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Robert Deragon
Censure à la canadienne

samedi 5 février 2005

Le 4 février dernier, Jean Charest se rendait au siège de l’ONU à New York pour y rencontrer la vice-secrétaire générale de l’organisation, la Québécoise Louise Fréchette. Le premier ministre a eu la bonne idée de s’entretenir avec la numéro 2 de l’ONU pour faire le point sur la contribution du Québec à l’aide internationale, et discuter plus particulièrement du cas d’Haïti. Ce type de rencontre bilatérale entre le chef de gouvernement du Québec et un haut fonctionnaire de l’ONU n’a rien d’offensant pour Ottawa, on en conviendra.

Toutefois aux yeux des Affaires étrangères canadiennes c’est déjà trop, et ce, même si le premier ministre en question est un fédéraliste pur et dur. Lorsque Radio-Canada a déclaré son intention de filmer la poignée de mains entre M. Charest et Mme Fréchette, l’ambassadeur du Canada à l’ONU s’est interposé pour empêcher la télévision d’État d’immortaliser la scène. Quoi ? Montrer aux Québécois que leur premier ministre peut être autre chose qu’un petit gérant de province ? Inadmissible ! s’est sans doute dit le brave ambassadeur Gilbert Laurin.

Qu’on y pense un moment. Le premier de nos élus ne peut même pas être vu en public avec le numéro 2 de l’ONU. Ne nous avait-on pas promis une plus grande ouverture au Québec sous un gouvernement Martin ? Paroles creuses et poudre aux yeux, encore. D’aucuns auront sans doute remarqué que l’ambassadeur Laurin s’était même donné la peine de venir accueillir M. Charest, peu de temps avant la rencontre, pour lui souhaiter la bienvenue. Belle exemple d’hypocrisie toute diplomatique !

Mais en ce qui concerne les relations du Québec avec l’extérieur, le ministère des Affaires étrangères n’en est pas à une première bassesse près. On se souviendra qu’il y a quelques années, ce même ministère avait torpillé une rencontre entre Bernard Landry et le président mexicain, M. Vicente Fox. Les exemples de ce type sont légions. Ils démontrent que le Canada dresse une véritable muraille diplomatique autour du Québec pour lui dénigrer tout rayonnement international. Et dans le cas précis qui nous intéresse, quoi de mieux, pour faire ce sale boulot, qu’un ambassadeur francophone zélé, téléguidé par un ministre québécois à Ottawa, Pierre Pettigrew. Comme l’a si bien dit un jour le politicologue Léon Dion, nous sécrétons nos propres bourreaux.

Mais au fait, qu’a répondu M. Charest devant cette censure honteuse ? Rien, bien sûr. Même pas une petite protestation pour la galerie. N’est-il pas, après tout, l’envoyé d’Ottawa au Québec ? C’est un rôle qui lui va à merveille.






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