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Robert Deragon
La véritable mission de Jean Charest

mardi 29 mars 2005

Au lendemain de l’élection provinciale du 14 avril 2003, le Canada anglais croyait avoir bien manœuvré pour juguler le mouvement souverainiste québécois. Son homme lige occupait désormais le siège de premier ministre du Québec, et le Parti Québécois n’avait pas obtenu au suffrage un score aussi bas depuis 1973. Sur un plan plus global, l’étranglement fiscal continuait son œuvre de rapetissement de l’État québécois tout en permettant au gouvernement fédéral de jouer les grands sauveurs en saupoudrant ici et là, avec un maximum de visibilité, les millions provenant de nos impôts. Le plan semblait fonctionner à merveille ; le Québec rentrait lentement dans le rang.

Mais même les machines les mieux huilées ont leurs faiblesses, et elles peuvent parfois se dérégler par l’intrusion d’un simple grain de sable. Et cette particule qui dérègle toute cette belle mécanique politique c’est la Commision Gomery. Car bien que les sommes en jeu soient, somme toute, minimes par rapport au budget global du gouvernement fédéral, c’est l’image des fédéralistes au Québec qui en prend pour son rhume. On se rend compte que tous ces hérauts du grand et beau Canada n’ont pensé qu’à se remplir les poches à l’ombre des drapeaux qu’ils nous brandissaient sous le nez. En fait, les effluves nauséabonds qui émanent de cette enquête n’ont pas fini d’inspirer le dédain chez bien des Québécois.

Mais là où le bât blesse vraiment, c’est qu’à ces tristes révélations, s’ajoute la déroute du très fédéraliste gouvernement de Jean Charest. On avait cru déceler en l’ancien chef conservateur un messie, on découvre un beau parleur d’une totale incompétence. Ce nouveau prophète sensé vendre la Pax Canadiana dans un Québec toujours trop turbulent, ne cesse d’accumuler bourdes, maladresses, et bêtises. Il atteint même des sommets inégalés d’impopularité dans l’histoire du Québec moderne. L’agitation sociale gagne l’État québécois, et c’est un fédéraliste pur et dur, chantre du néolibéralisme de surcroît, qui en est la cause.

Les observateurs canadiens qui suivent ce qui se passent ici, commencent, avec raison, à s’alarmer. L’ancien premier ministre de l’Ontario, et actuel président du Conseil de l’unité canadienne, M. Bob Rae, tire une première sonnette d’alarme. Dans une lettre ouverte publiée le 22 mars dans le quotidien La Presse, il affirme notamment que « si la perception du fédéralisme des Québécois est celle qui leur a été présentée au cours de la dernière année et demie, il y a de fortes chances qu’un référendum soit gagné par ceux qui se sont engagés à démanteler le Canada ». Il y a en effet péril en la demeure canadienne si le Parti Québécois reprend le pouvoir dans deux ans. Car on voit mal qui serait actuellement le grand chef rassembleur et persuasif du camp du NON, même si du côté du OUI le charisme d’un Bernard Landry n’est pas celui d’un Lucien Bouchard. Les grands leaders fédéralistes sont en effet d’une faiblesse criante au Québec en raison d’un immense déficit de crédibilité.

Cela pourrait être un moindre mal si le Canada, depuis 1995, avait proposé sur le plan constitutionnel quelque chose de concret aux Québécois. Bien au contraire, la fédération est de plus en plus centralisée, et ce n’est pas le pathétique Conseil de la fédération du Parti libéral du Québec qui apportera des solutions à notre exclusion constitutionnelle, qui perdure, rappelons-le, depuis plus de 23 ans.

Un messie sur le point d’être crucifié politiquement, un gouvernement fédéral dont l’image est celle de la corruption et des magouilles, un fort contingent de députés souverainistes qui siègent à la Chambre des communes... cela ressemble de plus en plus à des conditions gagnantes pour plusieurs souverainistes.

Dans son remarquable roman historique, Les Rois maudits, Maurice Druon a écrit : « chaque homme en venant au monde est investi d’une fonction infime ou capitale, mais généralement inconnue de lui-même, et que sa nature, ses rapports avec ses semblables, les accidents de son existence le poussent à remplir, à son insu, mais avec l’illusion de la liberté ». Ironiquement, il semble bien que la fonction de Jean Charest ne soit pas celle qu’il avait imaginée, et que grâce à lui, les Québécois retrouveront peut-être leur unité, et la force de se libérer d’un système fédéral qui les considère comme une simple minorité linguistique tapageuse. Si cela se produisait, le messie Charest aurait alors été, bien malgré lui, le véritable catalyseur de la colère d’un peuple qui aspire, plus que jamais, à rejoindre les autres nations du monde. Sa véritable mission nous serait ainsi révélée.




Réactions

  • > La véritable mission de Jean Charest
    30 mars 2005, par Normand Perry
    216.46.25..***

    Si je voulais me faire machiavélique, je n’aurai aucune difficulté à me ranger derrière l’idée centrale exprimé dans votre texte monsieur Deragon : jusqu’à un certain point, malgré lui et probablement inconsciemment, Jean Charest rassemble contre lui et le fédéralisme néolibéral canadien toute les forces souverainistes du Québec, et il est vrai également qu’il réussit très bien cette "mission" dont il ignore en avoir été investie par une force supérieure quelconque.

    Cependant quand le bien commun de la nation est en grave danger de destruction, comme c’est le cas présentement, on ne peut accepter de vivre avec un despote de cette espèce à la tête de l’état. Moi si j’ai accepté de faire de la politique, ce que je me tue à répéter depuis mon entrée au Parti québécois, c’est pour l’épanouïssement de la personne humaine, donc de l’amélioration du bien commun, et je m’excuse, le néolibéralisme prôné par Charest et sa bande de patroneux se pose en ennemi de ce bien commun du peuple québécois.

    Comme Bernard Landry ce plaît à le dire souvent : la patrie avant les partis, et ici la patrie est en péril.

    Non, malheureusement je ne me ferai point machiavélique, mais simplement comme mon maître à penser Aristote, réaliste.

    Normand Perry Président exécutif, Parti Québécois de Soulange.



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