Robert Deragon
Vérités fédéralistes
mardi 3 mai 2005
On dit souvent que la vérité est la première victime des guerres. Certaines guerres ont, semble-t-il, l’effet contraire. J’en veux pour preuve la guerre ouverte qui fait rage au Parti libéral du Canada entre les clans Chrétien et Martin. Elle fait éclater au grand jour certaines vérités, que l’on soupçonnait certes, mais qui n’avaient jamais été avouées par des personnages haut placés dans le camp fédéraliste.
Il y a d’abord la nomination politique des juges. On se doutait depuis longtemps que ces nominations tiennent compte du passé politique des candidats, quoiqu’en disent les personnes impliquées dans le processus opaque qui entoure la désignation des magistrats. L’ancien président de l’aile québécoise du PLC, M. Benoît Corbeil, a confirmé publiquement que les avocats qui contribuent « bénévolement » aux campagnes électorales de ce parti sont souvent récompensés par un siège de magistrat. De plus, les propos-chocs du Juge en chef de la Cour d’appel du Québec, M. Michel Robert, viennent bien involontairement corroborer cet état de fait. À titre d’ancien président du PLC, il aurait mieux fait de se taire en espérant qu’on oublie qu’il est lui-même un exemple de ce que M. Corbeil a dénoncé. Mais le vieux fond d’arrogance libérale ne s’est jamais éteint en lui, et il n’a pu s’empêcher de l’étaler sur la place publique en déclarant que des juges souverainistes n’ont pas leur place dans la magistrature.
Ce qui nous amène à la seconde vérité : les Québécois souverainistes n’ont pas les mêmes droits constitutionnels que les autres Canadiens. Ils sont en effet exclus de facto de certains postes en raison de leurs opinions politiques. Impossible donc pour des souverainistes avoués d’occuper une fonction de juge, de sénateur, d’officier supérieur dans l’armée ou dans la GRC, ou encore une charge de haut fonctionnaire dans l’administration fédérale.
En ce qui concerne tout particulièrement les juges, la chose est grave, car ce sont eux qui, en fin de compte, interprètent la constitution illégitime qui nous tient lieu de loi fondamentale lorsqu’il y a un désaccord constitutionnel entre Québec et Ottawa. Il y a fort à parier que les nombreux jugements qui ont, dans le passé, défavorisés le Québec en matière constitutionnelle, auraient pu être tout autres si la magistrature n’était pas un club privé de fédéralistes.
La troisième vérité nous a été révélée par l’ancien Ministre des Travaux publiques et ultime responsable du programme des commandites, l’ineffable Alfonso Gagliano. Il a candidement avoué qu’un vote positif à la souveraineté du Québec ne se traduit pas par l’avènement d’un nouvel apocalypse : « c’est la fin du Canada tel qu’on le connaît, il y aura une période de négociations et une période d’ajustements, ce n’est pas la fin du monde, ça m’inquiète pas plus que ça ». Ah bon ? Pourtant, lors des deux derniers référendums, Jean Chrétien et ses fidèles, dont M. Gagliano faisait et fait toujours parti, ne cessaient de nous prédire les pires calamités dans l’éventualité d’un OUI gagnant. Ce n’était donc là que campagnes de peur et menaces destinées à effrayer les citoyens appelés à voter. Voilà une vérité, peut-être la plus importante de toute, qu’il faudra rappeler aux indécis lors du prochain référendum.