Robert Deragon
Le rouge et le noir
lundi 14 mars 2005
Le Canada anglais, et plus particulièrement l’ouest de la fédération, a été fortement secoué par le drame humain qu’a constitué la mort de quatre jeunes policiers membres de la Gendarmerie Royale du Canada dans une affaire de plantation illégale de cannabis. Le National Post en a fait la une de son édition à au moins trois reprises. C’est dire la douleur qui affligeait les populations concernées.
Mais aussi triste que fut cette histoire, il convient de nous demander pourquoi le réseau français RDI, un bras de Radio-Canada, a diffusé en direct la très longue cérémonie de funérailles reliée à cet événement. Était-ce là vraiment un sujet d’intérêt public au Québec au point de monopoliser les ondes pendant des heures ? S’agissait-il réellement d’information ? On peut légitimement en douter. Au Québec, à juste titre, cette tragédie n’a pas vraiment fait les manchettes. Nous avons nos propres drames, nos propres préoccupations, et nos propres faits divers.
Les Québécois qui ont eu la patience de regarder cette émission ont été littéralement bombardés d’images de drapeaux canadiens et de tuniques rouges. On a eu droit aux discours, souvent teintés de patriotisme, de la part de la vice-reine Clarkson et du premier ministre Martin. Un cow-boy est même venu chanter, la guitare sous le bras et le chapeau de circonstance sur la tête. Une opération policière qui a mal tourné se transformait en drame « national » vibrant aux accents homériques. Ton front est ceint, de fleurons glorieux...Une espèce de petit 11 septembre en quelque sorte, dans lequel avait péri quatre héros morts en combattant le mal.
Culturellement et géographiquement trop éloignée du Québec, cette affaire n’a pas ému davantage les Québécois que les drames états-uniens à répétitions qui mettent en vedette des fous furieux qui tirent sur tout ce qui bouge. Par conséquent, la retransmission intégrale de cette cérémonie semblait bien plus répondre à des impératifs d’unité nationale, l’un des mandats de Radio-Canada, qu’à un réel désir d’informer la population québécoise. Je sais pertinemment que RDI diffuse à la grandeur de la fédération, et qu’il vise aussi les francophones de l’extérieur du Québec. Mais on peut douter que ces derniers aient regardé la cérémonie au réseau français, avec la pénible traduction simultanée, quand on sait que les Canadiens français maîtrisent généralement mieux l’anglais que leur langue maternelle. En conséquence, il est plus que probable que l’objectif réel de cette retransmission au Québec avait toutes les apparence d’une récupération propagandiste. Ajoutez à cela la mauvaise réputation que traîne au Québec la « police montée » depuis ses dérapages notoires des années 70, et vous avez tous les ingrédients pour l’organisation d’une grande messe fédéraliste, avec l’image en prime, d’une nouvelle GRC humanisée.
Le plus triste, c’est que noyée dans les larmes des familles et des amis éprouvés, cette grandiose mise en scène a occulté le véritable débat et les causes mêmes de ce crime, à savoir la législation imbécile et hypocrite qui entoure la culture et la consommation du cannabis. Au lieu de cela, nous n’avons eu droit qu’à un spectacle mettant en vedette le rouge du drapeau canadien et le noir des funérailles.
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> Le rouge et le noir (Dans une émission thématique)
La promotion de l’unité nationale vous dîtes ?
Et si cette séquence funeste en directe avait été faite durant l’émission dédiée à, et nommée « L’ouest en direct »....
Toute comme « L’est en direct », « L’Ontario en direct », « Le Québec en direct » ; « L’ouest en direct » est une émission de RDI et a un contenu réservé à sa région propre, et cela en ==>> direct <<==.
Faites une plainte à l’ombudsman de Radio-Canada et voyons s’il vous donne raison. http://www.radio-canada.ca/ombudsman/