Guillaume Lamy
L’industrie pharmaceutique en chiffres, en faits, en aversion
lundi 14 novembre 2005
Les compagnies pharmaceutiques se partagent un marché planétaire de 400 milliards. Tout en étant l’industrie la plus lucrative de toutes, elle est également la plus inflationniste de toutes avec une hausse du coût des médicaments de 15% par année.
Alors qu’on qualifie Wal-Mart de criminel avec ses profits nets de 10 milliards (4%). À eux seuls, Johnson & Johnson, Merck et Pfizer ont, en moyenne, un taux de profit net de 18,39%. Les actionnaires de ces trois compagnies ont été grassement récompensés de 22,7 milliards de dividendes l’an dernier.
De calque en réplique
Le comble n’est pourtant pas à ce taux shylockien de profits, mais est plutôt l’essence du produit à partir duquel on fait ces profits :
Selon la FDA (Food and Drug Administration) :
Seulement « entre 3% et 9% des nouveautés représentent des avancées thérapeutiques substantielles. La majorité des « nouveaux » médicaments ne sont donc que des quasi répliques de produits déjà disponibles. »
Marketing, ou mar-ke-tching
Marc Hasbani, auteur d’une analyse socio-économique de l’industrie pharmaceutique :
« Les coûts de marketing et de mise en marché sont trois fois plus élevés que ceux liés à la recherche et au développement »
Les partis sont pris
Les essais cliniques sont de plus en plus courts, donc de plus en plus insuffisants, pour une raison bien simple : chaque journée retardant l’entrée en marché d’un nouveau médicament fait perdre 1,3 millions, d’où l’impatience de l’industrie. Les gouvernements subissent donc d’énormes pressions pour qu’ils réduisent les délais minimum légaux des essais cliniques.
Brevets, ou le droit à l’extorsion
Une fois les droits sur son brevet périmés, le Valium a pu être vendu 45 fois moins cher. Au début du 20e siècle la durée des brevets était de 6 mois alors qu’elle est de 20 ans en moyenne aujourd’hui. L’industrie fait pression actuellement pour prolonger les droits sur le brevet à 30 ans.
Pour justifier ces prix, qu’on voudrait illusoires, des médicaments ; l’industrie emploie systématiquement l’argument de l’amortissement des frais de R&D. Tout en omettant de mentionner que pour chaque dollar de salaire investi dans les R&D, les compagnies pharmaceutiques bénéficient (au Québec) d’un crédit d’impôt de 0,80$.
L’argument des amortissements ayant été plus que relativisé, que reste-t-il comme argument pour justifier les profits gargantuesques ? Simplement : le profit pour le profit lui-même.
Borné Landry
En 2000, alors qu’il était ministre des finances, Bernard Landy refusait vigoureusement d’instaurer une politique d’achat des médicaments qui obligerait les médecins à prescrire les médicaments les moins chers et les plus efficaces. Ce qui aurait sans doute aidé à desserrer le noeud qui se rétrécie d’année en année autour du cou du ministre de la santé. Le coût des médicaments représente actuellement 10% du budget du ministère de la santé du Québec.
Selon l’Institut canadien d’information sur la santé Canada :
« la part des dépenses consacrée aux médicaments a connu quant à elle la plus grande augmentation parmis toutes les dépenses en santé »Voir graphique
Et maintenant, place à la morale
Oui, encore du pelletage de nuages... de l’idéologie, des « systèmes imaginaires »... que voulez-vous à moins d’avoir foi en l’arrivée d’un quelconque messie, rien d’autre que la morale ne pourra guider la société dans la bonne voie. Alors voilà : peut-on considérer la maladie comme un marché ? Devrait-il être légal de faire des profits sur le cas des malades et des mourants. Pis encore, est-il acceptable de refuser un médicament à celui qui ne peut se l’offrir ?
Ne pas fournir de médicaments aux nécessiteux ? un principe barbare vous dîtes ? c’est pourtant le cas au ici même au Québec ! Les Assistés Sociaux (AS) ainsi que les bénéficiaires des Supplément de Revenu Garanti (SRG), ne sont pas couverts par des régimes privés qui remboursent 100% des frais des médicaments, ce qui les relaient au Régime d’Assurance-Médicament du Québec (RAMQ), dernier filet de sécurité existant au Québec. Malencontreusement, ou plutôt... sauvagement, la régie ne rembourse pas 100% du coût des médicaments.
Dans le magazine l’Itinéraire de Février 2005 on pouvait lire :
« les AS doivent payer 25% du prix des médicaments en plus de payer une franchise de 16,66$ par mois. [...] 25% des pharmaciens ont eu des cas de patients hospitalisés pour sous-consommation de médicaments, également 56% des pharmaciens ont eu à faire crédit à des AS ou bénéficiaires de SRG. »
Il s’agit là, d’une logique quelque peu sotte, puisqu’une hospitalisation coûte plus cher à l’État que de rembourser le coût intégral des médicaments.
Rappelons-nous, au fait, le nombre de gens prestataires de la sécurité de revenu au Québec : 712 000. Près de 10% de la population... D’où la nécessité de cesser de transformer nos pauvres en malades et d’adopter une politique sérieuse du médicament. Et pourquoi pas en boni, amender l’ALENA pour qu’il soit légal pour un État de nationaliser les brevets ? Mais bon on retombe dans l’idéologie, à quoi bon... Aller-hop, on prend sa petite cynic-pill et on cesse de rêver illico...
Sources (Coalition solidarité santé, Mazine l’Itinéraire, Magazine Relations, L’envers de la pilule)
Pour consulter directement les soucres contenues dans cet article :
www.manumilitari.net