, routes. Donc je favorise la compétition. Je t’invite à visiter mon blogue « le magazine nagg™ » et de lire mes premiers articles qui décrivent le but que je vise.
En ce qui concerne les frais de scolarité, je pars du principe qu’il est injuste de demander aux autres de me payer des études pour lesquelles je récolterai la majorité des bénéfices. D’ailleurs, pour les mêmes raisons je préconise que la dette du Québec soit remboursée par la génération qui en a le plus bénéficiée plutôt que par la prochaine. Voilà pourquoi il faut la rembourser maintenant.
Je suis tout à fait d’accord avec vous qu’il nous faut des universités de grande qualité et que le plus grand nombre doit y avoir accès. Le maintien des frais de scolarité anormalement bas va justement à l’encontre de ces objectifs. La qualité de nos universités diminue parce qu’elles sont sous financées. Les frais de scolarité peu élevés bénéficient aussi à ceux qui n’en ont pas besoin alors que l’aide aux étudiants qui n’ont pas eu la chance de naître dans la bonne famille est nettement insuffisante.
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> Les frais de scolarité, une injustice sociale !
M. Rouleau,
Corrigez-moi si je me trompe mais vous semblez être un adepte de la privatisation à l’extrême et de la moindre participation du citoyen à la machine étatique. En lisant vos dernières chroniques, je constate que vous déplorez le système de santé publique, que vous êtes frustré parce que vous payez pour l’éducation des générations futures et parce que c’est une société d’état qui s’occupe de la distribution de l’alcool au Québec. Et bien réjouissez-vous ! Il y a un beau grand pays, tout juste au sud de la province qui vous accueillera à bras ouverts et qui ne souffrent d’aucunes de ces « tares ». J’espère que vous parlez anglais.
C’est bien facile de dire que c’est injuste que tout le monde paye pour les études des générations futures, mais vous semblez oublier que le taux d’imposition au Québec/Canada n’est pas le même si vous gagnez 50 000$ que si vous en gagnez 35 000. Déjà là, une partie de votre « injustice » s’estompe.
Vous semblez aussi oublier que, de la manière dont s’orientent la société et l’économie, il nous faudra être des plus compétitifs dans le monde dans les secteurs de la recherche et du développement sans quoi nous allons littéralement manquer le bateau. Et, en tout respect, ce sont rarement les gens avec un DES qui seront à l’avant-garde dans ces activités cruciales. En rendant accessible les études universitaires à un plus grand nombre de gens possibles, j’estime qu’on se donne des chances pour l’avenir en permettant aux moins bien nantis cet accès facile aux études supérieures. Pensez-vous que chaque personne devrait payer de sa poche sa propre scolarité ? Si tel est le cas, vous empêcheriez alors toute une strate de la société d’avoir accès à de l’éducation postsecondaire. Cette vision élitiste a ses adeptes, ce sont généralement ceux qui mettent le plus de valeur dans le capital tout-puissant au détriment du développement humain et social.
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> Les frais de scolarité, une injustice sociale !
Bravo M. Hotte,
Voilà des suggestions originales et intelligentes. J’espère que le ministre de l’éducation et les recteurs de nos universités en prendront bonne note.
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> Les frais de scolarité, une injustice sociale !
L’éducation, quelle perle et quel défi !
Vous voyez le problème de nos hautes études sous un mauvais angle selon moi.
Des réflexions se posent comme :
Notre société a besoin de médecins mais on sur-contingente (ça prend une moyenne supérieure à 95% au Cégep en sciences de la santé pour être accepté) alors qu’on ne contingente pratiquement pas les études en politique. Pourtant la majorité des bacheliers en politique ne se trouvent pas de boulot dans leur domaine.
Dans notre société néo-libérale, on se doit de compétitionner avec nombre de pays et plusieurs pensent que les pays industrialisés doivent miser sur le savoir pour compétitionner internationalement.
Le Québec n’a jamais été aussi riche que maintenant mais on est rendu que c’est juste la classe moyenne qui paie la majorité des impôts et que le taux de pauvreté augmente annuellement.
L’accès aux hautes études ne doit pas se faire selon vos revenus mais plutôt sur votre potentiel.
Quelques pistes de solutions envisageable pour engranger plus de revenus dans l’éducation ?
L’éradication des commissions scolaires pour attribuer une partie de leurs pouvoirs aux écoles et l’autre partie au ministère. En plus, le momentum est excellent pour le faire pour assurer le maintien des emplois perdus compte tenu que les baby-boomers de la fonction publique vont se retirer en masse d’ici quelques années.
Revoir le financement des université : pourquoi attribuer tant de $ par tête de pipe peu importe le programme ? De cette façon, c’est clair que nos universités misent sur des programmes où tu peux mettre 300 étudiants dans une même salle. Peut-on envisager de fixer les prix selon les programmes au lieu d’être un taux fixe pour tous les programmes ?
Pourquoi ne pas se servir des hautes technologie pour distribuer le savoir ? Il y a multiples domaines où l’étudiant pourrait suivre en ligne devant son écran les cours et juxtaposer à ça un forum de discution pour les questions où les étudiants pourraient poser leurs questions et que les étudiants doyens de ses domaines pourraient y répondre et faire parvenir au professeur les questions qu’ils sont incapables de répondre. Comme ça, partout à travers le Québec, tu pourrais rester dans ton patelin et te déplacer maximum 2 fois à l’université pour y passer ton examen. Ton coût d’admission comprendrait ainsi l’accès haute-vitesse sur internet. Imaginez la réduction de coûts en bâtiment, en personnel et en entretien ?
Bref, le monde bouge, bougeons.