Paul-Émike L’Heavy
Que le véritable Moïse se lève !
samedi 18 juin 2005
On ne libère pas un peuple en un tournemain. Non seulement tout s’y oppose alentour, mais encore faut-il que ce peuple soit conscient de sa captivité, convaincu de la nécessité de sa libération et décidé à prendre les moyens pour l’obtenir. Un triple état d’esprit qui doit être maintenu tout au long de la longue marche vers la liberté, semée d’embûches, barrée d’obstacles parfois si grands qu’ils paraissent infranchissables.
Ainsi Israël, dans sa fuite d’Égypte, se buta à la Mer Rouge. Ainsi seul Moïse, qui déjà, avait su persuader les siens de rompre le joug pharaonique et de se mettre en marche, pouvait leur ouvrir la barrière de toutes les peurs, symbolisée par ces eaux qu’il fendit d’un simple geste de son bâton. Sur l’autre rive : la Terre Promise.
Pour quitter ce Canada - qui n’a de pharaonique, lui, que l’ampleur de ses scandales et des sommes qui y sont englouties - les Québécois aussi ont besoin de se sentir derrière un Moïse. Il y en a bien eu un - mais les gens, de nos jours, ne vivent que quelques décennies, contrairement aux patriarches bibliques qui amassaient les siècles (ils ne fumaient sûrement pas trois paquets par jour...) Résultat : un avorton de peuple, orphelin de son quasi-accoucheur, et qui hésite encore à naître.
Ont succédé à René Lévesque une lignée de tâcherons de moins en moins inspirants, jusqu’à Landry, maintenant parti lui aussi. Dans l’intervalle, le parti - et aussi la conjoncture - ont évolué de telle sorte que la « prochaine fois » sera la décisive : ça passe ou ça casse. L’abyssale ineptie de Charest aidant, le PQ, qu’il le veuille ou non, se retrouvera au pouvoir aux prochaines.
L’ultime compte à rebours est donc inexorablement commencé.
Et qui sera le Moïse qui aura pour mission de rassembler ce peuple frileux et de le mener - victorieusement - au dernier combat ? Qui sera le fondateur de l’État du Québec, son premier Président, celui (ou celle) dans le(la)quel(le) se reconnaîtront tous les souverainistes et suffisamment des autres pour mener à terme, dans l’enthousiasme et avec courage, cette gestation géante qui sera celle d’une nation ? Qui ? Marois ? Boisclair ? Legendre ? Bernard ?
Au dernier sondage, 54 % des répondants auraient voté oui à la question de 1995. Et à une question dure comme « Voulez vous que le Québec devienne un État indépendant ? », 46 % ont maintenu leur vote positif. Encourageant ? Voir. De ce 46 %, environ le tiers disaient croire que le Québec « souverain » utiliserait le dollar canadien, continuerait à élire des députés à Ottawa - où moults ministères maintiendraient leur juridiction sur nos terres, et que les Québécois garderaient leur passeport canadien - et la nationalité dont il atteste.
Placés devant la réalité de ce qu’est véritablement un pays indépendant - par les fédéralistes, certainement, et par les souverainistes, j’espère - combien de ces ambivalents resteront sur les rangs ? Jusqu’au bout ? La réponse à cette question capitale se trouve en bonne partie dans l’identité du chef à venir, et dans sa capacité à rassurer tout en informant, à galvaniser sans manipuler.
Franchement, je ne vois pas lequel de ceux-là. Si quelqu’un croit savoir, prière de m’éclairer.
Paul-Émike L’Heavy