Robert Deragon
Les laquais québécois de Bay Street
jeudi 2 juin 2005
Le vote sur le projet de loi C-263 présenté par le Bloc Québécois le 13 avril dernier est passé relativement inaperçu. Et pourtant, il en dit long sur la soumission des députés libéraux québécois face à l’establishment canadian, et du peu de cas qu’ils font à l’égard de milliers de travailleurs québécois.
Rappelons brièvement les faits. À cause de notre appartenance au Canada, il existe au Québec deux catégories de travailleurs : ceux régis par le Code du travail du Québec, qui bénéficient d’une protection contre les briseurs de grève, et ceux, moins fortunés, régis par le Code canadien du travail, qui n’ont eux, aucune protection à cet égard. La loi anti-briseur de grève adoptée au Québec en 1978, et amendée en 1983, a contribué grandement à assainir les relations de travail et à diminuer considérablement la violence sur les chantiers en cas de conflit. Pour dire les choses simplement, cette loi fait consensus au sein de la société québécoise et un retour à l’ancien régime est impensable. Mais au Canada, les choses sont bien différentes. Ce type de loi est plutôt perçue comme une ingérence inacceptable dans le modèle néo-libéral canadian, c’est-à-dire de ce qui tient lieu de projet de société au pays de l’Amérique du Nord britannique.
Pour donner aux travailleurs québécois régis par le code canadian la protection auxquels ils ont droit, le Bloc Québécois a donc présenté un projet de loi en ce sens. Comme on pouvait s’y attendre, il a été battu, notamment parce que des députés du Québec, membres du caucus libéral, on voté contre. Ces Québécois qui prétendent représenter le Québec, oublient facilement le consensus québécois lorsque Bay Street les interpelle. Et pourtant, ce ne sont pas d’obscurs députés d’arrière-banc qui ont fait échouer ce projet de loi : Pierre Pettigrew, Lucienne Robillard, Stéphane Dion, Jean Lapièrre, Liza Frulla. Difficile pour ces ministres de plaider l’ignorance des intérêts du Québec étant donné leur état de service et parfois même, leur implication passée au sein du gouvernement du Québec. Quand à Paul Martin, il s’est éclipsé avant le vote pour ne pas avoir à exprimer son opinion sur la chose. On devine facilement de quel côté ce vote aurait penché, mais tout de même, la lâcheté dont il a fait preuve est en parfaite concordance avec le manque de leadership qui le caractérise de plus en plus.
Le plus triste, c’est que ces députés ont sans doute voté contre leur conscience. Mais ce ne sera pas la première fois, ni la dernière. Renier ses racines québécoises pour collaborer au nation building canadian c’est le pacte qu’ils ont implicitement conclu pour accéder au cénacle du pouvoir fédéral. On savait depuis longtemps que traverser la rivière Outaouais en portant la livrée du Parti libéral du Canada peut laisser présager les pires compromissions. Mais malgré leurs répétitions, ces lamentables spectacles font toujours mal à voir.
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> Les laquais québécois de Bay Street
3 juin 2005
65.93.131..***
On peut très bien être dans une logique fédéraliste et favoriser une loi anti-briseur de grève, l’un n’empêche pas l’autre. D’ailleurs, ce projet de loi n’a été battu que par une douzaine de voix.
Ces députés libéraux nous disent à chaque élection qu’ils vont à Ottawa pour que le Québec prenne toute sa place dans la fédération et y exprime son leadership. Pourtant, quand vient le temps d’agir, on se transforme en serviteur docile des positions néo-libérales ontariennes.
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> Les laquais québécois de Bay Street
Les députés fédéraux du Québec sont prisonniers d’une logique fédéraliste. On ne peut pas leur reprocher d’être ce qu’ils sont même si jadis ils ont voté pour le rapatriement unilatéral de la constitution sans l’aval de l’Assemblée nationale du Québec. Ils ont fait en toute conscience.... En résumé, c’est ça le malaise québécois qui fait qu’après deux référendums, on se pose encore grossièrement les mêmes questions sur notre avenir au sein de la fédération canadienne.