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Normand Perry
Qui s’y frotte, s’y pîque !

vendredi 5 août 2005

Les risques inhérents d’un retour de Bernard Landry

Avec une sortie dans l’élégance de son poste de chef du Parti québécois en juin dernier, lors du Congrès national, alors qu’il jugeait le résultat de 76% d’appui insuffisant à son leadership, Bernard Landry pourrait risquer « gros » en tentant un retour à sa propre succession, dans la présente course à la chefferie de notre formation politique.

Monsieur Landry est fort probablement conscient que cette démission « en douce » lui a conféré un statut au regard de l’Histoire que tous lui reconnaissent, partisans comme opposants, admirateurs comme détracteurs. Et nous savons tous quel est son talent exceptionnels d’orateur, tout comme son dévouement incommensurable pour sa patrie. Tout cela est un atout fondamental, si nous élargissons nos perspectives partisanes vers celui du pays à faire naître et de la stratégie souverainiste, en vue du prochain rendez-vous référendaire. Cet atout est un acquis qui doit être préservé à tout prix.

Cela étant posé comme fondement, voici en quoi un retour de Bernard Landry pose un risque énorme, tant au plan du prestige personnel que celui de la crédibilité du Parti québécois à se renouveler de l’intérieur :

1- Risque de provoquer un malaise au sein de la députation et des divers responsables du PQ (membres des exécutifs nationaux, régionaux, présidents de comté etc..) qui se sont rangé derrière l’un au l’autre des candidats en lice de la course à la chefferie.

2- Risque de faire avorter des débats d’idées de fond dans une course qui prendra son véritable envol au 15 septembre 2005 par une série de débats formels.

3- Risque de devenir une cible vulnérable par les analystes politiques et ses adversaires (tant à l’intérieur du parti qu’à l’extérieur) si une victoire est remporté à moins de 70% du total des votes au soir du 15 novembre 2005 : rien pour faire oublier la sortie à 76% d’appuis. Et dans ce sens, si monsieur Landry prend tout de même la décision de faire le saut dans la présente campagne, il doit le faire avec la certitude de gagner avec un appui incontestable.

4- Vue la fragilisation de sa position en cas de retour, monsieur Landry devra avoir une police d’assurance additionnelle : celle d’être convaincu de remporter les prochaines élections générales au Québec, dont l’appui du vote populaire soit majoritaire à plus de 51%. Cela n’a pas été le cas des deux dernières élections générales au Québec.

Je suis persuadé que Bernard Landry a le désir profond et sincère de servir sa patrie au meilleur de sa capacité et surtout d’être un acteur de premier plan pour faire advenir la souveraineté du Québec. Avec le statut qu’il s’est acquis, tant comme politicien au service de ses concitoyens, comme parlementaire, membre et ministre sous plusieurs gouvernements (dont il aura eu le privilège de diriger à titre de premier ministre du Québec de 2001 à 2003) que chef du Parti québécois et de l’Opposition officielle : il peut avoir la certitude que partout où il passera prononcer son plaidoyer en faveur de l’accession du Québec à sa souveraineté politique et indépendance nationale, il aura l’écoute de tous à cause de cette crédibilité. Ce statut historique, personne ne pourra le lui en ravir quoi que ce soit, ne serait-ce qu’un cheveux, sauf Bernard Landry lui-même, s’il devait tomber dans l’un ou l’autre des pièges qui lui sont tendu par la tentation d’un retour en arrière. C’est un danger pernicieux et réel qu’il doit peser avec lucidité. Par surcroît, faire connaître sa position rapidement est une chose urgente à régler dans un contexte de rumeurs authentiques ou non.

Normand Perry

L’auteur est président péquiste du comté de Soulanges

30 juillet 2005






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