Robert Deragon
L’héritage empoisonné du PLC
lundi 16 mai 2005

Pour tous les Québécois qui ont suivi de près les travaux de la Commission Gomery, il est évident que le Parti libéral du Canada est gangrené par la corruption. Chaque jour où siège cette commission d’enquête en apporte de nouvelles preuves, à supposer que cela est encore nécessaire pour convaincre ce qu’il reste d’incrédules. Ces derniers ne doivent certainement pas être légion au Québec.
Mais tous ces témoignages, qui à l’image de la comédie humaine, nous font passer du rire aux larmes, jettent une lumière sur un aspect moins spectaculaire mais qui en dit long sur les causes à l’origine de ce scandale. Car il faudra bien un jour aller au-delà des méprisables actions commises, pour comprendre comment, un parti aussi puissant et dominant au Canada, a-t-il pu en arriver à patauger dans cette fange.
L’explication première relève de la fracture qui existe depuis près de vingt ans entre le PLC et les Québécois. Ce parti n’a tout simplement plus de racine québécoise depuis la trahison de Trudeau l’Arrogant. Ne pouvant trouver un nombre suffisant de bénévoles dans la plupart des circonscriptions à majorité francophone, il en a été réduit à recourir à des méthodes de financement d’une autre époque pour assurer sa visibilité dans certaines régions du Québec. Drapés dans la vertueuse toge de l’unité nationale, les responsables de ce parti ont cru que la fin justifiait tous les moyens, même les plus inavouables. Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi il leur était si difficile d’atteindre les Québécois, ils ont décidé de les acheter, et à défaut de bénévoles, de se constituer une armée de mercenaires à même les fonds publics afin de gagner les batailles électorales.
Incapable d’amorcer ne serait-ce que le début du commencement d’une autocritique, ce parti trop habitué au pouvoir, n’a jamais compris certaines évidences, n’a jamais accepté certaines réalités québécoises. Celle d’abord, que depuis le coup de force de 1982, les Québécois n’ont plus donné de majorité à la députation libérale. Celle ensuite que le torpillage de Meech fut une très grave erreur d’un point de vue fédéraliste. Celle enfin, plus générale, de la négation systématique de l’existence du peuple québécois et de la légitimité de ses revendications. Ils ne voient pas que les discours simplistes évoquant « le-plus-meilleur-pays-du-monde » n’ont tout simplement plus de prise sur le sol québécois.
Cet aveuglement laisse pantois, surtout après les résultats du dernier référendum. Dans la plupart des pays démocratiques, un tel résultat, une victoire aussi mince, aurait été suivis de réformes, à tout le moins d’un plan articulé et concret, pour satisfaire ces millions de citoyens québécois insatisfaits, prêts à briser un pays tellement leur mécontentement est grand. Mais pas au Canada. C’est que le vieux fond colonisateur est toujours bien vivant, tout comme le paternalisme envers ce peuple « sans histoire ni littérature ». Il suffisait, croyait-on, d’agiter des drapeaux, de financer quelques festivals, pour que ce bon peuple, inconscient, se détourne des sirènes souverainistes. Tout va très bien madame la Marquise, le dauphin de Trudeau saura ramener ces mauvais sujets à la raison.
Dans le reste du Canada, par la force des choses, on commence à comprendre. Le réveil est brutal. Le gâchis qui résulte de la politique constitutionnelle du PLC des dernières décennies fait dérailler ce beau parlementarisme britannique dont le Canada anglais est si fier. Ils ne comprennent pas pourquoi, après avoir accepté de confier la fédération à un roi-nègre comme Jean Chrétien, et à son bouffon tragi-comique Stéphane Dion, ils se retrouvent avec un Québec toujours aussi mécontent.
Mais pour eux, il commence à se faire tard, et à moins d’amorcer rapidement un processus de renouvellement en profondeur du fédéralisme, ce dont ils sont bien incapables, ils peuvent dire adieu à leur plus ancienne, leur plus grande, et leur plus turbulente province. Elle sera avant longtemps devenue un pays souverain. Ce n’est plus qu’une question de temps, et ce temps désormais, est petitement compté.